A la rencontre des Iraniennes et des Iraniens – Episode 1 sur 4

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On en a, des choses à vous raconter sur notre expérience en Iran. On y a vécu de sacrées surprises, et notre vision de la femme iranienne y a été totalement transformée. Mais, au lieu d’un long discours, on va vous parler de plein de petites histoires qui nous sont arrivées. Et il nous semble bien que toutes ces petites histoires, mises bout à bout, racontent une histoire bien plus grande. Celle du peuple iranien, et en particulier de ses femmes, en ces premières années de l’après-Ahmadinejad.

Jour 1, vers 14h : Au cours de notre escale à Muscat (Oman), Marion essaye d’apprendre à porter son voile, à grand renfort de vidéos Youtube. Il faut dire que pour elle, comme pour toute femme mettant le pied sur le sol iranien, le port du hijab est obligatoire. Pendant que Marion galère, Aymeric essaye de l’aider en se mettant lui-même un voile sur la tête, grands débats techniques à l’appui. Ca fait bien rigoler nos voisins. C’est toujours ça.

Jour 1, vers 18h : Nous voici à l’aéroport de Téhéran. Nous attendons (deux bonnes heures…) pour faire notre Visa à l’arrivée, celui-là même qu’on nous avait refusé quand nous avions effectué notre demande de Visa à l’Ambassade d’Iran à Addis Abeba (Ethiopie). Dans la file d’attente, des touristes occidentaux, des Iraniennes de la classe supérieure que l’on a vu enfiler leur voile dès que notre avion a entamé sa descente, et… un groupe de touristes chinois, dont le guide porte un grand drapeau écrit en mandarin, et dont toutes les femmes sont voilées. Constraste.

Jour 1, 20h : Nous avons enfin notre Visa, et nous mettons en route vers le centre-ville. Problème : pour relier celui-ci, il n’existe ni métro ni bus, et nous sommes donc contraints de prendre un taxi, qui nous fait payer plus de 10 € le trajet. Le contraste avec l’Inde est saisissant : nous voilà de retour dans un pays riche, et notre budget de voyageurs au long cours s’en ressent. D’ailleurs, le soir venu, impossible de trouver une chambre à moins de 12 € les deux personnes (Alex n’était pas des nôtres en Iran).Vous trouvez ça bon marché, une chambre double à 12 € ? Pas nous : depuis 200 jours, notre budget hôtel s’élève en moyenne à 3,48 € chacun par nuit.

Jour 2, 10h : Première étape, changer de l’argent. Hé oui, les cartes bancaires étrangères ne sont toujours pas acceptées en Iran ! Du coup, nous voilà dans un quartier où se succèdent des dizaines et des dizaines de bureaux de change, officiels comme officieux, aux taux assez attractifs dans l’ensemble. Il faut dire qu’ils sont nombreux, les Iraniens vivant à l’étranger…

Jour 2, 13h : Nous prenons le métro, à la propreté aussi irréprochable que les rues de Téhéran. Partout, des publicités pour Nike, Reebok, ou encore Forever 21. Aucun doute : les Etats-Unis, le fameux « Grand Satan » tant honni par l’Ayatollah Khomeini, ont bien gagné la guerre froide.

Jour 2, 14h : Dans le métro, un vieil homme se lève pour laisser sa place assise à Marion. Cela se reproduira à plusieurs reprises au cours de notre séjour à Téhéran. Là où ça devient encore plus sympa, c’est quand un jeune, à son tour, se lève pour proposer au vieux monsieur de s’asseoir à sa place. Ça fait du bien, un peu de civisme.

Jour 2, 19h : Nous nous promenons dans un grand parc du nord de la ville. En ce lundi soir, il est bondé de jeunes Iraniens et de jeunes Iraniennes. Parmi elles, il n’en est pas une, ou presque, dont on ne voit pas en partie les cheveux. L’immense majorité a le voile posé plutôt négligemment sur la tête, et un (très) grand nombre d’entre elles sont (très) maquillées. En une soirée, nous en voyons même 3 ou 4 qui ne portent pas leur foulard, qu’elles l’aient posé sur leurs épaules pour pouvoir jouer au badminton, qu’elles l’aient ôté pour se recoiffer ou qu’elles se soient fait surprendre par une bourrasque de vent. Le fait de porter négligemment le voile et de s’habiller d’une manière qui ne ferait pas plaisir à certains des leaders religieux du pays, c’est une drôle de forme de rébellion. Et la police, très peu présente dans les espaces publics de Téhéran, n’a pas l’air de trop s’en faire…

Jour 2, 20h : Nous rencontrons Ali, un sympathique jeune homme de la classe supérieure, couchsurfer à ses heures perdues. Il casse un grand nombre de nos idées toutes faites. Il nous raconte avoir déjà effectué le pèlerinage à La Mecque (par curiosité plus que par foi, nous dit-il), puis nous parle de ces soirées, à Téhéran, où les jeunes boivent, fument, dansent, font la fête. On lui demande si les jeunes filles gardent leur voile lors de ce genre de soirées. Sa réponse : « bien sûr que non ! Il y en a même qui ont des décolletés ! ».

Jour 2, 21h : Avec Ali, nous discutons politique. Pour lui, les mollahs n’arriveront pas à tenir éternellement le pays. Il pense qu’à force d’interdire à une femme de sortir sans voile, on ne fait que rendre cela plus attractif. Et le plus étonnant, c’est qu’Ali nous parle de ça librement, en anglais, dans l’un des jardins les plus fréquentés de la ville.

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Jour 3, 11h : Alors que nous essayons de discuter avec le personnel d’un musée pour qu’il nous accorde une réduction étudiant, le gérant finit carrément par nous offrir l’entrée ! Ce genre de scénarii se reproduira plusieurs fois : au total, les différents cadeaux des Iraniens sur les prix d’entrée de leurs sites nous ont fait économiser plus de 8 millions de Rials, soit 200 € !

Jour 3, 14h : Nous prenons le bus pour aller dans le nord de la ville. On est surpris d’y constater une stricte séparation hommes (à l’avant) – femmes (à l’arrière). Les maris laissent leur épouse, pour ne la retrouver qu’à la descente du bus. Et pourtant, nous voyons un jeune couple qui discute à travers la cloison, en se tenant la main. L’Iran change.

Jour 3, 14h30 : Le chauffeur du bus nous offre le trajet. Plus tard, ce sera un passager qui nous payera notre trajet. Et à chaque fois, nous n’arrivons pas à refuser ces cadeaux, tant la générosité envers les visiteurs semble ancrée chez ces gens-là. Les Iraniens ont réussi un véritable exploit : dépasser les Bangladeshis, et s’avérer être le peuple le plus accueillant du Projet 51. Ils n’ont eu de cesse de nous offrir à manger, à boire, de nous faire des cadeaux en tous genres. Les Iraniens sont un peu le sponsor inattendu de notre tour du monde !

Jour 3, 21h : Nous faisons les comptes. En 48 heures dans les rues, les bus, les métros, les monuments, les fast-foods et les musées de Téhéran, nous n’avons vu qu’une seule femme en burqa. Et, surtout, nous avons vu autant de femmes que d’hommes dans les rues. C’est une sacrée surprise : à part le Sénégal, l’Indonésie et la Malaisie, nous n’avions pas encore vu de pays musulman où les femmes nous paraissaient aussi nombreuses que les hommes dans l’espace public.

Jour 4, 13h : Nous découvrons les montagnes du nord de Téhéran. Et quelles montagnes ! Téléskis, chalets, neige… et une vue surréaliste, depuis les télécabines, sur l’une des plus grandes agglomérations du monde. L’Iran ne cesse de nous étonner, de faire mentir nos préjugés.

Jour 4, 15h : Nous nous faisons prendre en stop, en pleine ville, et alors que nous ne l’avons même pas cherché ! Notre bienfaiteur est… un trader de diamant.

Jour 4, 21h : Après un trajet en bus sur une autoroute impeccable, nous voici arrivés à Qom, la deuxième ville sainte du pays, là où l’Ayatollah Khomeini est apparu dans le paysage politico-religieux du pays. Nous voici dans la ville la plus conservatrice du pays, que certains désignent même que le berceau de l’islam fondamentaliste. Et pourtant, nous finissons dans une chambre double. Dont les lits sont collés. Et nous qui pensions que Marion serait confinée (mise en quarantaine ?) dans une chambre simple, comme ça nous était souvent arrivé au Bangladesh, au Burundi ou au Rwanda…

Jour 5, 12h : Nous sentons une vraie différence entre Qom et Téhéran. Non pas que les femmes soient moins nombreuses dans les rues. Non pas que l’on croise plus de femmes en burqa ou en niqab. Non pas que l’on ressente un certain fondamentalisme, une certaine hostilité à notre égard. Non, vraiment, rien de tout cela. Par contre, les femmes portent le voile de façon bien plus rigoureuse, et elles sont presque toutes en chadors, ce grand vêtement noir destiné à « cacher » les formes d’une femme quand elle se promène dans la rue.

Jour 5, 12h30 : Nous voulons rentrer dans le lieu le plus saint de Qom, le tombeau de la sœur de l’Imam Reza, l’un des grands imams reconnus par l’islam chiite. A l’entrée, les gardes sont intransigeants, et forcent même certaines femmes à enlever leur maquillage avec un mouchoir. Inutile de dire que le chador est obligatoire, et que la moindre femme qui a la mauvaise idée de porter un habit trop moulant s’en voit prêter un plus « convenable ».

Jour 5, 13h : Une femme adorable nous prend sous son aile, et nous fait visiter pendant une bonne demi-heure le mausolée et la mosquée attenante. Elle va même jusqu’à faire visiter le tombeau à Marion, alors qu’il est censé être interdit d’accès pour les non-musulmans. Mais voilà : pour notre guide improvisée, Marion ressemble à une Iranienne, et elle passera inaperçu si elles rentrent toutes les deux dans le saint des saints. Bon esprit.

Jour 5, 19h : Nous essayons de nous connecter pour vous donner des nouvelles. Mais, avec l’interdiction de Facebook en Iran, c’est assez compliqué…

Jour 6, 10h : Aujourd’hui, c’est vendredi. Et en plus, les Iraniens ne sont pas du genre matinaux. Alors, quand on se balade dans les rues de Kashan, on a l’impression d’être en pleine ville fantôme. Même le bazar n’a pas une lumière allumée, ou une boutique d’ouverte.

Jour 6, 14h : Nous faisons un détour par Natanz, ville célèbre pour sa belle mosquée. Une fois de plus, on réalise que voyager en routard n’est pas facile, tant les villes iraniennes sont conçues par et pour les voitures. Ces distances gargantuesques nous fatiguent, et il y a très peu de commerces ou de quartiers animés pour nous distraire lors de nos marches d’un point à un autre. A vrai dire, on trouve cette organisation urbaine très déshumanisée.

A suivre…

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