Bilan de notre étape en Jordanie

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On ne va quand même pas vous parler de notre retour sans évoquer nos 10 jours en Jordanie, dernière étape du Projet 51, l’un des pays les plus caniculaires de notre périple, mais aussi l’un des plus beaux !

Bizarrement, nous avons été particulièrement marqués par les immenses différences entre le Liban et la Jordanie : là où le premier nommé nous avait surpris par ses aspects très occidentalisés, et nous paraissait ressembler à un mélange d’Israël, des Etats-Unis et de la Grèce, à l’inverse la Jordanie nous a plongé à nouveau dans le monde arabe, ses tenues plus strictes, ses appels à la prière entendus jusqu’aux centres commerciaux et aux aéroports (!), et sa plus grande rigueur religieuse (une seule mosquée d’Amman est ouverte à la visite pour les non musulmans).

Nous avons d’ailleurs pu constater, sans doute pour la première fois de notre périple, que cette rigueur religieuse ne fait que peu de distinction entre les classes sociales. Le centre commercial le plus grand d’Amman a sûrement été le seul de notre parcours dans lequel nous avons vu autant de femmes voilées (souvent accompagnées d’hommes portant djellabah et keffieh), et aussi peu de femmes en petite tenue. A une autre échelle, un phénomène nous a marqué : l’importance du fameux « jeu de Tétris » dans les bus, qui consiste à tout faire pour qu’une femme ne se retrouve pas assise à côté d’un homme, quitte à faire se déplacer une demi-douzaine de passagers pour aboutir à la combinaison idoine.

On objectera que très forte séparation hommes-femmes ne veut pas forcément dire oppression des femmes, et c’est vrai. Depuis le début de notre périple, les pays les plus « rigoureux » de notre itinéraire n’ont pas forcément été ceux dans lesquels la place des femmes était la plus compliquée. Nous avons par exemple pu être surpris des avancées hallucinantes qu’ont vécues les femmes iraniennes, malaisiennes ou mauritaniennes au cours des dernières années. Mais malheureusement pour les femmes jordaniennes, leur histoire n’est pas tout à fait la même.

Il convient de rappeler certaines vérités énoncées dans notre fiche d’identité pays :
« Sur 142 économies classées au Gender Gap Index, la Jordanie occupe la 134ème position. Rien de glorieux pour un pays au niveau de développement pareil… Moins de 20% de la population active est de sexe féminin. Conséquence : si le PIB / habitant des hommes jordaniens est de 19,300 $, celui des femmes jordaniennes ne dépasse pas les 3,500 $ ! Pire : le pays est en très forte régression depuis quelques années en termes d’opportunités économiques pour les femmes, passant dans ce domaine de la 109ème position en 2008 à la 142ème position aujourd’hui. Sur le plan politique, rien de bien folichon non plus : seules 12 % des parlementaires, et 11 % des ministres, sont des femmes. »

Au quotidien, même si le nombre important de femmes conductrices de voiture nous a scotchés, il n’en demeure pas moins que différents éléments nous ont bien montré les réalités de ces différences. Ainsi, les femmes sont très rares à gérer des boutiques ou autres commerces, elles sont au contraire très nombreuses à porter le voile intégral (quitte à se faire prendre en photo alors qu’on ne voit rien d’autre que leurs yeux !), et il nous a été impossible de rencontrer des associations féministes dans le pays, tant celles-ci sont rares.

Il faut dire, aussi, que dans ce pays submergé par le flux de réfugiés syriens, les projets actuels financés par des organismes internationaux portent bien davantage sur des programmes d’urgence (aide aux réfugiés et gestion des camps) que sur des projets de développement tels que l’émancipation des femmes dans le pays, qui passe au second plan dans les priorités du pays. Forcément, quand on voit sa population s’accroître de presque 20 % en 5 ans, il y a de quoi être préoccupés… Pour ne citer qu’une illustration, la Jordanie, deuxième pays le plus pauvre en eau de la planète, se trouve aujourd’hui avec l’obligation de transformer pour le mieux son approvisionnement en eau, sous peine de mettre en danger des centaines de milliers de citoyens.

Bien sûr, cet afflux de réfugiés ne fait pas plaisir à tout le monde. Julie, une amie d’Aymeric qui vit depuis 4 ans en Jordanie et que nous avons eu l’occasion de rencontrer à deux reprises, nous a ainsi raconté les réalités des tensions existant entre les Jordaniens « de souche » (terme qui ne veut pas dire grand-chose, tant le pays était vide il y a quelques générations de cela !), les réfugiés palestiniens (arrivés par flots successifs depuis 1947), et les réfugiés syriens (que beaucoup prennent comme les responsables de l’inflation et de la hausse du chômage).

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Et puis la Jordanie, ç’a aussi été l’un des pays les plus touristiques de notre itinéraire, la « faute », bien sûr, à la merveilleuse cité antique de Petra, indubitablement l’un des temps forts de notre vadrouille autour du monde. Pourtant, nous avons réussi à esquiver le flot touristique, d’abord à cause de la période (le mois de juillet et son soleil impitoyable n’attire pas grand-monde, à part les Qataris et Saoudiens venus fuir l’ultra-chaleur du Golfe!), ensuite à cause de l’impact de la crise syrienne sur le nombre de touristes étrangers (tous les professionnels du tourisme s’accordent à dire que leurs affaires sont moins bonnes qu’avant 2011).

Précisons d’ailleurs que dans un pays à ce point dépendant du tourisme, le risque terroriste n’est pas franchement pris à la légère : les policiers sont bien visibles, et nous avons même pu voir un sniper au cœur du site touristique de Jerash, dans le nord du pays.

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A notre retour dans l’espace Schengen (via Vienne), nous avons au contraire pu constater que notre passeport n’a même pas été scanné à la douane… Inquiétant quand on pense que nous avons sur notre passeport des tampons du Liban, de la Turquie et de la Jordanie, les trois principales voies d’accès à la Syrie pour les combattants de Daesh…

Voilà pour ce que l’on pouvait vous raconter sur nos 10 derniers jours autour du monde, en espérant avoir réussi, malgré notre faible période passée dans le pays, à vous faire mieux cerner la situation des femmes jordaniennes.

Vous l’avez compris : vous venez de lire notre tout dernier texte de fin de pays. Et, on ne va pas vous mentir, ça nous brise le cœur. Moi-même, Aymeric le blondinet, je trouve particulièrement étrange d’écrire ces lignes depuis le confort de ma chambre parisienne, à des centaines de kilomètres des deux compères, qui avaient plutôt l’habitude de me voir écrire sur le PC depuis nos chambres communes, le soir avant de se coucher. Après avoir dormi dans plus de 150 villes et villages différents au cours de l’année précédente, on se sent étrangement posés, plantés là, immobiles. Mais c’est la vie, pas vrai ?

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