Sur Al Jazeera et Courrier international : l’homme qui a permis aux femmes indiennes de porter des serviettes hygiéniques – Et si on en profitait pour vous parler des règles dans le monde ?

Atypique et utile. C’est comme ça qu’on qualifierait le travail de cet Indien qui, en découvrant que sa femme utilisait de vieux chiffons pour ses règles, faute d’argent pour acheter des serviettes hygiéniques, a décidé de trouver un moyen économique de produire des protections que les femmes indiennes pourraient acheter.

Al Jazeera Channel – قناة الجزيرة retrace en 5 minutes son parcours et les obstacles qu’il a rencontrés, dans une société indienne d’abord critique vis-à-vis d’un tel entrepreneur – innovateur.
Courrier international en parle, dans le cadre de son dernier numéro consacré aux règles, que l’on vous recommande d’ailleurs vivement de lire et de faire circuler, même (et surtout) aux hommes de votre entourage !

http://www.courrierinternational.com/video/inde-regles-lhomme-qui-permis-aux-indiennes-de-porter-des-serviettes?utm_source=Facebook&utm_medium=Social&utm_campaign=Echobox#link_time=1472713169

Et puis finalement, ce reportage et ce numéro spécial tombent bien, car on avait quelques réflexions à partager. Oui, en onze mois d’itinérance, on a eu le temps d’aborder le sujet !

En 2016, les règles restent un motif de discriminations et de souffrances non physiques (c’est-à-dire non liées aux règles en elles-mêmes), y compris pour les femmes occidentales. On s’explique.

Comme souvent, les clichés ont la vie dure. On a tous déjà entendu ce raisonnement : une femme sera affaiblie, moins compétente et trop émotive pendant ses règles, donc elle n’est pas en mesure d’occuper des postes à responsabilités.

Face à un tel argument, un rappel ne semble pas inutile: les règles « indisposent » entre 60 à 70 jours une femme chaque année, et il existe, aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales, un ensemble de moyens (protections, calmants, etc.) pour que les règles soient plus faciles à vivre pour les femmes, et ne les indisposent finalement plus à grand-chose « techniquement » !
Oui, on peut s’entraîner en natation quand on a ses règles. Oui, on peut aller travailler. Oui, on peut sortir avec des amis. Non, on ne reste pas au lit pendant une semaine.

Mais les clichés ont la vie d’autant plus dure que l’ignorance est grande. Et à ce niveau, même si des cours d’éducation sexuelle sont dispensés dans tous les établissements publics français au collège, l’ignorance des hommes sur les règles reste trop souvent…colossale !

Parce que, bien sûr, le sujet reste tabou. Combien de femmes osent l’aborder avec leurs proches masculins ? Les règles sont vues comme un « truc de filles », et comme les hommes n’oseront pas forcément poser de questions, l’apprentissage mutuel est simplement…bloqué !

Les jeunes filles subissent à l’école les moqueries des jeunes adolescents s’il leur arrive d’avoir un « accident visible », alors même qu’on se moque rarement d’un camarade qui saigne du nez, et qu’on dit rarement que c’est « sale ».

Les femmes subissent les remarques, plus rares mais pas moins désagréables, de quelques hommes qui croient encore drôle de lâcher un petit « d’accord, tu as tes règles » au premier signe de mauvaise humeur, ou de réagir sur la fréquence des « pauses toilettes » certaines semaines. Franchement, messieurs, l’élégance n’est pas dans ce type de remarques, au cas où vous en douteriez, et, mesdames, il n’y a aucune raison de les accepter sans broncher et de penser que les règles vous rendent faibles.

Mais les femmes occidentales, comme dans de nombreux domaines, sont loin d’être les plus exposées par leurs règles. Dans un pays en développement, les implications vont bien au-delà des railleries et des remarques représentatives d’un « machisme ordinaire ». Les règles impactent le destin de la femme, son rôle dans la société, les études et positions professionnelles auxquelles elle peut prétendre. Pourquoi ?

Si on se concentre sur les étapes du Projet 51, représentatives du monde en développement, on sait maintenant qu’il était difficile, sinon impossible, d’avoir accès à des toilettes publiques dans au moins 2/3 des pays traversés.

Et même pour Marion, ce n’était pas toujours simple. Heureusement pour elle, quand on est une femme étrangère, occidentale, ça ouvre des portes. Le grand hôtel d’une ville, la seule administration du village, la station-service, au fond, qu’importe : s’il y a des toilettes et qu’elle demande, on lui autorisera presque toujours l’accès.

Mais les véritables citoyennes du pays, elles, ne voient pas ces portes s’ouvrir, et en l’absence de solutions publiques, elles sont tout simplement bloquées.
Alors, elles restent fermées à la maison. Pour les femmes adultes, la vie sociale s’arrête. Pour les petites filles, c’est leur scolarité.

Les associations rencontrées un peu partout en Afrique n’ont cessé de nous le rappeler : le manque de services sanitaires de base dans les écoles, le manque de protections hygiéniques pour les filles, provoque, « au mieux », un absentéisme d’une cinquantaine de jours sur l’année, « au pire », un abandon des études car les parents n’estiment pas « rentable » d’investir sur leurs filles. Selon certaines études, en Inde 1 fille sur 5 (!) abandonnerait sa scolarité à cause de ses règles.

Malheureusement, c’est une question tellement triviale, et en même temps tellement tabou, que la plupart des organisations chargées des politiques de développement ne la traitent simplement pas. Et les femmes concernées, si elles n’ont pas peur de s’engager sur une question aussi sensible, ont souvent déjà bien d’autres luttes « prioritaires » et moins gênantes à mener.

Dans ce reportage, c’est un Indien, un homme qui a pris l’initiative d’agir, malgré les pressions sociales, malgré le départ de sa femme qui est retournée vivre chez sa mère, malgré les étudiantes en médecine trop timides pour tester les prototypes.
Cet homme, on le trouve très courageux. Sa motivation, on la trouve admirable. Son idée, on aimerait y avoir pensé.
Chacun, chacune, à notre niveau, nous pouvons nous engager sur cette question, pour démonter les préjugés, pour soutenir ce type d’initiatives entrepreneuriales innovantes, pour intégrer la question aux politiques de développement.
Bref, on peut changer le regard sur les règles, on peut changer l’impact des règles sur la vie des 51% de l’humanité.

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