Visite du Women Media Centre of Cambodia

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A Phnom Penh, nous avons eu la chance de rencontrer un responsable du « Women media centre of Cambodia » (WMC).

A la fois première structure féministe engagée dans le secteur médiatique que nous découvrions et première présentation d’une structure qui lutte pour l’amélioration de la condition féminine réalisée par un homme, ce rendez-vous était d’un genre nouveau pour le Projet 51.

 

 

Les idées novatrices du WMC ?

Promouvoir l’égalité des genres via les médias.

Pour cela, le WMC utilise sa propre station de radio, sa propre chaîne de télévision, les réseaux sociaux et différents types de publications écrites comme autant de plateformes pour :

– faire connaître à l’ensemble du peuple cambodgien les implications des droits des femmes ;

– donner aux femmes accès à des informations sur des enjeux économiques et sociaux qui impactent leur vie quotidienne ;

– dresser un portrait positif des femmes dans les médias ;

– soutenir les professionnelles féminines évoluant dans le milieu médiatique.

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Concrètement, on informe et on débat à propos de beaucoup de sujets différents via les médias du WMC. De la malaria au VIH en passant par le trafic d’êtres humains ou le viol familial, les sujets qui concernent tous les Cambodgiens et les Cambodgiennes et qui ont besoin d’émerger comme de véritables enjeux publics pour avancer vers le développement sont abordés de manière accessible à tous.

Mais le WMC ne s’arrête pas là puisqu’il a même créé une plateforme en ligne (She Source) qui répertorie et publie en accès libre les références d’« expertes » pour que l’excuse habituelle du « nous n’avons pas fait intervenir de femmes dans notre émission car nous n’avons trouvé que des hommes compétents sur ce sujet » ne soit plus utilisée à tort et à travers.

Enfin, le WMC a compris qu’une présence au niveau local rendrait plus efficace les efforts de vulgarisation de ses différentes plateformes. Il a compris que mener des plaidoyers auprès des autorités ne servirait à rien si les mentalités et les attitudes n’évoluaient pas, en particulier du côté des hommes en milieu rural…
Des communautés d’activistes et de modérateurs se forment alors librement à travers le pays, avec le soutien du siège, autant pour faire connaitre les médias du WMC aux populations rurales que pour donner un moyen d’expression aux plus éloignés du monde médiatique, depuis le terrain, et ne pas finir en média déconnecté des réalités du peuple.

Ce qui nous a impressionnés dans l’histoire du WMC ?

Qu’un petit groupe de 5 personnes à l’origine de cette initiative se transforme en une vingtaine d’années à peine en un centre médiatique de 70 personnes, dont les ondes de la station radio (វិទ្យុស្ត្រីអេហ្វអឹម ១០២ | Women’s Radio FM102, lancée en 1999) sont reçues aujourd’hui par 60% de la population cambodgienne.

Que le WMC dispose maintenant de sa propre équipe de journalistes, de monteurs, de programmeurs, etc., alors que beaucoup ont été recrutés comme stagiaires ou volontaires pour être formés en interne avant de devenir des pièces maîtresses de la structure.

Que cette équipe soit capable de composer entièrement ses propres contenus, alors que dans beaucoup de pays que nous avons traversés les chaînes nationales ont déjà bien du mal à produire un journal télévisé un tant soit peu agréable à visionner et de qualité correcte.

Que cette équipe soit composée d’au moins 50% de femmes, alors qu’elles sont encore bien souvent tenues à l’écart des médias traditionnelles ou confinées dans des postes d’assistantes ne correspondant pas à leurs capacités.

Mais ce rendez-vous avec un responsable associatif de sexe masculin était également une occasion privilégiée pour recueillir la vision d’un homme engagé du sort réservé aux femmes de son pays.
Très ouvert à la discussion, nous avons pu questionner sans ménagement M. Tep Bunthan sur les raisons qui expliqueraient que les femmes cambodgiennes soient particulièrement exposées au trafic d’êtres humains, à la prostitution, aux violences domestiques ou encore au viol.

Sans hésitation, il nous a répondu que les représentations sociales très traditionnelles des rôles des femmes et des hommes dans la société cambodgienne font encore aujourd’hui de la femme un être inférieur à l’homme, devant accepter de souffrir davantage et d’être dominée.

De là découle un très faible pouvoir de prise de décision, y compris au sein du foyer, y compris lorsque la femme se démène toute la journée en jonglant entre les emplois précaires pour ramener une partie importante des revenus familiaux.

De là découle également l’idée persistante selon laquelle « la femme ne doit pas amener le feu à l’extérieur de la maison » (issue d’un proverbe traditionnel cambodgien). Entendre par là qu’elle ne doit pas parler des problèmes familiaux à des gens extérieurs au foyer, même lorsque la loi du silence la condamne à supporter des violences conjugales sans sourciller.
Comme on peut l’imaginer, cela s’accompagne d’une sorte de devoir tacite de « non-ingérence » dans les affaires d’une autre famille, qui explique pourquoi même dans de très petits villages où tout le monde sait plus ou moins quels malheurs subit une femme personne ne lui vienne en aide.

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Il nous parle également de ce fameux « code de conduite pour femmes » (connu comme « Chbab Sreyé » ou « Chbab Thmei ») que beaucoup de Cambodgiens et Cambodgiennes se sentent encore obligés de respecter, simplement parce qu’il en a toujours été ainsi et qu’il s’agit là de valeurs transmises par les générations précédentes, à l’intérieur du cercle familial.

Ce code stimule que « les hommes sont comme de l’or, les femmes sont comme des vêtements » (traduction littérale de la version khmer). La symbolique de l’or procure au genre masculin une valeur infinie alors que la comparaison à un vêtement signifie au contraire la valeur temporelle du genre féminin.
Et ces quelques mots vont jusqu’à impliquer dans l’imaginaire collectif que les hommes peuvent être lavés de leurs pêchés sans jamais perdre de leur valeur alors que les vêtements, donc les femmes, conserveront toujours des « tâches », des marques de leurs fautes…

Ce code n’est plus utilisé aujourd’hui mais il a été enseigné à l’école jusqu’en 2007 (!) et reste bien présent dans les mentalités.
Dans une société où les ancêtres (et leurs esprits) ont une importance majeure et sont présents dans de nombreuses croyances populaires, on veut bien croire qu’il est long et difficile de faire évoluer les mentalités…

Alors, nous avons demandé à M. Tep Bunthan de formuler un souhait pour avancer vers l’égalité des sexes. Sa réponse, toujours sans hésitation :

Que les femmes cambodgiennes osent davantage challenger le pouvoir des hommes, pas pour s’en emparer intégralement, pas dans un esprit de compétition, mais pour le partager avec eux et que les deux sexes bénéficient ainsi des avantages du compromis plutôt que de continuer à souffrir de l’écrasement des 51%…

Concluons avec une des citations fétiches du WMC « It is an old saying that knowledge means power. The better informed you are, the greater your chances of success. » (Kofi Annan)

Bonne chance à eux dans leur lutte pour un meilleur accès des femmes cambodgiennes aux médias et informations qui impactent leurs vies ! Pour visiter leur site et leurs plateformes en ligne, c’est ici :http://wmc.org.kh/

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