Observations quotidiennes sur la condition des femmes au Bangladesh

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Comment vous parler de la situation d’un peuple que l’on n’a presque pas vu ?
Ce qui ressort en premier quand on pense aux femmes du Bangladesh, c’est leur absence dans l’espace public. Comme si, dans les restaurants, les transports, les mosquées, les marchés ou les boutiques, on naviguait dans un monde sans femme. On ne pense pas exagérer en disant que les rues sont peuplées à 90% d’hommes. Dans l’avion qui nous a conduits de Kuala Lumpur à Dhaka, nous n’avons compté que 3 femmes. Et, par la suite, nous n’avons jamais vu de femme tenir un restaurant, gérer une boutique, ou même prendre un thé dans la rue.
Ainsi, si nous avons adoré discuter, déconner, partager avec les habitants de ce pays, nous en avons surtout côtoyé les 49% d’hommes…

Il y a des exceptions. Dans les rizières, dans les plantations de thé, dans les gargotes et boutiques de petits villages, les femmes nous ont semblé, à nouveau, être aussi nombreuses que les hommes.
Pourquoi cela ? D’après Sadikur, l’adorable responsable associatif rencontré à Rajshahi, « quand une femme a faim, elle doit sortir de chez elle car elle a besoin d’argent. Cela s’appelle la lutte pour la survie. » Alors que les femmes (un peu) plus aisées des milieux urbains ont, elles, bien plus tendance à rester à la maison pendant que leur mari travaille à l’extérieur pour ramener l’argent.

Au début, on a vraiment eu peur de ce que l’on allait trouver dans ce pays. Dès l’aéroport de Dhaka, le douanier a dit à Alexandre et Aymeric que Marion était une « good woman » parce qu’elle était discrète, pas comme les autres jeunes filles étrangères ! Puis, par la suite, on a très vite remarqué que tous les curieux qui nous noyaient sous les questions à longueur de journée ne s’adressaient que rarement à Marion, pas plus qu’ils ne lui serraient la main ou ne demandaient à prendre des photos avec elle. Et, quand elle a eu le malheur de se promener seule le soir pour chercher un cybercafé, Marion s’est vu refuser l’entrée, après un sermon du gérant qui lui conseillait de rentrer chez elle, au motif que les rues bangladeshies sont dangereuses le soir venu pour une femme.

En fait, plus qu’une oppression, on observe surtout une très, très forte séparation hommes-femmes. Dans les bus, se met en place un véritable jeu de Tétris pour éviter qu’un homme et une femme soient assis côte à côte. Lors des séances photos, la plupart du temps des hommes faisaient des selfies avec Alexandre et Aymeric pendant que des femmes (plus rares) en faisaient avec Marion. Au final, il faut reconnaître que les problèmes de harcèlement, de mains baladeuses et de regards verticaux ont été beaucoup moins fréquents qu’en Egypte.

Et pour les femmes bangladeshies, alors ? Il y a de vrais progrès. Elles vont davantage à l’école que les garçons, sont bien représentées au niveau politique, et elles peuvent même participer à une compétition de surf féminin sur les plages de Cox’s Bazar ! (Oui, c’est une anecdote, mais elle est révélatrice.)

Demeure néanmoins un véritable problème en matière d’opportunités économiques. La culture de subordination du pays engendre de fortes difficultés en matière d’accès au salariat et à l’entreprenariat. Citons les propos de Marzina, travailleuse sur un chantier, dont nous avons lu le témoignage dans le principal hebdomadaire anglophone du pays :

« Je gagne 200 takas par jour (2,50€) pour casser des briques, pendant que l’homme qui travaille à côté de moi touche 300 takas pour le même travail. C’est un homme donc il a une sorte de pouvoir. Je sais bien que je gagne moins que mes collègues hommes pour faire le même travail pendant les mêmes horaires. Mais si je dis quoi que ce soit, les patrons m’accusent d’en vouloir trop. Ils disent que les femmes n’ont que ce qu’elles méritent. Ils disent aussi que nous ne travaillons pas aussi bien que les hommes, et que nous passons notre temps à discuter entre nous. »

Et puis, demeurent les problèmes de dot. Bien qu’officiellement interdite, cette pratique reste bien en place au Bangladesh, et elle conduit les parents de jeunes filles en âge de se marier à devoir dépenser une petite fortune pour la famille du mari. Moralité : avoir une fille ça coûte cher et ça rapporte peu. Cela peut obliger à s’endetter pour payer la dot. Et, dans les cas où la famille ne parvient pas à payer, cela peut conduire au pire : chaque jour, il y aurait dans le pays au moins une mort liée à des problèmes de dot.

Et, au final, qui dit dot dit mariage précoce. Car une femme non mariée, au Bangladesh, est rejetée par la société et a des difficultés à joindre les deux bouts. De fait, une famille a donc tout intérêt à confier sa fille à un mari aussi vite que possible : plus l’âge de la fille augmente, plus le montant de la dot s’accroît. Et voilà pourquoi le Bangladesh est, avec le Tchad et le Niger, le pays du monde qui compte la plus grande proportion d’enfants mariés…

Finalement on retiendra du Bangladesh en matière de droits des femmes que c’est un pays qui part de très, très loin, qui a encore un très long chenin à parcourir, mais qui avance très, très vite. Reste qu’aujourd’hui, y être une femme de niveau modeste est encore très, très difficile.

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