-SUITE ET FIN- (Incroyable!) Rencontre avec l’ex-directrice exécutive de l’organisation Sisters in Islam à Kuala Lumpur

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Suite et fin de notre rencontre avec Madame Ratna Osman. Profitez-en jusqu’au bout, ce serait dommage de manquer sa conclusion !

Projet 51 : Globalement, peut-on dire que la condition des femmes malaisiennes s’est malgré tout améliorée au cours des dernières décennies ?

Ratna Osman : De manière générale en ce qui concerne les possibilités d’accès aux différentes positions qui s’offrent femmes, on peut dire que nos performances restent correctes. Nous sommes probablement devant d’autres pays musulmans et pas si mal classés parmi les pays développés. Nous avons une femme gouverneur de la banque centrale malaisienne. Nous avons beaucoup de femmes à la tête de petites entreprises, notamment parce que beaucoup d’entre elles y sont poussées par le célibat et le non-paiement des pensions destinées à l’éducation des enfants par leurs ex-maris après le divorce.

Bien sûr il y a donc beaucoup de bons développements en Malaisie pour les femmes. Par exemple, la grande majorité des étudiants à l’université sont des femmes (70%).

Mais où sont-elles parmi les leaders ? Les hommes musulmans ici ne pensent pas que les femmes puissent être des leaders. Et de fait ils sont encore à la manœuvre au niveau politique. Nous restons très loin du seuil des 30% à atteindre dans les postes décisionnels.

Sisters in Islam a un rôle crucial pour pousser à des changements plus forts, pour une politique qui favorise l’égalité des genres à tous niveaux. On a hérité d’aspects très réactionnaires de la loi britannique, qu’on attribue aujourd’hui à l’Islam, et qu’il faut réformer.

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Projet 51 : A propos des « clubs des femmes obéissantes » dont on a beaucoup parlé en France notamment, comment analysez-vous le traitement médiatique de ce sujet par les médias occidentaux ? Est-ce qu’il y avait quelque chose de révélateur dans ce mouvement ou est-ce qu’on en a juste trop parlé sans vraiment connaitre les réalités malaisiennes ?

Ratna Osman : Ces groupes, au départ, avaient beaucoup de succès dans les années 1980, lorsque l’islam pratiqué en Malaisie évoluait. Ils étaient assez fascinants et fonctionnels avec des programmes économiques performants. Les adhérentes connaissaient beaucoup de réussites économiques, elles étaient presque indépendantes. Le gouvernement jusqu’à un certain point les soutenait, mais plus tard elles ont été considérées comme « diaboliques », tout comme nous.

Mais contrairement à nous, ces clubs reconnaissent et acceptent la polygamie et toutes les choses qui ont trait à l’obéissance due par les femmes à leurs maris.

Aux yeux du monde entier leurs prises de positions ont suscité un intérêt pour le sujet du traitement réservé aux femmes dans l’Islam, et ce n’était pas bénéfique pour nous. Les médias ont fait passer l’islam pour une religion qui maltraite ses femmes. Cela nuit aux musulmans progressistes, détériore l’image de l’islam en occident et incite à l’islamophobie. Il n’est pas écrit dans le Coran que l’on peut épouser une fille de neuf ans. Ce n’est pas parce que certains hommes qui font ça se disent musulmans que c’est ce que le Coran implique.

Projet 51 : Selon vous la Malaisie est-elle aujourd’hui davantage exposée à des risques terroristes, à une progression des mouvements fondamentalistes, notamment ceux liés à l’Etat islamique ?

Ratna Osman : Le contrôle des autorités sur l’islam laisse peu de place aux partisans de l’Etat islamique. Tout simplement parce qu’ils reprennent les mêmes idées, même s’ils enlèvent toute la partie violente.

Ce sont les mêmes principes. En tant que musulman, tu dois penser que l’objectif est aussi de répandre l’application des principes supposés musulmans. Tu n’es pas autorisé à penser de manière indépendante.

Les gens des partis politiques musulmans ne répondront pas non si vous leur demandez s’ils veulent créer un Etat musulman en Malaisie. Certains réclament même une révision de la Constitution pour dire que la Malaisie est un Etat musulman. Ils sont convaincus que l’islam est la meilleure chose pour l’ensemble du monde.

Pourtant même si je suis une musulmane est que vous n’êtes pas musulman, je vous traiterai de la meilleure des manières, comme je me traiterais moi-même, en respectant tous les principes d’égalité des genres. C’est ce que je veux trouver l’occasion de dire, il ne faut pas avoir peur de l’islam. Vous ne devez pas le craindre parce que je suis musulmane.

Projet 51 : Si la Malaisie était vraiment décrétée « Etat musulman », quel sort serait alors réservé aux 40% de Chinois et d’Indiens qui font partie de ce pays multi culturel ? Pensez-vous qu’il s’agit d’un problème religieux qui pourrait être transfiguré en un problème ethnique et être source de tensions ?

Ratna Osman : C’est une bonne question. Mais ma question serait plutôt que va-t-il arriver aux 60% de musulmans ?

Est-ce qu’ils sont tous d’accord, est-ce qu’ils seront tous d’accord, pour dire qu’une femme doit toujours être voilée. Est-ce qu’ils sont tous d’accord pour qu’une fille puisse être mariée à neuf ans ? Est-ce qu’ils sont tous d’accord pour qu’un mari puisse battre sa femme ? Tous ces musulmans qui ne veulent pas d’une Etat islamique, que deviennent-ils ?

Etre une femme malaise ça signifie déjà être un citoyen de la 3ème classe. La 1ère classe est composée des hommes malais, la 2nde de tous les non musulmans, la 3ème des femmes malaises musulmanes. Etre une femme malaise et musulmane c’est la pire combinaison que vous puissiez imaginer en Malaisie. Vous n’avez aucun droit qui vous permette de refaire votre vie après un divorce, vous n’avez que des obstacles juridiques.

Si nous appliquons une loi islamique intolérante, comment allons-nous faire avec les lois internationales, avec le système bancaire globalisé, avec le concept du 21ème siècle de l’Etat islamique ? Est-ce qu’il va falloir vivre à l’écart du reste du monde, en fermant nos frontières ?

Vous savez dans le système bancaire, on sait être progressifs pour que les profits générés par les crédits soient considérés comme « halal ». On a dit que si le bénéficiaire était au courant qu’il allait devoir rendre plus d’argent que ce qu’il avait reçu il n’y avait pas de problème. Dans ce cas là on a su interpréter le Coran d’une manière progressiste pour l’adapter au monde moderne et permettre un système de prêts et d’emprunts.

Mais quand il s’agit des lois personnelles et familiales, là on refuse les interprétations progressistes, même quand elles existent ailleurs, y compris dans des pays arabes. Pourquoi ? Parce que ça ne rapporte pas d’argent ! Il s’agit d’autorité, il s’agit de pouvoir, et qui est prêt à renoncer à cela ?

(Projet 51 : Finissons avec un extrait (à méditer) d’un rapport annuel de SIS : « Ce n’est pas l’islam qui opprime les femmes, mais les interprétations biaisées du Coran, influencées par les valeurs culturelles d’une société patriarcale. Pendant la plus grande partie de l’histoire de l’islam, les réalités, les voix et les expériences des femmes ont été omises dans la lecture et l’interprétation du Texte. Ce silence des hommes a pendant longtemps été interprété comme étant le silence du Coran ».)

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