Visite de la Foundation for Women and Child Assistance à Rajsahi (Bangladesh)

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Notre séjour au Bangladesh n’a donné lieu qu’à une seule rencontre associative, mais quelle rencontre ! A Rajsahi, non loin de la frontière indienne, nous avons rencontré deux responsables associatifs absolument incroyables, Sadikur et Lipi. Avec eux, nous avons battu un record : 6 heures passées ensemble ! Au programme, des discussions passionnées, une invitation à déjeuner en famille, des balades pour aller rencontrer les femmes sur le terrain, et un incroyable aperçu de tout ce qui fait du Bangladesh un pays à la fois extraordinaire et misérable.

Il y a 16 ans, Sadikur et Lipi ont mis au monde des jumeaux handicapés mentaux. Il y a 11 ans, ils ont créé une association pour prendre en change les enfants autistes et/ou handicapés du quartier. Aujourd’hui la FWCA (Foundation for Women and Child Assistance), appuyée par une organisation norvégienne, accueille chaque jour des centaines de bambins dont s’occupent des femmes formées spécialement à cela.

Car, être handicapé mental, c’est dur ; mais être handicapé mental dans un pays comme le Bangladesh, ça l’est d’autant plus. Ici, un enfant « spécial » (pour reprendre le terme de Sadikur) est vu comme maudit. Et sa mère, pour la société, est considérée comme une coupable qui ne fait que subir une punition, comme une sorte de concept du karma adapté à la croyance islamique bangladeshie.

Au-delà de cette mission, tellement rare qu’elle en est indispensable, le FWCA travaille pour les femmes, qu’elles soient de jeunes adolescentes vivant dans les bidonvilles, des femmes divorcées en quête d’émancipation économique ou de (très) jeunes mariées qui, comme 48 % des femmes du pays, sont « confiées » à un homme avant leurs 20 ans.

Bref : Sadikur est en première ligne pour observer et relater, à travers son travail de recherche et de plaidoyer, la situation des femmes dans le pays. Nous n’avons pas manqué de le noyer sous les questions. Et ce qui est bien, c’est qu’il n’a pas franchement la langue de bois !

La religion ?
« Les hindous et les musulmans sont en désaccord sur tout, sauf sur un point : limiter les droits des femmes, les cantonner à leur rôle d’épouses et de mères. Tous les leaders chrétiens, hindous, musulmans et bouddhistes du pays sont d’accord avec ça ! »

La politique ?
Vu de loin, il y a de quoi être impressionné : pendant 22 des 26 dernières années, le Bangladesh a été gouverné par deux femmes, qui sont aujourd’hui respectivement premier ministre et chef de l’opposition.
Mais, pour Sadikur, « ce n’est que de la symbolique. Les deux principaux leaders politiques du pays sont des femmes, mais ce sont des héritières, l’une de son mari et l’autre de son père. Elles ne sont que des produits de la patriarchie. »

La loi ?
Sadikur nous a livré un discours passionné, marqué par de grands gestes, des coups de poing sur la table et une lecture endiablée de la Constitution du pays.
On en a retenu l’article 27 : « Tous les citoyens sont égaux et doivent être protégés de façon égale par la loi ». Sauf que, dans le pays, les lois en matière d’héritage sont totalement contraires à ce texte.
« Par défaut les lois sur l’héritage établissent que les femmes héritent de moitié moins qu’un homme. Par exemple, si un homme meurt et laisse derrière lui un garçon et deux filles, le garçon récupèrera la moitié de son patrimoine, et les deux filles se partageront la moitié restante. »

La micro finance ?
Sadikur n’est pas non plus impressionné. Pour lui, ce concept n’est pas une invention du Prix Nobel de la Paix Muhammad Yunus, mais avait déjà été expérimenté par Rabindranath Tagore, légendaire écrivain bengalais, il y a un siècle.
Surtout, Sadikur pointe du doigt les taux d’intérêt élevés et l’obligation de commencer le remboursement du crédit une semaine seulement après l’avoir contracté.
Les femmes auxquelles nous avons pu parler nous ont par ailleurs raconté que l’argent du microcrédit est plus souvent utilisé par leurs maris, qui se servent d’elles comme « camouflage ». Et les difficultés à rembourser immédiatement le moindre crédit ont pu pousser les plus précaires d’entre elles à contracter un deuxième emprunt, auprès d’une autre institution, pour rembourser le premier.
Bref, pour Sadikur : « le microcrédit a un impact sur le haut de l’arbre, et non sur ses racines. Si vous arrosez le sommet d’un arbre, ses feuilles seront bien vertes, il aura l’air beau. Mais ses racines n’auront pas reçu d’eau, et l’arbre ne sera pas en bonne santé. »

On vous l’accorde, Sadikur n’est pas la personne la plus optimiste que l’on a rencontrée. Mais il a des rêves pour le futur.

Sa volonté profonde ?
« Déconstruire ce qui fait qu’une femme est vue comme une femme, et non comme une personne. »

Tiens tiens… Ça nous a étrangement rappelé Araya et Rahel, nos deux amies d’Addis Abeba, en Ethiopie, qui nous avaient dit leur envie de se voir considérées non pas comme des femmes, mais comme des « fellow human beings ».

Devenir un être humain comme les autres… Et si c’était ça, ce que l’on pouvait souhaiter aux 51% de l’humanité ?

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