Rencontre avec l’ONG Caritas en Géorgie

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A Tbilisi, nous avons eu la chance d’obtenir un rendez-vous avec l’une des principales organisations internationales évoluant en Géorgie : Caritas, installé depuis 1994 dans le pays, et opérant de façon indépendante dans son fonctionnement depuis mars 2016.

Aujourd’hui, l’association Caritas travaille pour garantir la justice sociale et l’égalité de tous les Géorgiens, à travers des actions telles que la gestion d’un centre éducatif pour les enfants pauvres et issus de familles défavorisées, des distributions alimentaires, ou encore un programme socio-pastoral en partenariat avec l’Eglise catholique de Géorgie.

Nous avons interrogé une employée de Caritas, Nino, ainsi que le Responsable Relations Publiques de Caritas Géorgie, sur la situation des femmes dans le pays. Voici leur point de vue sur différentes questions…

… Sur la situation des femmes par rapport aux hommes :
« L’égalité des genres est un vrai problème en Géorgie, mais cela ne veut pas dire que les choses n’évoluent pas. Au contraire, les choses changent, la situation s’améliore pour les femmes géorgiennes. Mais vous savez, les gens considèrent encore souvent que le rôle des femmes est à la maison, et qu’elles ne peuvent pas cumuler les tâches domestiques et un travail rémunéré par ailleurs. C’est surtout vrai dans les espaces ruraux. »

… Sur les violences domestiques :
« Elles sont liées à des problèmes économiques et sociaux, mais il y a aussi quelque chose qui relève de l’attitude sociale, du conditionnement par la société. Les femmes sont toujours vues comme les personnes en charge du travail domestique, même si les choses ont bien changé. Il y a 10 ans, les femmes étaient invisibles à la table familiale, elles étaient occupées à la cuisine et ne mangeaient pas avec leur famille. Elles ne pouvaient pas fumer dans l’espace public, et ne conduisaient presque jamais de voiture. L’émancipation de la femme géorgienne au cours des dernières années est une réalité qu’on ne peut pas nier. »

… Sur les femmes qui, selon nous trois, sont très rares à conduire des voitures :
« Quand j’étais petit, je ne connaissais que deux femmes qui conduisaient une voiture, et il s’agissait de deux actrices. Vous me dites que vous voyez plus de femmes conductrices en Iran, mais c’est aussi parce que là-bas, dans les années 1960, il était obligatoire pour chaque citoyen d’avoir son permis de conduire. Nous venons de plus loin, mais je trouve qu’aujourd’hui, nous avons beaucoup de femmes qui conduisent, même dans les villages des montagnes. »

… Sur le nombre important de femmes dans les églises géorgiennes :
« Je ne pense pas que les femmes soient plus religieuses que les hommes dans notre pays, mais je pense que leurs activités quotidiennes, et le fait qu’elles exercent rarement une activité rémunérée, leur laisse davantage le temps d’aller à l’église. Elles y emmènent d’ailleurs souvent leurs enfants ».

… Sur la prostitution :
« La prostitution est un vrai problème dans le pays. Beaucoup de femmes d’Arménie, de Géorgie et du Caucase sont victimes de trafic humain dans des pays de la sous-région, même si c’est bien sûr non officiel. Dans les grandes villes, nous avons aussi les problèmes d’escort girls, de ‘massages chinois’ et de prostitution de rue, qui en est la version la plus bas de gamme, et qui crée d’énormes problèmes en termes de maladies sexuellement transmissibles. En-dehors des villes, notamment sur la route de la Turquie, il y a aussi beaucoup de soi-disant hôtels dans lesquels tout le monde sait très bien ce qu’il se passe. »

A l’occasion de notre rendez-vous, nous avons aussi eu l’occasion de consulter différentes statistiques sur le pays. Et elles sont assez impressionnantes.

Ainsi, nous avons été marqués par l’évolution de la courbe de la population. Jugez plutôt : en 2014, la Géorgie était peuplée par 3,73 millions d’habitants, contre 4,99 millions en 1979. Pire : le pays a perdu 15 % de sa population depuis 2002. La faute à une émigration colossale (un quart des Géorgiens vivent à l’étranger !) et à une stagnation de l’espérance de vie (la mortalité infantile a même augmenté depuis le début du siècle…). Il existe, comme dans tous les pays de l’ancienne Union Soviétique, un vrai malaise social dans la société, mais celui-ci semble plus perceptible chez les hommes, pus touchés par les problèmes d’alcool, de maladies mentales et de suicides (les hommes représentent 81% des suicidés) que chez les femmes. Illustration éloquente de ces problèmes : 14 % des hommes géorgiens (et 4 % des femmes) ne souffleront jamais leur 50ème bougie…

En outre, nous avons été surpris de constater la prépondérance d’un phénomène généralement rare dans les pays dits du Nord : celui des mariages précoces. En effet, les mariages se font toujours à des âges avancés dans le pays. Depuis le début de notre séjour, nous étions surpris de voir le nombre de jeunes mères de famille dans les rues de Tbilisi et dans les campagnes. Et à y regarder de plus près, les statistiques ne trompent pas : 13 % des jeunes filles sont mariées avant leurs 20 ans, et seules 33 % des femmes géorgiennes ne sont pas mariées avant leurs 30 ans.

En résumé, le tableau que l’on peut dresser de la situation des femmes en Géorgie ressemble étrangement à celui que l’on pouvait dresser dans la majorité des pays de notre itinéraire : celui d’une condition féminine précaire, mais en très, très nette amélioration au cours des dernières décennies. Et s’il s’agissait d’une histoire humaine, et non pas simplement d’une histoire géorgienne ?

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