Bilan de notre étape au Liban

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Cinquième jour au Liban. A l’occasion d’un trajet en auto-stop, nous rencontrons Ibrahim, un fantasque mafioso (si, si) qui, peu de temps après nous avoir montré le pistolet qu’il porte toujours à la ceinture (!), nous dit qu’il souhaite la paix, pour tout le monde, sur la terre. Nous en profitons pour le tester, et lui demander s’il espère la paix entre le Liban et Israël. Sa réponse ressemble à ce qui suit :

« Ecoutez-moi bien, les amis. Vous voyez ces cicatrices sur mes bras ? Et sur mon visage ? Elles ont été causées par les attaques d’Israël. Tout le monde, par ici, connaît quelqu’un qui a été tué par les Israéliens. Alors non, tant qu’Israël ne laissera pas les pays arabes vivre normalement, jamais je ne souhaiterai que mon pays se réconcilie avec eux ».

Cette histoire est l’une des plus marquantes de notre séjour au Liban, mais c’est bien loin d’être la seule. A vrai dire, au moment de tourner la page de notre expérience libanaise, nous avons bien des choses à vous raconter sur cet étrange pays, long d’à peine 250 kilomètres, partagé par 60 % de musulmans et 40 % de chrétiens, encerclé par Israël (au sud), la Mer Méditerranée (à l’ouest), et la Syrie (au nord et à l’est).

Première constatation : le Liban, bien que la guerre civile y soit finie depuis 25 ans et qu’aucun conflit n’ait eu lieu avec le voisin israélien depuis 10 ans, n’est pas pour autant un pays stable. Plus de la moitié du territoire est encore en zone rouge, et, dans un aussi petit pays, cela a considérablement diminué nos possibilités de vadrouille. Preuve la plus tangible de cette instabilité chronique : nous n’avons pas pu nous empêcher de remarquer que de nombreuses façades d’immeubles, en particulier dans Beyrouth, donnaient encore à voir de profonds impacts de balle ; tandis que dans le sud, nous avons dénombré, dans la même journée, deux unijambistes et un amputé du bras. Une fois, un homme avec qui nous discutions, et qui se montrait plutôt raisonnable dans ces propos, nous a parlé de l’ « ennemi israélien » et des « bêtes israéliennes », en français dans le texte ! Bref, malgré la paix (relative) que connaît le pays depuis 2006, on ne peut pas dire que la page soit définitivement tournée…

De façon générale, c’est clairement la première fois de notre périple que nous nous heurtons si fréquemment à des barrières, barrages policiers, clôtures barbelées, et autres checkpoints militaires. C’est aussi la première fois que nous rencontrons autant de mosquées et d’églises fermées. Et enfin, c’est la toute première fois qu’un homme qui nous a pris en auto-stop nous demande, l’air inquiet, ce que nous cachons dans nos sacs à dos ! Bref, si l’accueil des Libanais a été particulièrement hospitalier, il en est malgré tout ressorti un sentiment de méfiance réelle à notre égard. L’exemple le plus frappant a été quand Aymeric a essayé de photographier « discrètement » un militaire, et qu’il a fini par devoir montrer son passeport, et justifier la présence des tampons correspondant à ses séjours en Iran ou en Mauritanie !

Il faut comprendre les Libanais. Car dans ce petit pays où nous n’avons jamais passé plus de 5 kilomètres sans apercevoir une maison, dans ce confettis où plus de 4 millions de personnes s’entassent sur les 250 kilomètres de façade maritime, se sont enfuis plus d’un million de Syriens, venant s’ajouter aux centaines de milliers de réfugiés palestiniens déjà présents sur le territoire depuis des décennies. Et, quand on rajoute un million de réfugiés à un pays qui ne compte que 4 fois plus d’habitants, les conséquences sont malheureusement bien visibles… Les mendiants, vendeurs à la sauvette et autres squatteurs en tous genres sont bien présents dès lors que nous nous sommes rendus dans des villes situées en direction de la Syrie.

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Nous avons discuté, un jour, avec un couple de Libanais chrétiens, partisans de la théorie du « grand remplacement », qui se montraient inquiets du fait que ces réfugiés viennent gonfler le nombre des musulmans présents dans le pays, au détriment des chrétiens de plus en plus marginalisés. Nous ne voulons pas rentrer dans cet argument-là, mais constatons tout de même que certaines tensions religieuses semblent encore bien loin d’être éteintes dans le pays… Ainsi, le Parlement n’arrive pas à s’entendre sur un Président depuis maintenant plus de deux ans, conduisant l’armée à boucler complètement le centre-ville de Beyrouth, et à faire de la Place de l’Etoile (historiquement l’ultra-centre de la ville) un véritable no man’s land, tout juste peuplé par des militaires en tenue, des touristes curieux et… des enseignes ayant toutes déménagé dernièrement. Triste.

Par ailleurs, il faut bien l’avouer, nous n’avons jamais connu un tel contraste entre les différentes régions d’un pays. Si Beyrouth nous a marqué par son bord de mer, ses immeubles modernes et ses bars à la mode qui rappellent plutôt Israël (hé oui !) ou les Etats-Unis, à l’inverse, Tripoli (qui n’est que 80 kilomètres plus au nord) nous a rappelé les quartiers populaires du Caire, sales, bruyants, désorganisés, mais follement animés. Il y a là un décalage de classe sociale (Beyrouth est riche, Tripoli est pauvre), mais aussi un décalage culturel et/ou religieux (Beyrouth est à moitié chrétien, Tripoli est à 95 % musulman). De même, si Beyrouth nous a marqué par ses bars servant de l’alcool, et ses centres commerciaux où s’enchaînent une dizaine de boutiques de lingerie (!), au contraire Tripoli nous a surpris par le nombre important de femmes très strictement voilées, et l’absence totale d’alcool dans les boutiques de la ville. Peu avant d’arriver à Tripoli, nous avons d’ailleurs pu constater que les publicités de lingerie, affichées sur les bords de l’autoroute, avaient été systématiquement arrachées et vandalisées. En fait, entre ces deux villes qui sont les deux plus peuplées du Liban, on n’avait clairement pas le sentiment d’être dans le même pays.

Une autre illustration ? Pas de problème.

Le 12 juillet, nous avons passé notre journée à randonner dans la Qadisha Valley, au milieu de monastères chrétiens datant d’il y a des siècles. Nous y avons rencontré le seul ermite du Liban : le Père Dario, un vieux sage colombien installé depuis maintenant 16 ans dans son monastère, et tout juste dérangé par les quelques curieux se promenant dans les parages.

Puis, deux heures après, alors que nous avions été pris en stop par un jeune Libanais assez chaleureux, celui-ci nous a raconté qu’il faisait partie du Hezbollah, mais que ce n’était pas une raison pour avoir peur de lui, car il œuvrait pour ce qu’il considère comme une cause juste.

Le simple fait que deux individus aussi différents se côtoient, à quelques kilomètres de distance, c’est là tout le mystère et tout le défi du Liban moderne. A Tyr, dans le sud, nous avons même pu voir, à quelques centaines de mètres l’une de l’autre, une plage située à proximité du quartier chrétien, et peuplée de femmes bronzant en bikini, et une plage plus centrale dans laquelle aucune femme ne se baignait sans son voile (et, cela va sans dire, sans des habits assez longs et larges pour dissimuler les formes féminines).

Le contraste le plus frappant pour nous a été de constater que, dans ce pays à majorité musulmane, une grande partie de la côte est un enchaînement de plages privées, boîtes de nuit, bars et club de gogo danseuses. Il paraît que ces lieux sont très fréquentés des Koweïtiens, Qataris et autres Emiratis désireux de goûter à ces « plaisirs » pas franchement disponibles chez eux. Mais il est clair aussi que tous ces endroits, qui trouvent en leur paroxysme une sorte d’Ibiza libanais (la ville de Jbeil, désignée capitale arabe du tourisme en 2016), vivent par et pour des Libanais riches, jeunes, branchés, ouverts sur l’occident, peu religieux, et souvent de confession chrétienne. Il existe même un immense yacht club en plein centre-ville de Beyrouth !

Car, à l’image d’Israël, le Liban devient branché. Jugez plutôt : dans les deux mois suivant notre départ, le pays va accueillir Sia, Mika, Jean-Michel Jarre, Avicii ou encore le Cirque du Soleil ! Les festivals estivaux s’enchaînent, et vont sans doute renforcer l’étrange ressemblance qui existe déjà entre le Liban et le sud de la France… Et l’on ne parle pas que des paysages, des forêts de pins et du climat continental, mais aussi de la très forte prépondérance de la langue française (on voit plus de panneau écrits en français qu’en anglais) et du grand nombre de marques et produits français (on a par exemple pu voir des enseignes BHV, Paul, Okaïdi ou encore Petit Bateau).

Enfin, que peut-on vous dire de la situation des femmes libanaises ?

Une fois encore, le constat est plutôt étonnant pour un pays qui a aussi mauvaise presse. Nous n’avons aperçu que 3 ou 4 femmes en burqa/niqab, et avons plutôt été marqués par le nombre très important de femmes au volant, et de petites filles dans les rues, aussi bien dans les zones chrétiennes que dans les zones musulmanes. Plus étonnant encore : ç’a été la troisième fois seulement que nous avons été pris en auto-stop par une femme seule. Les fois précédentes avaient été en novembre dernier, au Rwanda, et en mai… en Iran ! Voilà de quoi faire tomber quelques clichés…

A Tripoli, une femme nous a semblé illustrer à elle seule tous les contrastes du Liban moderne. Alors qu’elle nous voyait négocier avec un taxi, elle est venue nous proposer son aide, dans un anglais impeccable. Il faut dire qu’elle vivait depuis des années aux Etats-Unis, et ne revenait que pour rendre visite à sa famille. Ce qui nous a surpris, c’est que malgré la forte chaleur, elle portait un voile très strictement attaché et des vêtements amples, qui ne laissaient apparaître ni ses bras ni ses chevilles. Et que, dans sa main gauche, elle portait un sac de la marque de lingerie Victoria’s Secret…

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