A la rencontre des Iraniennes et des Iraniens – Episode 2 sur 4

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Notre expérience en Iran, au jour le jour : Partie 2, du joyau de l’Iran (Esfahan) à la frontière de l’Azerbaïdjan (Astara)

Jour 6, 20h : Nous arrivons à Esfahan, la ville la plus touristique du pays. Sur le bord de la rivière, on se croirait presque de retour à Paris ! Des jeunes, des couples, des familles sont assis avec une chicha, des glaces, un sandwich, parfois même un barbecue. C’est très animé, et vraiment agréable. A cette occasion, nous rencontrons Massih, un ingénieur civil qui a décidé d’apprendre le français depuis qu’il est tombé sous le charme d’une chanson de Lara Fabian (oui, bon…). Il nous invite à prendre le thé le lendemain.

Jour 7, 15h : Aujourd’hui comme tous les jours, les gens dans la rue croient que nous sommes respectivement allemand (pour Aymeric) et iranienne (pour Marion). De nombreuses femmes s’adressent directement à Marion en farsi, et sont toute surprises de réaliser qu’il s’agit d’une étrangère.

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Jour 7, 18h : Jusque-là, la journée avait été normale. Mais ce thé avec Massih sera riche en enseignements ! On voit bien ce que cela fait, de vivre dans un pays où il est mal vu, parfois même impossible, de côtoyer des filles avant le mariage. Massih nous demande si « chez nous », le vrai amour, celui qu’on voit dans les films, existe. Si les gens se marient vraiment parce qu’ils sont amoureux, et qu’ils rêvent l’un de l’autre. Et cette histoire de poèmes que l’on récite à sa dulcinée, ça existe vraiment ? Est-ce que tous les Français écrivent des poèmes ? On trouve ça assez mignon, les questions toutes innocentes, presque rêveuses, que nous pose Massih. Un peu triste, aussi.

Jour 7, 18h30 : « Etre une femme en Iran, c’est le paradis ». Pour Massih, le montant qu’un homme doit payer pour la dot, l’impératif de faire rentrer l’argent pour le foyer, la difficulté à avoir son mot à dire sur la gestion de la maison sont autant de signes qu’être un homme iranien, ce n’est pas forcément être aussi privilégié qu’on le croit.

Jour 7, 19h Massih nous dit qu’il préfère que sa femme ne travaille pas, afin qu’elle ne se fatigue pas trop, et qu’elle puisse « préserver sa jeunesse et sa beauté ». Houla.

Jour 7, 19h30 : Quand on lui parle du port du voile, Massih nous dit que cette obligation relève de la décision du leader religieux, c’est-à-dire de l’Ayatollah Khomeini puis de son successeur, Ali Khamenei. Sauf que voilà : celui qui contrôle la police chargée de faire respecter cette loi, ce n’est pas le leader religieux, mais bien le leader politique. Voilà pourquoi la libéralisation que l’on a observée chez les femmes iraniennes dans leur façon de porter le voile est un phénomène récent, qui s’est énormément développé depuis le remplacement du conservateur Mahmoud Ahmadinejad par le modéré Hussein Rohani.

Jour 8, 14h : Alors qu’elle est assise toute seule sur la grande place d’Efahan, Marion se fait inviter à prendre le thé. En tout bien tout honneur. Il faut bien le dire : au cours de notre séjour en Iran, nous n’avons absolument pas connu tous les problèmes de harcèlements en tous genres qu’avaient subis Marion au cours de notre semaine au Caire. Les regards de spectateurs d’un match de tennis, les tentatives de baisers volés, les rires gras des hommes qui la regardaient passer, tout cela ne nous semble désormais qu’un lointain souvenir…

Jour 8, 15h : Pendant ce temps, Aymeric se fait offrir de la pastèque. En fait, il ne s’est pas écoulé un jour sans qu’un Iranien nous fasse un cadeau !

Jour 8, 19h : En passant prendre sa douche, Aymeric croise une fille qui ne porte pas son voile. En l’apercevant, celle-ci se presse de remettre son voile au plus vite, puis ferme la porte à clés pour que ce type d’incidents ne se reproduise pas.

Jour 9, 11h : Au cours de l’un de nos 7 trajets en auto-stop du jour, nous parlons à un monsieur de nos pérégrinations en Iran. Quand nous lui disons avoir été à Qom, il lève les yeux au ciel, fait une mine renfrognée et nous lance « Qom is not good », en nous parlant des mollahs, des ayatollahs et de tous les grands leaders religieux qui vivent là-bas. Cette liberté de ton nous surprend.

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Jour 9, 13h : Pour la 3ème journée consécutive, nous nous faisons offrir de la pastèque par un bienfaiteur iranien. Et tout cela leur paraît normal.

Jour 9, 15h : Nous nous faisons prendre en stop par deux jeunes tout fraîchement sortis de l’université. Ils nous parlent de leurs soirées arrosées, nous proposent de leur bouteille d’alcool bien cachée dans leur voiture, et l’un des deux nous raconte même produire chaque année plus de 500 litres de vin, le tout clandestinement, pour la seule consommation de lui et de sa famille !

Jour 9, 16h : Un vieux monsieur qui nous a pris en stop nous tend du pain, des koftas et des tomates. Nous refusons poliment. Rien à faire, il pose la nourriture sur nos genoux.

Jour 9, 18h : L’auto-stop fonctionne extrêmement bien dans l’Alamut Valley. Alors que notre chauffeur improvisé s’arrête à sa destination, il prend le soin d’attendre avec nous les voitures qui passent, pour s’assurer qu’un de ses compatriotes se charge de nous conduire à bon port. Incroyables Iraniens.

Jour 9, 21h : Nous dormons chez l’habitant. Au moment de nous dire bonne nuit, la maîtresse de Marion serre la main à Marion, mais n’en fait pas de même avec Aymeric. On a l’habitude que ce genre de choses se produise, mais jusqu’ici, cela se passait surtout avec des hommes, qui serraient la main à Aymeric mais pas à Marion.

Jour 10, 10h : En faisant du stop, nous tombons sur Hassan, un quadragénaire souriant, qui nous kidnappe littéralement pour nous emmener chez lui manger des kiwis et boire du thé.

Jour 10, 10h30 : Hassan ne parle pas un mot d’anglais, et nous ne parlons pas un mot de farsi. Qu’importe : nous avons envie de communiquer. Il nous fait comprendre qu’il est séparé de sa femme, qui est partie vivre à Téhéran tandis que lui vit seul dans sa petite maison perchée dans la montagne. Un divorce en Iran ! Plus tard, Hassan nous propose de nous prêter sa voiture, et même de dormir chez lui ! Malheureusement, les randonnées dans les montagnes iraniennes nous attendent, et nous déclinons ces incroyables propositions.

Jour 10, 11h : Hassan nous mime les mollahs, avec leur turban et leur grande barbe. Il fait une grimace, et nous dit « very bad ! ». Il montre Marion, et le voile que ceux-là oblige chaque femme à porter. « Very bad », selon lui. L’air de rien, ça fait beaucoup de réfractaires que l’on rencontre. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’ils soient majoritaires dans le pays : les Iraniens partisans d’un état démocratique, laïc et modéré sont naturellement plus attirés que les autres par les occidentaux que nous sommes ! Mais quand même, on a le sentiment d’un pays qui est un peu en train d’échapper à Ali Khamenei et sa clique…

Jour 11, 10h : Pour bien débuter la journée, un Iranien qui nous voit marcher sur le bord de la route nous demande où nous nous dirigeons. Quand nous lui indiquons notre direction, il se charge d’appeler un taxi, de nous faire monter dedans et… de nous payer le trajet.

Jour 11, 12h : Nous sommes dans un taxi qui, égaré, demande son chemin aux habitants du village. Pour ce faire, il hurle à la cantonade le nom de sa destination. Les gens lui répondent le plus naturellement du monde, et un motard va même jusqu’à faire demi-tour et à l’accompagner jusqu’au prochain croisement. Comme quoi, il n’y a pas qu’envers nous que les Iraniens sont serviables.

Jour 11, 14h : Nous montons vers une sorte de château-fort perché dans les montagnes. La marche est rude, et la montée sous le soleil donne sacrément chaud, surtout pour toutes les femmes obligées de porter le voile… En à peine deux heures, nous apercevrons au total 6 jeunes filles dévoilées ! Ou quand la « rebelle attitude » répond aussi (surtout ?) à une exigence de confort…

Jour 11, 17h : Un épicier chez lequel nous passons acheter une bouteille d’eau prend la tête à Aymeric, qui porte aux poignets de nombreux bracelets venus des 4 coins du monde. Pour lui, pas de doute, ce genre d’accoutrements lui rappelle Daech. Pourquoi, on ne sait pas vraiment. Tout ce que l’on a compris, c’est d’avoir entendu « 2 millions de Français » et « Daech » dans la même phrase. Et que ce monsieur a sermonné Aymeric, lui urgeant de couper ses bracelets. Pas franchement la plus belle rencontre de notre séjour en Iran.

Jour 11, 18h : Dans la voiture d’une famille qui nous a pris en stop, on entend la chanson « U-turn (Lilly) », de AaRON. Ça nous fait tout drôle, et on leur explique qu’il s’agit d’une chanson venue de France. Après quoi, ils nous font écouter du Stromae. On est franchement étonnés que ces musiques soient parvenues en Iran ! L’air de rien, c’est la première fois depuis notre départ du Burundi, il y a 5 mois, que nous entendons un local écouter de la musique française.

Jour 12, 10h : Alors que nous nous promenons dans la rue, un type nous lance « Hello mister ! Nice to meet you ! I love you ! ». La journée commence bien.

Jour 12, 15h : Nous arrivons à Astara, ville située à la frontière de l’Azerbaïdjan. Nous y trouvons des bazars gigantesques, où, nous dit-on, de nombreux Azéris viennent faire leurs courses, pour profiter des prix qui sont moins élevés sur le sol iranien. Sauf qu’un Iranien, lui, n’a pas le droit de mettre les pieds sur le sol de l’Azerbaïdjan sans Visa…

Jour 12, 15h30 : Nous voici sur une plage de sable noir, devant la Mer Caspienne, la plus grande mer intérieure de la planète. Il y a 4 jours, nous étions au bord du désert, entourés de grandes étendues sans végétation à perte de vue. Il y a 3 jours, nous étions au cœur des montagnes de la Alamut Valley, avec à l’horizon une multitude de sommets enneigés. Et hier, nous étions dans la région la plus humide du pays, et nous promenions dans des rizières et des forêts dignes de l’Indonésie. Sacrée diversité.

Jour 2, 16h : Nous faisons des courses chez un épicier : deux glaces, deux paquets de biscuits, et une bouteille d’eau. Au moment de lui tendre un billet, le gérant de la boutique refuse notre argent, et nous offre tous ces produits !

Jour 12, 19h : Assis face à la Mer Caspienne, nous discutons avec un Iranien. Il nous raconte s’être rendu en France pendant quelques semaines. Ce qui l’a marqué ? La beauté de Paris, la nourriture de Lyon et… ces vaches blanches et noires qu’il a vues depuis le train, et qu’il a trouvées drôlement belles !

A suivre…

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