Présentation pays : la Turquie

Après un mois en Europe de l’Est, nous avons franchi la frontière terrestre de la Géorgie à la Turquie. L’occasion de vous parler un peu plus de ce pays si grand, et pourtant si méconnu…
FICHE D’IDENTITE : TURQUIE

Aux confins de l’Asie et de l’Europe, la Turquie et ses 77 millions d’habitants est le pays le plus développé de notre itinéraire après le Liban et la Malaisie. C’est aussi un pays à la géopolitique extrêmement compliquée : depuis son indépendance en 1923, le pays a connu 3 coups d’Etat et a vu différents partis islamistes prendre de l’importance au cours des élections récentes, au point de connaître un certain rétropédalage sur des questions de société depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP, en 2002.

Quoique composée en grande majorité de musulmans (98 % de la population), la Turquie est officiellement une République laïque, dans laquelle l’avortement est légal depuis 1984. Pourtant, dans les faits, la situation est bien plus ambigüe : la religion est encore mentionnée sur les papiers d’identité, et le Ministère des Affaires Religieuses mobilise des ressources importantes, plus encore que les Ministères de l’Intérieur, de la Santé ou de l’Environnement. De plus, toute personne coupable d’avoir dénigré les valeurs religieuses de la population peut être condamnée à une peine pouvant aller jusqu’à un an de prison.

La Turquie est la 17ème économie mondiale, et, à ce titre, essaye de s’imposer comme un partenaire économique majeur pour des espaces économiques émergents tels que l’Afrique et la Chine. Le secteur tertiaire y emploie plus de la moitié de la population active, marquant ainsi le passage d’un modèle économique « traditionnel », reposant en grande partie sur l’agriculture, à un modèle moderne dans lequel l’industrie et, surtout, les services occupent une place importante.

ETRE UNE FEMME EN TURQUIE

La Turquie est classée 125ème sur 142 pays au Gender Gap Index, ce qui, on en conviendra, est très insatisfaisant pour un pays au niveau de développement élevé. Sur le plan économique d’abord, il existe une inégalité majeure : 70 % de la population active est de sexe masculin, et le PIB / habitant de la femme turque correspond à 2,6 fois moins que celui de l’homme turc. Sur le plan de l’éducation, 80 % des analphabètes sont de sexe féminin, et les filles sont sous-représentées dans le système éducatif, à toutes les tranches d’âge. Sur le plan politique enfin : seuls 4 % des ministres sont des femmes. Il résulte de toutes ces dimensions une conception très peu progressiste de la femme : ainsi, si 82 % des hommes disposent d’un compte dans un établissement bancaire, elles ne sont que 33 % de femmes dans ce cas.

Le plus inquiétant repose dans le comportement du pouvoir exécutif turc. Ainsi du Président Recep Tayyip Erdogan qui, le 24 novembre 2014, avait désigné l’égalité homme-femme comme « contraire à la nature humaine ». Deux ans plus tôt, le même Monsieur Erdogan avait comparé l’avortement à un meurtre, et a fait en sorte de rendre celui-ci de moins en moins aisément accessible, à l’instar de la pilule du lendemain, qui n’est désormais plus distribuée sans ordonnance. De même, en juillet 2014, une vague d’indignation a fleuri sur les réseaux sociaux lorsque le vice-premier ministre Bulent Arinç a conseillé à la gent féminine de ne pas s’esclaffer en public pour « conserver sa décence à tout moment ».

Au-delà e ces aspects, comme l’a récemment montré le film Mustang, sorti en 2015, il existe un véritable mouvement de libération de la femme, et notamment d’émancipation sexuelle, avec toutes les conséquences qui peuvent en découler. Ainsi, le taux de grossesse adolescente y est 6 fois plus nombreux qu’en France, et près de 3 % des filles tombent enceinte avant leur 20ème anniversaire. La confrontation des valeurs traditionnelles islamiques avec les cultures progressistes européennes constitue l’un des véritables enjeux de la Turquie du 21ème siècle…

POURQUOI ALLONS-NOUS EN TURQUIE ?

Parce que ce pays est un véritable liant entre Orient et Occident : pas tout à fait européen, pas vraiment asiatique non plus, il s’agit d’une véritable zone de transition. En cela, le pays sera riche en enseignements dans le cadre du Projet 51.

Parce que la Turquie, qui a accordé le droit de vote aux femmes plus d’une décennie avant la France, a, depuis lors, eu tendance à avancer en marche arrière.

Parce que la Turquie de 2016, c’est un pays où se sont réfugiés plus d’un million et demie de Syriens fuyant la guerre civile. C’est aussi un point de départ pour de nombreux clandestins désirant immigrer en Europe. Et c’est un pays qui doit se relever après avoir vécu, en octobre 2015, l’attentat le plus meurtrier de son histoire. En clair, la Turquie est au cœur des enjeux de notre époque.

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