Rencontre avec Mme Iatamze Verulashvili, responsable associative géorgienne

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Entre la difficulté à rencontrer des associations militantes en Iran, et la proportion réduite d’ONG évoluant sur les questions de droits des femmes en Arménie, nous n’avions pas pu rencontrer d’association depuis bien longtemps. Mais, en Géorgie, nous avons eu la chance de pouvoir interviewer Iatamze Verulashvili, aujourd’hui directrice du Women’s Centre, et qui, en 1980, a été la première femme de toute l’Union Soviétique à acquérir le titre de Professeur. L’occasion de discuter violences conjugales, alcool, prostitution ou encore représentativité politique de la gent féminine en Géorgie. Morceaux choisis.

Projet 51 : De façon générale, que pensez-vous de la situation des femmes géorgiennes aujourd’hui ?

Iatamze Verulashvili : C’est une situation normale, je pense. Mais je comprends pourquoi vous posez cette question : il y a tant de victimes de violences domestiques dans le pays… Avant la période de transition [suite à l’effondrement de l’URSS], les Géorgiens respectaient les femmes, et les femmes avaient la meilleure place dans la société, elles étaient la colonne vertébrale de la famille. Vous savez, à l’origine nous étions une société traditionnelle : les enfants respectaient leurs parents et prenaient soin d’eux, les familles vivaient ensemble dans la même maison. Mais après l’effondrement de l’URSS, tout a changé. Les gens ont perdu leur travail, ils ne touchaient plus de revenu, les usines fermaient, c’était une période très difficile. Et c’est là qu’un malaise s’est installé. Pour moi, une sorte de stress post-traumatique a créé tous ces problèmes.

Projet 51 : Pensez-vous que la consommation d’alcool joue un rôle dans ces problèmes de violences domestiques ?

Iatamze Verulashvili : Vous savez, la Géorgie, ce n’est pas la Russie ! Ici, vous ne voyez jamais quelqu’un qui reste toute la journée dans la rue, devant le magasin, à boire de la vodka. Nous avons une vraie culture du vin, un peu comme vous en France ; mais nous buvons en famille, entre amis, pour des occasions spéciales. Même dans les villages, on ne voit personne passer sa journée à boire. Et d’ailleurs, la plupart des vignerons ne boivent jamais de vin !

Projet 51 : Depuis que nous sommes ici, et c’était pareil en Arménie, nous voyons peu de femme conduire de voiture. Ce qui est frappant, c’est que nous voyions plus de femmes conductrices en Iran qu’ici… Qu’en pensez-vous ?

Iatamze Verulashvili : Oh ! Oh non ! Oh vraiment, je ne suis pas d’accord ! Quand j’avais 28 ans et que je conduisais, nous n’étions que 3 femmes à conduire dans le pays. J’ai 68 ans aujourd’hui, donc c’était il y a 40 ans. Et maintenant, toutes les femmes conduisent, il y a énormément de voitures dans les rues, et cela devient très dur de trouver des places pour se garer.

Projet 51 : Que pouvez-vous nous dire sur le trafic d’êtres humains et la prostitution en Géorgie ?

Iatamze Verulashvili : Vous savez, je travaille sur le trafic d’êtres humains depuis 1996. A cette époque, la vie était terrible dans les campagnes : les gens n’avaient plus de travail, plus de salaire garanti, plus d’électricité… Et les trafiquants en profitaient, ils allaient dans les villages proposer de l’argent aux familles pour enlever leur fille, soi-disant pour les emmener à l’étranger faire de bonnes études et trouver un bon travail. Mais en fait, beaucoup de ces filles ont fini en Turquie, et à partir de là personne ne sait vraiment ce qu’il est advenu d’elles… Car il y a la prostitution forcée, mais il y a aussi la vente d’organes, l’esclavage domestique, tout ce genre de choses. Cela dit, aujourd’hui, il y a un vrai effort de fait pour lutter contre ces phénomènes. Le gouvernement distribue même des fascicules à l’aéroport pour alerter sur ses questions, et indiquer aux gens la marche à suivre s’ils sont témoins d’actes qu’ils considèrent être du trafic d’êtres humains.

Projet 51 : La prostitution est-elle très répandue en Géorgie ?

Iatamze Verulashvili : C’est un phénomène qui existe, on ne peut pas le cacher. Nous avons un « quartier rouge », à Tbilisi. Et il existe d’ailleurs une organisation qui travaille auprès des prostituées, qui leur distribue des préservatifs, leur fait passer des examens médicaux…

Projet 51 : Y a-t-il beaucoup de femmes politiques en Géorgie ?

Iatamze Verulashvili : Vous savez, c’est un peu le même problème partout dans le monde… Nous souhaitons qu’un tiers des membres du bureau exécutif des partis politiques soient des femmes. Les partis qui respectent cette règle sont « récompensés », on leur offre de l’argent. Mais nous sommes encore bien loin du compte : sur 136 membres du Parlement, nous n’avons que 16 femmes. C’est beaucoup trop peu. Par contre, ce qui est intéressant, c’est que notre Ministre de la Défense est une femme ! C’est étonnant, non ? Une femme qui dirige l’armée, qui est un monde d’hommes !

Projet 51 : Pensez-vous que les femmes ont les mêmes opportunités économiques que les hommes en Géorgie ?

Iatamze Verulashvili : Non, ce n’est pas aussi facile pour les femmes que pour les hommes. Il y a très peu de femmes qui gèrent de grandes compagnies : je ne connais que deux femmes qui sont à la tête d’une grande entreprise !

Projet 51 : Que pensez-vous du rôle de la religion orthodoxe dans le pays ?

Iatamze Verulashvili : Vous savez, nous avons toujours été plus attirés par l’Europe que par l’Est, nous n’avons jamais été un pays fermé… Et puis, n’oubliez pas que pendant la période communiste, nous étions un pays athée. Nous n’avons jamais eu de problème avec l’avortement, par exemple. Donc pour moi, le rôle de l’Eglise est faible. Le patriarcat parle, il exprime son opinion, mais les gens de ma génération n’y prêtent pas vraiment attention.

Projet 51 : Votre organisation travaille aussi sur la prévention et le dépistage du VIH, n’est-ce pas ?

Iatamze Verulashvili : Oui, tout à fait. Le taux de prévalence du VIH en Géorgie n’est pas spécialement élevé, mais le vrai problème, c’est que les gens ne savent rien ou presque au sujet du VIH. De plus, ils ont peur de faire un dépistage car ils savent que les séropositifs sont très discriminés. A part ça, notre pays fait un très beau travail dans ce domaine : toutes les femmes enceintes sont dépistées, par exemple. Si jamais elles sont séropositives, elles auront accès à des trithérapies, et elles pourront être accompagnées au quotidien : on leur dira de ne pas donner le sein pour ne pas transmettre le SIDA à leur enfant à la naissance, tout ce genre de choses.

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