Bilan de notre étape en Arménie

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Nous disons désormais au revoir à l’Arménie…

Depuis le premier jour, ce qui nous a marqué en Arménie, c’est le contraste incroyable avec l’Iran, pays frontalier où nous avions passé 19 journées mémorables. Il faut dire que, dès le poste frontière, notre tout premier échange avec un Arménien a été pour faire comprendre à Marion qu’elle pouvait (enfin !) enlever son voile, et s’habiller comme elle le souhaitait.

Effectivement, en Arménie, les femmes ne sont pas légalement obligées de porter le voile. Est-ce que cela veut dire qu’il fait meilleur être une femme arménienne qu’une femme iranienne ? Pas forcément. Au final, nous avons vu plus de femmes conduire une voiture en Iran qu’en Arménie. Nous n’avons pas vu d’homme vendre de la lingerie, comme en Iran. Et, surtout, nous avons perçu les dérives du modèle occidental en matière de mœurs, en témoignent les nombreux strip clubs et autres bars à prostituées sur les routes et dans les villes arméniennes. Car l’Arménie nous a pas mal marqués par son machisme ordinaire, ses hommes qui nous font des gestes obscènes en demandant à Alex ou à Aymeric s’ils ont une copine, ses télés dans une chambre d’hôtel qui diffusent des films interdits aux moins de 18 ans, ses gros bedonnants sortant d’un bar à prostituées d’Erevan une bière à la main, son gamin de 11 ans (!) nous mimant explicitement les formes de Kim Kardashian, ou encore ses femmes et filles habillées de façon très, très légère pour pouvoir plaire à leur mari.

Et puis, malheureusement, on a aussi perçu l’un des problèmes de la société arménienne, un problème qui nuit particulièrement aux femmes : l’alcoolisme. On l’a dit dans notre fiche d’identité pays, plus du quart des femmes arméniennes seraient battues par leur mari. L’alcool joue un rôle immense là-dedans, et les problèmes du peuple arménien avec l’alcool sont notoires au quotidien. Nous avons pu voir, dans les supermarchés, des rayons vodkas bien plus fournis que des rayons boulangerie ou boucherie. Nous nous sommes d’ailleurs parfois fait inviter à trinquer, et la rapidité avec laquelle s’enchaînaient les verres en disaient long…

Au-delà de ça, notre expérience personnelle en Arménie nous a rappelé au doux souvenir de l’Europe. Les montagnes arméniennes ont souvent eu pour nous un faux air d’Auvergne, de Cévennes ou d’Alpes, et les villages perdus dans la montagne, avec leurs maisons en pierre, n’ont pas faire mentir cette impression. De même, niveau nourriture, l’Arménie nous a rappelé au bon souvenir de la charcuterie, du pain, du vin rouge, de la purée de pommes de terre ou encore du fromage. Cette fois, c’est clair : la France n’est plus très loin. La seule différence, c’est que l’on a encore eu droit à une hospitalité « à l’iranienne » : ils sont nombreux, ces Arméniens et ces Arméniennes, à nous avoir invités à partager leur pique-nique, et nos tentatives d’auto-stop ont rarement été aussi fructueuses qu’en Arménie.

Jamais dans le Projet 51, nous n’avons à ce point eu le sentiment de découvrir un pays à deux vitesses : la capitale et le reste. A Erevan, nous avons été marqués par les cafés en plein air, les galeries d’art omniprésentes, et l’opéra avec ses places à moins de 2€. En-dehors d’Erevan, nous avons pu voir des voitures qui étaient de véritables épaves, des villageois qui sentaient l’alcool à plein nez, et des parieurs invétérés s’entassant dans les cahutes Toto Gaming. Une anecdote révélatrice : si nous pouvions voir les matchs de l’Euro 2016 dans n’importe quel bar ou restaurant d’Erevan, en revanche il nous a été impossible d’en voir dans des villes comme Dilijan ou Sevan, qui figurent pourtant parmi les plus touristiques du pays !

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Un autre aspect qui nous a marqué en Arménie, c’est l’importance et le goût des Arméniens pour l’histoire. On l’a déjà mentionné, l’Arménie est la plus ancienne nation chrétienne au monde : la religion chrétienne y est religion d’Etat depuis l’an 301. De cette époque subsistent encore aujourd’hui de nombreuses églises et monastères, des manuscrits en tous genres et une connaissance historique assez hallucinante. Nous avons ainsi pu voir dans des musées de Erevan des statues ou peintures d’un universitaire du 7ème siècle, ou d’un historien du 5ème siècle !

Au quotidien, demeure une ferveur religieuse que nous n’avions jusqu’ici rencontrée qu’en Inde ou en Ethiopie. Les églises sont omniprésentes, très souvent peuplées de femmes (beaucoup moins d’hommes, étonnamment), et l’on y découvre des façons de prier assez surprenantes, allant des embrassades de crucifix à l’utilisation quasi permanente de l’encens en passant par d’étranges jeux de lever de rideau au cœur de la messe, ou encore le port très fréquent du voile, pour les femmes, à l’intérieur des églises. Nous avons eu la chance d’assister à une messe orthodoxe, très mystique mais absolument interminable, au point que les fidèles ne cessaient de faire des allers et venues dans l’église, et que nous-mêmes, après une heure et demie de messe, et alors que l’on n’en voyait pas arriver la fin, avons fini par partir discrètement.

En ce début d’été, nous avons donc quitté l’Arménie, ses belles montagnes, ses petits villages, ses lieux de culte chargés d’histoire, ses habitants amis de la France (et de Charles Aznavour, l’Arménien le plus connu de chez nous !). Direction la Géorgie pour deux semaines, puis la Turquie.

Mais chut… En Arménie, nous avons tant que possible évité de mentionner notre prochain séjour en Turquie, l’ennemi héréditaire. Il faut dire que 101 ans après le premier génocide de l’histoire humaine, la cicatrice ne s’est pas refermée, et les Arméniens brillent par leur haine de la Turquie. Un exemple parmi d’autres : la statue de « Mother Armenia », l’un des symboles d’Erevan, qui présente une femme arménienne pointant son épée en direction du Mont Ararat, appartenant aujourd’hui à la Turquie. Devant cette statue, nous avons été surpris de découvrir… des missiles exhibés et bien pointés dans la même direction. No comment.

Autre ennemi héréditaire : l’Azerbaïdjan, avec qui les conflits frontaliers durent depuis des décennies. En Iran déjà, nous avions pu percevoir, au cours d’un trajet en auto-stop passé avec un chauffeur routier azerbaïdjanais, la défiance entre ces deux peuples. Ici, nous avons carrément halluciné. Dans un centre commercial d’Erevan, nous avons aperçu un stand de tir à la carabine dont l’une des cibles était… une photo du président de l’Azerbaïdjan. Pas de très bon goût, et pas bien rassurant, surtout quand depuis un peu plus de deux mois les combats à la frontière ont repris de plus belle.

Nous sommes rentrés en Arménie par l’Iran, et la quittons par la Géorgie. Pas vraiment le choix : ce sont les deux seules frontières du pays qui sont ouvertes…

« Les flèches, comme les mots, une fois lancés ne reviennent jamais. »
(proverbe arménien)

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