Bilan de notre étape au Népal (par Marion)

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Retour sur notre séjour au Népal vu par Marion :

(Après une escale à Taïwan pour rendre visite à une amie avant de rejoindre le Népal, j’ai eu l’occasion de voyager seule au Népal comme en Inde avant de retrouver Aymeric et Alexandre sur la route pour l’Iran).

Au Bangladesh, on a eu l’occasion d’en parler, je faisais clairement partie des 10% de femmes présentes dans les rues.

Alors, après 3 semaines où, chaque jour, à un moment ou à un autre, je pouvais m’imaginer en figurante dans un film de science-fiction où les femmes auraient (presque) disparu de la planète Terre, un petit passage au Népal fait quand même du bien !

Malgré toute la gentillesse et l’hospitalité des Bangladeshis, il faut reconnaître qu’en tant que femme jeune, il est quasi impossible d’évoluer dans l’espace public sans remarquer les regards un peu trop insistants et verticaux de certains hommes ou sans être soi-même remarquée par à peu près tout le monde. Retrouver un certain anonymat au Népal ne fait pas de mal.

Au Népal, les femmes sont de retour dans les rues Elles tiennent de petits commerces, elles se déplacent seules, elles gèrent des petites gargotes avec leur mari. Dans ces petites gargotes, certaines sont même responsables des « relations clients » avec les étrangers, si elles maîtrisent mieux l’anglais, pendant que leur mari épluche les légumes ou fait cuire les momos du jour… Drôles de scènes quand on arrive d’un autre univers…

Cela a beau être tout simple, ça fait du bien car l’environnement autour de vous redevient juste plus « normal ». Plus besoin d’être sur ses gardes, plus besoin de se fermer aux regards trop insistants, plus besoin de « se battre » (symboliquement, bien sûr) pour avoir sa place dans l’espace public.

Alors, quand, dans un petit village de la vallée de Katmandou, une vieille dame m’a fait signe de venir m’asseoir quelques minutes entre elle et son mari, sur le trottoir en face de leur maison, où ils passent l’essentiel de leur journée à éplucher des légumes, à discuter avec les autres vieux du quartier, à jouer aux cartes avec les copains, à tricoter avec les copines, c’était déjà un moment bien particulier.

A cause des coupures d’électricité incessantes, même en pleine journée il n’y avait pas de lumière dans leur appartement déjà bien sombre, puisque doté d’une seule minuscule fenêtre. A cause du tremblement de terre, leur appartement tenait encore debout grâce à de précaires et faiblards poteaux en bois, sans garantie que des travaux viendront rétablir les fondations de sitôt, les sites touristiques et les hôtels semblant avoir une certaine priorité en la matière…

Pourtant, cette vieille dame m’a proposé, avec un sourire rayonnant et quelques gestes efficaces, d’aller m’y reposer quelque temps. Pourtant, elle m’a frotté le dos comme une grand-mère le ferait, en essayant de me baragouiner quelques douces paroles.

Au Bangladesh, malgré tous les moments d’humanité partagés avec les Bangladeshis, je ne peux raconter qu’une seule interaction avec une femme seule dans la rue.

C’était la première que je voyais une femme tenir un petit commerce. Elle vendait du chaï, le fameux thé au lait et aux épices du sous-continent indien. Elle m’avait invité à en prendre un. Sa voisine m’avait offert des bonbons.

Au Népal, malgré une seule petite semaine passée dans le pays, cet épisode ne me semble avoir rien d’extraordinaire, c’était un moment de vie parmi bien d’autres.

Tout ça pour dire que la situation des femmes au Népal est significativement meilleure que celle de leurs voisines dans la sous-région (Inde, Bangladesh), et qu’elle est finalement plus proche de celle des femmes du Sikkim.

Pourtant, comme dans le Sikkim, des problèmes bien spécifiques touchent les femmes népalaises : violences conjugales, réseaux de prostitution qui recrutent à tour de bras les jeunes filles originaires des villages reculés, mariages précoces, accès très limité aux soins liés à la maternité, etc.

Le premier rappel de ces réalités moins glorieuses ne s’est pas fait attendre bien longtemps : en arrivant à Katmandou, j’ai pu remarquer sur les murs des dessins et messages de sensibilisation contre les violences faites aux femmes.

Mais surtout, il y a un sujet qui aura pas mal occupé mon esprit pendant que je découvrais les villages de la vallée de Katmandou : le lien entre pauvreté économique et condition féminine.
Rien de bien nouveau là-dedans, me direz-vous. C’est un sujet maintes fois traité par le Projet 51 avec de nombreuses rencontres d’associations qui font de l’émancipation économique leur cheval de bataille pour atteindre l’émancipation féminine.
C’est vrai, mais ce qui m’a frappé ici ce ne sont pas des messages délivrés par des ONG, c’est du vécu.

Ce qui m’a frappé, ce sont ces dizaines de femmes qui, pendant que je faisais tranquillement le tour de leur ville pour en découvrir les recoins les plus mystérieux, passaient leur journée courbées sous le poids du grand panier en osier qu’elles portaient sur leur dos. Ce grand panier, elles ne cessaient de le remplir de briques dispersées par ci par là, avant d’aller laborieusement le vider dans un camion. Ces femmes étaient relativement âgées, minces et pauvres, et ce sont elles qui faisaient encore aujourd’hui une bonne partie du travail de déblayage post tremblement de terre.

Ce qui m’a frappé, ce sont ces femmes que je voyais s’affairer dans les environs directs des précaires camps de tentes disséminés un peu partout, généralement à l’écart des itinéraires touristiques de base. Ce sont elles qui étaient de corvée « recherche de bois ». Elles qui lavaient les vêtements de la famille avec le peu d’eau dont elles disposaient. Elles qui cuisinaient avec leur petit réchaud et une casserole défoncée.

Je ne cherche pas à faire dans le misérabilisme. Les expressions sur les visages de ces femmes, la résilience et la force que j’ai pu ressentir chez elles, me laissent penser que, malgré la rudesse de leur vie, elles parviennent à être heureuses, en tout cas moins malheureuses que beaucoup d’autres qui, sous d’autres horizons, possèdent pourtant beaucoup plus…

Je ne cherche pas non plus à dire qu’il n’y a que les femmes qui soient touchées par la pauvreté, au Népal comme ailleurs. J’ai vu des hommes trimer pour quelques roupies dans les rues de ces mêmes villages.

Mais s’il y a un fait qu’il ne faut pas oublier, c’est que la pauvreté touche d’abord les femmes et qu’elles sont généralement les dernières à profiter de l’exploitation d’une nouvelle richesse.
Je ne crois pas qu’il existe un seul pays dans le monde où ce constat soit invalidé, et c’est bien pour ça que 2 êtres humains sur 3 vivants dans une situation d’extrême pauvreté sont des femmes.

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Au Népal, le tourisme est LE secteur en plein boom, avec tous les perversions que cela peut engendrer, comme vous l’ont raconté Aymeric et Alexandre.
Et ce n’est que le début. Le pays fait tout pour attirer les touristes, allant jusqu’à proposer un tarif spécial « Chinois » moins cher que le tarif « étranger » pour certaines visites. Dans le moindre village, on passe devant des dizaines d’écoles où l’on n’entend non pas des leçons récitées en népali…mais en anglais. Partout, on voit des affiches pour des cours de japonais, de chinois, d’allemand, de français, etc.

Alors c’est vrai que les billets verts rapportés par tous ces touristes permettent à beaucoup de Népalais d’améliorer leurs conditions de vie. Ces jeunes qui deviennent guides, chauffeurs de taxis, gérants d’agences de voyages ou d’hôtels, voient leur confort de vie s’améliorer par rapport à leurs parents. Mais selon moi, une bonne partie de ceux-là sont encore de sexe masculin.

Les femmes qui ont aujourd’hui plus de 30 ans n’ont pas forcément eu la chance de suivre des études secondaires, ont été mariées plus tôt que leurs homologues masculins, et sont davantage enfermées dans une vie qui ne leur laisse pas voir les devises arriver.
Et alors qu’elles n’ont pas les clés pour exploiter cette nouvelle ressource, le gouvernement mise plus sur l’amélioration des infrastructures touristiques que sur celle des conditions de travail et de vie de ces femmes.

Pourtant, je ne cherche pas à dresser un portrait catastrophique de la situation. Il faut reconnaître que l’effort fourni en termes d’éducation est absolument considérable. Une simple observation des rues la journée permet de dire que la plupart des enfants fréquentent l’école. Et quand on regarde les statistiques, le taux de scolarisation des filles est aussi élevé, voire supérieur, à celui des garçons.

Alors qu’aujourd’hui, leurs mères qui travaillent dur et récoltent peu m’ont parfois fait penser aux femmes sénégalaises, piliers de la société récompensées au lance pierre, demain ces filles parleront anglais. Demain, ces filles pourront prétendre à la place qu’elles méritent. Demain, ces filles seront moins des proies sans défense face aux réseaux de trafic humains qui sévissent dans la sous-région. Demain, je pense que ces filles ne passeront pas leur tour…

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