Bilan de notre étape en Géorgie

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Il est maintenant temps dresser le bilan de notre séjour en Géorgie, seconde et dernière étape dans un pays d’Europe de l’Est, après l’Arménie et avant la Turquie.

Alors, comme on pouvait s’y attendre, les similitudes avec le voisin arménien étaient au rendez-vous. Une nourriture finalement assez similaire, bien qu’un peu plus diversifiée. Un niveau des prix très proche. Un goût prononcé pour le vin, la bière et les alcools forts locaux. Des records de migrations qui pèsent sur le développement économique du pays, avec une démographie là-aussi déclinante. Une maîtrise générale de l’anglais assez modeste.

Et puis, finalement, la découverte de deux peuples qui se ressemblent quand même beaucoup. On a vite compris que nos interactions avec les Géorgiennes et les Géorgiens seraient proches de celles avec les Arméniennes et les Arméniens : cordiales mais, en principe, ni particulièrement chaleureuses, ni particulièrement prolongées.

Il nous est par exemple arrivé, lors de trajets en stop, de ne pas échanger le moindre mot ou presque avec le conducteur, simplement parce qu’il ne semblait pas particulièrement disposé à discuter avec nous. Par contre, en Arménie comme en Géorgie, nous n’avons jamais rencontré de problèmes de négociations qui tournent mal, jamais subi de tentatives d’arnaques diverses, et les Arméniens comme les Géorgiens se montraient malgré tout hospitaliers et serviables avec nous.

Alors, quand, deux jours seulement après notre arrivée en Géorgie, un expatrié Suédois vivant depuis plus de 6 ans en Géorgie nous a affirmé que la Géorgie n’était pas du tout comme l’Arménie, en allant jusqu’à qualifier les villes Arméniennes de « suicidales » (il parlait français et a utilisé cette expression), on a d’abord été un peu surpris.

Pourtant, on a vite pu, nous aussi, saisir la différence. Aussi séduits que nous avions pu l’être par Yerevan, Tbilisi nous a carrément scotchés.

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Le mélange d’ancien et de moderne que l’on y observe est sans commune mesure avec ce que nous avions pu voir jusque-là sur la route. Les infrastructures et bâtiments ultra modernes, aux formes et matières inspirées de l’art contemporain, côtoient avec grâce des Eglises du fond des âges, le tout dans des rues pavées à n’en plus finir Les nouvelles constructions nous ont semblé toujours audacieux, mais l’ensemble s’accordait bien et nous a convaincu.
Comme ce téléphérique à 1 lari (0,5 €) reliant le centre-ville à une montagne qui la surplombe et où trône une forteresse.
Comme ce pont, entièrement piéton, en verre et en acier, ondulant comme une vague au-dessus de la rivière, qui traverse le centre et s’illumine le soir aux couleurs du drapeau géorgien. Certes, les habitants y ont, selon la rumeur, vu une serviette hygiénique géante et l’ont surnommé en géorgien selon cette comparaison, mais quand même, c’était quelque chose.

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L’ambiance aussi est bien différente. Certes, Tbilisi commence à être touchée, comme de nombreuses grandes villes européennes, par des phénomènes assez classiques d’embourgeoisement, de gentrification, de boboisation même. Nos premières rencontres associatives ont fait découvrir les périphéries de Tbilisi et avec elles, à moins de vingt minutes du centre, une autre facette de la ville. Ici, les relents de l’ère soviétique sont bien visibles, à commencer par les barres d’immeubles, unique forme d’architecture de ces espaces et, comme en France, véritables cités dortoirs de la capitale pour les plus modestes.

Enfin le cadre naturel de Tbilisi ajoute la touche finale à son charme: une capitale entourée de montagnes, où on peut trouver une forêt et même…un cascade à quelques minutes à pied du centre, ce n’est pas banal !

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Mais un pays ne peut pas se résumer à sa capitale, et à ce niveau-là aussi la Géorgie se distinguait de l’Arménie. Si les campagnes arméniennes étaient d’un point de vue « nature » magnifiques, elles étaient souvent très modestes et très peu animées. L’écart entre Yerevan et le reste du pays nous a paru bien plus colossal qu’en Géorgie.

Le développement du tourisme, peut-être, explique cet écart de développement moins grand en Géorgie. Les sites touristes majeurs sont en effet plus nombreux, plus spectaculaires, mieux mis en valeur, et ça se ressent au quotidien dans les villes de l’intérieur du pays avec le nombre d’hôtels, de restaurants, etc.

Si une chose nous semble toujours assez difficile à saisir, c’est bien le rapport des Géorgien(ne)s à la Russie et au monde de manière générale.
Peut-être parce que nous ne parlons pas le Géorgien, peut-être parce que les Géorgien(ne)s nous considèrent comme des touristes ordinaires, nous n’avons pas eu beaucoup d’occasion de discuter de ce type de sujets et de saisir les traces des conflits passés dans les mentalités.

On le sait, la guerre n’est pas bien loin puisque les derniers combats datent de 2008. On en voit parfois les traces, mais pas beaucoup plus. Et quand, à Gori, une ville du Nord du pays, on tombe sur le musée Staline, où on découvre que dans la région les habitants ont encore une certaine admiration pour l’ancien dictateur, on sait encore moins où placer le curseur sur l’échelle du « on aime la Russie un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout ».

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Par contre, nous pensons avoir déjà un peu plus percé le rapport à l’Union européenne des Géorgien(ne)s, ou en tout cas du gouvernement géorgien. En dehors du côté ultra moderne et délibérément tourné vers l’Europe de Tbilisi, on a observé des signes de volonté de rapprochement de l’Europe.
A la frontière avec la Turquie, à Batumi, les autorités n’ont pas hésité à faire flotter le drapeau de l’UE à côté du drapeau géorgien. Au jour le jour, on a croisé plus de touristes tchèques ou polonais qu’iraniens ou turcs, contrairement à l’Arménie. Et puis, on a pu trouver très facilement des diffusions en direct des matchs de l’Euro de football, alors que la tâche était déjà plus délicate en Arménie.

Mais que dire des femmes géorgiennes ?

Nos rencontres associatives le révèlent, le problème majeur qu’elles rencontrent est celui des violences domestiques. Nos interlocuteurs n’ont jamais été très loquaces à ce sujet, mais on pense que le rôle de l’alcool est réel et vient aggraver le machisme latent de la société.
Viennent ensuite :
Le manque d’autonomie économique, lié à un taux d’activité très faible chez les femmes.
Les réseaux de prostitution, avec des femmes « trafiquées » en Géorgie mais aussi et surtout vers les pays limitrophes. Dans la dernière ville avant la frontière turque, Batumi, on a vite arrêté de compter les salons de massage et hôtels aux tarifs affichés pour quelques heures. Une simple image qui en dit déjà long sur le problème…
Les lacunes dans les politiques de planification familiale, avec des taux de grossesse adolescentes ou d’avortements importants, faute notamment d’éducation sexuelle et d’accès à la contraception pour les jeunes.

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Le poids de l’Eglise ne facilite pas forcément les choses en la matière : à la différence de l’Arménie, ici quasiment tous les monastères (qui constituent la majorité des sites culturels et historique à visiter) sont encore actifs, avec plusieurs prêtes qui, à chaque fois, se partagent une (très) belle demeure, jusque dans les complexes les plus reculés. De manière générale, le conservatisme religieux nous a paru plus marqué. Pour entrer dans les Eglises, on a parfois demandé aux garçons de mettre un pantalon plutôt qu’un bermuda, et Marion a parfois dû porter un petit foulard et une sorte de tablier de forgeron par-dessus son pantalon.

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Enfin, vous l’aurez peut-être remarqué, nous avons interrogé deux associations à ce propos, mais on persiste : on pense qu’il y a très, très peu de femmes conductrices en Géorgie. On veut bien croire que c’était bien plus marqué il y a trente ou vingt ans, mais, quand même, comptabiliser avec nos six yeux moins d’une dizaine d’automobilistes femmes en deux semaines, ça ne nous est pas souvent arrivé avant.

Et honnêtement, qui aurait cru que nous verrions beaucoup, beaucoup plus de femmes conduire dans les grandes villes iraniennes que dans l’ensemble de la Géorgie ou même à Tbilisi ?
Le Projet 51, c’est aussi ça, prendre la route pour aller voir d’autres réalités, au-delà des préjugés.

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