A la rencontre des Iraniennes et des Iraniens – Episode 4 sur 4

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Notre expérience en Iran, au jour le jour : Dernière Partie, de Zanjan à la frontière arménienne

Jour 16, 14h : Nous sommes pris en stop par un monsieur qui, comme souvent, ne parle pas un mot d’anglais. Quand nous lui disons venir de France, il nous montre sa voiture et nous lance « Peugeot, France ! Very good ! ». Il faut dire qu’il y a énormément de Peugeot sur les routes iraniennes. En fait, c’est incroyable de voir à quel point on se trouve dans un pays ami de la France : la langue farsi nous emprunte même de nombreux termes tels que ‘séchoir’, ‘agence’, ‘licence’, ou encore… ‘merci’, prononcé ‘melci’. D’une certaine manière, nous ne sommes pas si dépaysés que cela.

Jour 16, 18h : Nouveau trajet en stop, nouvel Iranien non anglophone. Qu’importe : le passager décide d’appeler un ami, qui lui apprend quelques rudiments de la langue de Shakespeare. Et voilà comment nous avons droit à un « welcome to Iran », et à un « nice to meet you ».

Jour 17, 16h : Un homme au volant d’une voiture nous voit marcher sur le bord de la route. Il nous demande où nous allons. Nous lui répondons vouloir nous rendre à Zanjan, à 45 kilomètres de là. Il nous dépose à la station de taxi, paye notre trajet au chauffeur et s’en va sans demander son reste.

Jour 17, 18h : Marion se retrouve seule dans la rue pendant qu’Aymeric va acheter une bouteille d’eau. C’est nettement suffisant pour qu’elle se fasse offrir une glace par un épicier. Quand Aymeric revient, un badaud part du principe que nous sommes forcément mariés, et nous demande si nous sommes actuellement en lune de miel ! On ne peut pas s’empêcher d’éclater de rire.

Jour 17, 20h : En chemin vers Tabriz, nous discutons avec Sajjad, l’un des 35 millions d’Iraniens appartenant à une ethnie venue de Turquie. Sa langue maternelle est le turc, comme celle de presque tous les habitants de l’Azerbaïdjan du sud, la province du nord de l’Iran. Sajjad nous lance que la politique éducative iranien est raciste, car elle impose la langue nationale, le farsi, à tous les échelons du système éducatif.

Jour 17, 21h : Nous discutons de l’Azerbaïdjan, pays musulman frontalier de l’Iran, mais dont le gouvernement est laïc. Sajjad nous lance une phrase qui se passe de commentaires. « Iran : Muslim. Government : Muslim. People : not Muslim ! ». Depuis que l’on est ici, on n’a pas entendu beaucoup de bien des leaders religieux du pays… Même si aujourd’hui, pour la toute première fois, nous avons vu quelqu’un porter un tee-shirt Ali Khamenei.

Jour 17, 21h30 : Sajjad se plaint du gouvernement iranien, et mime la barbe des mollahs en assénant « very bad politics ». Le tout se déroule à l’arrière d’un taxi partagé (une sorte de taxi-brousse, quoi), sous le regard à la fois amusé et curieux des autres passagers.

Jour 18, 15h : Nous sympathisons avec un couple d’Irano-Londoniens, architectes comme tant de leurs compatriotes. Ali et Parastoo (c’est leurs noms) nous emmènent dans leur voiture pour faire un long trajet de près d’une heure, puis ils nous invitent à déjeuner. Pour un peu, ce genre de choses ne nous étonnerait même plus.

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Jour 18, 17h : Nous sommes pris en stop par une femme seule avec sa petite fille. C’est la première fois que cela nous arrive en Iran, et la deuxième fois seulement depuis le début du Projet 51. Au moment de partir, elle nous lance un « thank you very much, it was good to see you ». Le monde à l’envers!

Jour 18, 19h : Nous sommes pris en stop par Mehti Babayev (oui oui, il nous a montré son passeport), un vrai phénomène. Mehti est un chauffeur routier azerbaïdjanais, complètement perché. Dès que nous montons dans son camion, il débute un véritable festival. Il nous demande d’exprimer notre opinion, par un pouce levé ou un pouce baissé, au sujet de l’Iran, de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie, de Poutine, de Sarkozy, de Barack Obama… Il manque de nous faire descendre de son camion quand nous lui présentons notre pouce levé alors qu’il nous demande notre opinion de l’Arménie (il faut dire que l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont en conflit depuis des décennies…). Il nous mime des fusils pour nous faire comprendre que la frontière Iran-Azerbaïdjan, que nous longeons, est tendue. Il échange ses lunettes de soleil avec celles d’Aymeric. Il répète plusieurs fois « connais pas », une phrase qu’on lui a dite et qu’il a visiblement appréciée. Il fait deux ou trois écarts dans le fossé à force de nous regarder en discutant tant bien que mal, lui en azéri, nous en français. Il propose à Aymeric de lui racheter son appareil photo pour 50 Dollars. Et, étonnamment, alors qu’il se présente comme très musulman et nous a sermonné pour que nous ne touchions plus jamais à une goutte d’alcool, il nous fait comprendre qu’il trouve ridicule cette obligation de faire porter le voile à toutes les femmes en Iran.

Jour 19, 20h : Nous voulons dormir à Ushtebin, petit village niché au fond d’une vallée. Sauf qu’il n’y a aucun hôtel. Qu’importe : les villageois nous installent dans l’école, nous en laissent la clé, et nous font dormir sur des tapis à même le sol. Pouvoir squatter toute la nuit une école vide, c’est un peu un rêve de gosse.

Jour 20, 9h : Nous attendons sous la pluie qu’une voiture passe pour nous faire prendre en stop. En attendant, une dame s’arrête, nous offre du pain, une boite de thon (notre petit dej’ !), et se jette dans les bras de Marion en lui faisant 3 bises.

Jour 20, 10h : Alors que nous sommes à côté d’un poste militaire surveillant la frontière Iran – Azerbaïdjan, un jeune en uniforme vient nous saluer avec un anglais impeccable. Comme tant d’autres de son âge, il s’agit d’un jeune homme éduqué, qui se doit d’accomplir son service militaire obligatoire pendant 21 mois. Lui n’a pas franchement l’air ravi d’être là.

Jour 20, 11h : Alors qu’on longe depuis hier la rivière qui fait office de frontière Iran – Azerbaïdjan – Arménie, on ne peut pas s’empêcher de remarquer tous ces villages abandonnés, conséquences bien visibles des conflits frontaliers qui opposent les Azéris aux Arméniens depuis des décennies.

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Jour 20, 14h : Nous nous faisons prendre en stop par Ahmad. Nous discutons avec lui de la façon dont les femmes sont habillées différemment entre Téhéran et d’autres villes du nord nettement plus musulmanes, comme Tabriz ou Zanjan. Il nous répond qu’à son sens, les mollahs ont fait une croix sur Téhéran, en se disant que ces gens-là sont ingérables, et impossibles à remettre dans le droit chemin ! Pourtant, nous ne sommes pas prophètes, mais l’on a rarement entendu parler de révolutions qui ont débuté dans de petites villes…

Jour 20, 18h : Nous arrivons à Jolfa, ville située à la frontière, et qui a été transformée en zone franche, donc en centre commercial géant. D’un seul coup, on y trouve toutes les marques occidentales introuvables en Iran ! Kinder, Kit Kat, Haribo, Twix, Snickers et même… un restaurant Domino’s Pizza ! De nombreux Azerbzaïdjanais et Iraniens en profitent pour venir faire leurs courses ici. Conséquences : de nombreuses enseignes sont écrites en turc, la langue la plus parlée à la fois au nord de l’Iran et en Azerbaïdjan. Et en plus, nous ne sommes qu’à 30 kilomètres de la frontière arménienne. Sacré métissage…

Jour 21, 14h : Voilà, c’est fini… Nous franchissons la frontière vers l’Arménie, qui n’est que le 6ème des 15 premiers pays de notre itinéraire à nous laisser rentrer sans Visa. Dès que les douaniers arméniens nous voient, ils montrent à Marion son voile et lui font signe de l’enlever ! C’est pour nous un petit soulagement de pouvoir se promener en manches courtes et sans voile (pour Marion), et en bermuda (pour Aymeric). Plus tard, nous pousserons le concept jusqu’à déjeuner d’un sandwich saucisson avec une bière sur les hauteurs de Meghrir, joli petit village arménien parsemé d’églises. Malgré tout, l’Iran, ses paysages extraordinaires, ses habitants adorables et son patrimoine colossal, va nous manquer.

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