A la rencontre des Iraniennes et des Iraniens – Episode 3 sur 4

13320545_1783043028593182_3431955950613588702_oNotre expérience en Iran, au jour le jour : Partie 3, de la frontière de l’Azerbaïdjan à notre plus belle rencontre iranienne

Jour 13, 11h : Nous téléphonons à Parastoo, une jeune Iranienne de 22 ans qui, dans un restaurant d’Astara, nous avait laissé son numéro de téléphone afin de nous inviter chez elle, à Ardabil. Un quart d’heure après notre appel, la voici qui vient nous chercher en voiture.

Jour 13, 11h30 : Nous entrons dans l’appartement que partagent Parastoo et son père. Dès qu’elle a fermé la porte, la première chose qu’elle fait est d’enlever son voile, puis de se mettre en legging et tee-shirt. Par rapport à son haut large et au hijab qu’elle portait en nous retrouvant, c’est un sacré relooking. Son père Ali, ancien général de l’armée à l’époque du Shah, et clairement plus attiré par l’occident que par les mollahs, ne voit aucun problème à ce que Marion, à son tour, enlève son voile.

Jour 13, 13h : Nous déjeunons chez Ali et Parastoo. En 8 mois autour du monde, c’est la 13ème fois que quelqu’un nous invite à manger chez lui ! Et, l’air de rien, ça nous est arrivé au total 4 fois en Iran (en 3 semaines), et 4 fois au Bangladesh (en 3 semaines)… A titre de comparaison, nous n’avons été invités qu’à une seule reprise au cours des 4 mois en cumulé que nous avons passés dans les pays non musulmans de notre itinéraire, à savoir le Rwanda, le Burundi, l’Ethiopie, le Cambodge, l’Inde et le Népal.

Jour 13, 15h : Nous discutons politique avec Parastoo. Elle n’est pas fervente du Président Rohani, mais concède qu’à ses yeux, rien ne pouvait être pire qu’Ahmadinejad. Pour autant, elle n’estime pas que le changement de président ait changé quoi que ce soit pour les femmes iraniennes. Pour elle, certains problèmes sont d’ordre culturel : par exemple, il est inconcevable qu’une femme vive sans une présence masculine protectrice (soit son père, soit son mari). D’ailleurs, quand elle-même est partie étudier quelques mois en France en 2012, il était inimaginable que son père ne vienne pas avec elle.

Jour 13, 19h : Nous disons au revoir à Parastoo et à Ali. Quelques minutes plus tard, nous sommes pris en main par un jeune Iranien qui rêve de devenir professeur d’anglais, et profite de notre présence pour améliorer son niveau. Quand nous le laissons, il se montre très anxieux pour nous, et nous laisse son numéro de téléphone en nous urgeant de l’appeler « anytime, anywhere », si jamais on avait besoin d’aide pendant notre séjour en Iran.

Jour 14, 11h : Parastoo avait demandé à Marion si elle s’est fait refaire le nez. Quand Marion a eu l’air surprise, Parastoo lui a expliqué que c’était très courant en Iran. Et maintenant qu’on y pense, force est de constater que l’on croise assez régulièrement dans les rues des femmes avec un pansement au nez.

Jour 14, 16h : Alors que nous marchons dans une ruelle de Tabriz, un homme nous demande où nous allons. Quand nous lui disons, il nous enjoint de monter dans sa voiture. Nous pensons être tombés sur un taxi clandestin, mais absolument pas ! Notre nouvel ami a simplement envie de discuter avec nous, et de nous rendre service en nous déposant à 5 kilomètres du centre-ville. La série n’est pas brisée : il ne s’est toujours pas écoulé une seule journée sans qu’un Iranien nous fasse un cadeau.

Jour 14, 23h30 : Ce soir, nous avons pu trouver une chambre avec télé, et Aymeric en profite pour regarder la finale de la Champions League. Ce qui est surprenant, c’est que la télévision iranienne diffuse le match en léger différé, et que le tout est monté par une réalisation iranienne qui va jusqu’à ne pas montrer les célébrations de but, sans doute de peur que certaines dégénèrent. C’est bien gentil, tout ça, mais la qualité de la réalisation est vraiment pitoyable pour un pays aussi riche et aussi peuplé (plus de 80 millions d’habitants)…

Jour 15, 12h : Nous découvrons le magnifique village troglodyte de Kandovan, qui nous rappelle étrangement des photos de la Cappadoce, en Turquie. Sauf que, comme il se situe en Iran, l’endroit est pour l’instant très peu touristique. Tant mieux pour nous.

Jour 15, 17h : Nous sommes pris en stop par une famille d’Iraniens : le jeune Ali (11 ans), accompagné de son père et de deux grands-parents. Ali est le seul à parler anglais, et en plus il le parle extrêmement bien ! C’est donc avec lui que nous discutons, et il sert d’interprète anglais-farsi aux membres de sa famille désireux de nous poser des questions. Quand il nous parle de son oncle qui vit en Allemagne, nous lui demandons s’il souhaite en faire de même quand il sera grand. Sa réponse : « No, not at all ! I want to stay here, I love my country ». Sa grand-mère acquiesce d’un sourire.

Jour 15, 19h : Nous faisons une pause à Bodan pour couper la route. En l’espace de deux heures, un taxi refuse qu’on lui paye sa course, deux hommes viennent vers nous pour nous offrir du pain, et le type chez qui nous dînons fait des photos avec nous. Chouette accueil.

Jour 15, 22h : Nous arrivons à Miandobad, que nous espérons être notre ville étape pour la nuit. Sauf que voilà : on nous dit qu’il n’y a que deux hôtels dans la ville, dont l’un est trop cher pour nous. Quant à l’autre, l’hôtel Masshad, le gérant nous demande 600,000 Rials pour la chambre, alors que nous payons généralement 400,000 (11 €) par nuit. Ils sont 5 ou 6 Iraniens à discuter avec lui pour faire baisser son prix, mais rien n’y fait ! Nous renonçons, dégoûtés, et vérifions s’il n’existe pas d’autre hôtel dans la ville.

Jour 15, 22h15 : Une famille cherche à nous venir en aide. Avec eux, nous retournons à l’hôtel Masshad où nous avons déjà passé 10 minutes à persévérer dans une négociation infructueuse. Le père de la famille se rend par lui-même dans l’hôtel, et apprend que les chambres y coûtent 400,000 Rials. Mais, quand nous revenons avec lui, le gérant lui fait comprendre que le tarif pour les touristes est de 600,000 Rials, et que ce n’est pas négociable (tiens, des relents d’Ethiopie !). Le père est furieux. Indigné, il nous prend sous son aile et décide de nous inviter passer la nuit chez lui ! Le plus fou, c’est que les deux parents de la famille ne parlent pas du tout anglais, et que tout nous est traduit par leur fille de 17 ans, Narazi.

Jour 15, 22h45 : Narazi prépare notre chambre, et nous installe notre lit. Il s’agit en fait de la chambre qu’elle partage avec sa petite sœur Rina (7 ans). Elles dormiront cette nuit dans le salon. Pendant ce temps, Reza, le père de famille, confie à Aymeric un jogging bleu turquoise du plus bel effet, en l’enjoignant de le porter afin de se sentir « very relax » !

Jour 15, 23h : Quand Narazi voit Marion s’isoler pour se rattacher les cheveux, elle lui dit que maintenant que nous sommes à l’intérieur, Marion peut enlever son voile. Narazi et sa mère, elles, garderont leur hijab pendant tout le temps que nous passerons dans la maison. En l’occurrence, c’est un peu de la « faute » d’Aymeric, qui est le seul homme de la maison à ne pas faire partie de la famille, et qui est donc la raison pour laquelle elles gardent leur voile. Narazu nous confirmera d’ailleurs plus tard qu’elle a les cheveux découverts quand elle est chez elle avec sa famille. Ce qui est étrange, c’est que, comme d’habitude, toute la famille est persuadée qu’Aymeric et Marion sont mariés, et que, par praticité, nous n’avons rien fait pour leur expliquer qu’il n’en était rien.

Jour 15, 23h30 : Notre famille d’accueil nous a déjà offert du melon, des prunes, de la pastèque et du thé. Vue l’heure avancée, nous pensons qu’il sera bientôt temps de se dire bonne nuit. Erreur ! Deux oncles débarquent, et la maîtresse de maison amène le repas. Nous hallucinons complètement. C’est la 4ème fois que nous sommes invités à manger dans une famille iranienne. Et nous voici donc, à 23h30, en train de dîner en cercle, assis par terre. Nous mangeons tous ensemble : d’un côté du cercle, les hommes ; de l’autre côté, les femmes. Pour faire la jonction, Reza est assis à côté de sa femme, et Aymeric est à côté de Marion.

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Jour 15/16, minuit : Narazi demande à Marion combien elle a de frères et sœurs (un frère), et combien en a Aymeric (deux frères). La réaction de la famille nous fait bien rigoler : Reza nous dit que comme Marion est la seule fille du lot, elle doit être vraiment appréciée de sa belle-famille !

Jour 16, 1h : Behnam, l’oncle, nous parle du match Iran-France qui va avoir lieu en volley-ball dans deux jours. A force de discussions, nous en venons à parler des deux autres sports nationaux, le football et la lutte. Aymeric, un peu nostalgique en cette période de Roland-Garros, essaye de le brancher sur son sport fétiche, le tennis. Et là, surprise : non seulement Behnam l’Iranien voit tout à fait de quel sport il s’agit, mais il en a même plutôt une bonne connaissance, allant jusqu’à lui dire que son joueur préféré est Andy Murray, « parce qu’il a gagné la médaille d’or olympique, en 2012, quand il a battu Roger Federer en finale ».

Jour 16, 2h : Nous filons nous coucher, pendant que les deux filles dorment dans le salon. Nous nous disons que quand on racontera notre soirée, on ne nous croira pas. Et pourtant…

Jour 16, 8h30 : Nous nous réveillons à l’heure dont nous avions convenue hier. Au réveil, notre petit déjeuner est déjà prêt à être servi ! Narazi en profite pour s’excuser, et nous faire savoir sa honte du comportement du type de l’hôtel d’hier. Elle se dit triste que personne ne nous soit venu en aide, alors qu’au contraire, des dizaines de personnes sont venus négocier le prix de la chambre pour nous ! « Please forgive our city » (« S’il vous plaît, pardonnez notre ville »), nous lâche-t-elle-même.

Jour 16, 9h : Nous regardons la télévision. Comme d’habitude, on ne voit que très peu de femme voilée à la télé iranienne. Et comme d’habitude, nous voyons des clips iraniens dans lesquels les femmes se déhanchent dans des positions explicites, et dans lesquels les décolletés sont plus courants que les voiles. Nous faisons semblant de nous en étonner. On nous explique que ces vidéos, si populaires dans le pays, sont presque toutes tournées aux Etats-Unis, et que c’est pour cela qu’aucune femme n’y est voilée.

Jour 16, 10h : Nous quittons la maison, et disons au revoir à l’une de nos plus belles rencontres du Projet 51. Behnam nous fait savoir que son ami est le chef de la police de la ville. Il l’a appelé pour l’alerter du comportement du manager de l’Hôtel Masshad, et de l’existence de son tarif « spécial touristes ». Il espère bien que le manager aura des problèmes, et ne nuira plus jamais à la réputation de l’hospitalité iranienne ! Ensuite, Behnam nous accompagne pour visiter une mosquée, puis nous déposer au point de départ des mini-bus. Son dernier geste ? Nous payer le bus, et nous offrir une bouteille d’eau.

A suivre…

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