Le Projet 51 assiste à un festival de films sur la condition féminine au Cambodge

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Au Cambodge, la journée internationale des droits des femmes est un jour férié.

Pour de nombreuses ONG et organisations internationales c’est l’occasion d’organiser des événements publics de sensibilisation aux violations des droits des femmes les plus courantes dans le pays.
Nous avons ainsi eu la chance d’assister à un festival de films organisé par UN Women Asia and the Pacific pendant trois jours à Phnom Penh.

A l’affiche chaque soir trois ou quatre courts-métrages et documentaires (en khmer avec sous-titres en anglais) réalisés par de jeunes cinéastes cambodgiens, hommes ou femmes, plus ou moins amateurs, plus ou moins impliqués personnellement pour l’émancipation des femmes cambodgiennes.

Alors certes, comme on peut s’y attendre pour un événement organisé par une agence onusienne, le public n’était pas aussi cambodgien que la petite troupe des réalisateurs. Environ la moitié des spectateurs étaient étrangers, et une grande majorité des Cambodgiens présents avaient une maitrise de l’anglais laissant deviner qu’ils avaient vécu ou étudie à l’étrangers quelques années.

Il n’empêche, les productions, d’une très bonne qualité, nous ont permis de nous plonger encore un peu plus dans les réalités locales et dans la peau d’une femme cambodgienne, au rythme des images qui défilent et des témoignages qui se succèdent.

Beaucoup ont choisi de traiter les questions de la prostitution, du trafic d’êtres humains, des violences domestiques et sexuelles, ou encore des mariages forcés pratiqués pendant le règne des Khmers rouges.

Finalement, leurs films ne s’effaceront pas de nos esprits de sitôt, même lorsque nous arpenterons les plus belles rues de Phnom Penh, même lorsque nous découvrions, (quelques jours plus tard) les mythiques temples d’Angkor.

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Comment oublier l’excellent documentaire ‘’The Virginity Trade’’ (réalisé par Matthew Watson). Ses filles, ses femmes aux vies détruites par la prostitution, par l’argent, par celles et ceux qui les ont vendues, par les hommes qui les ont consommées comme de vulgaires objets sexuels ?

Comment oublier cette jeune fille qui raconte avec horreur avoir été violée par une cinquantaine d’hommes avant d’être abandonnée presque morte dans des rizières ?

Comment oublier ces prostituées qui confient qu’en plus des relations avec leurs clients elles subissent presque toutes les semaines des viols collectifs, non rémunérés ou si peu, et commis en toute impunité ?

Comment ne plus tergiverser sur l’attitude de ces jeunes hommes qui n’ont ni peur ni honte d’expliquer face a la camera que quand ils ont envie de sexe, notamment après avoir regarde des films pornographiques dans des karaokés, ils demandent à leurs amis s’ils sont partants pour trouver une fille.
Alors, ensemble, l’un après l’autre, ils abusent d’elle. Ils disent même ne pas hésiter à utiliser la force lorsque la fille refuse de continuer. Ils disent ne pas avoir le choix. Ils n’ont pas l’air de réaliser les souffrances qu’ils infligent à ces jeunes femmes. Pour eux, cela fait partie de la normalité des relations sexuelles, d’ailleurs ce sont des jeunes hommes normaux, auxquels ni vous ni nous ne prêterions ce genre d’agissements en les croisant dans la rue.

Comment ne plus se sentir extrêmement chanceux par rapport à cette jeune fille qui avoue, gênée, qu’elle a fini par accepter d’être vendue à un trafiquant car sa virginité était la seule chose de valeur qu’il restait a sa famille pour (sur)vivre ?

Toutes celles qui subiront le même sort, âgées parfois d’à peine 10 ans, deviendront alors de manière presque irréversible prostituées pour le reste de leurs jours. N’étant plus vierges, elles n’ont en effet presque plus aucune chance d’être mariées, et leur principal moyen de survie devient la vente de leur corps contre quelques dollars.

Si elles ont en général été vendues entre 500 et 1000 dollars à celui qui leur arrachera leur virginité, parfois en les faisant prisonnières pour une semaine entière d’ébats sexuels, elles ne toucheront très rapidement plus que 20 ou 30 dollars par client, parfois moins.

Très probablement, elles deviendront alors séropositives et leur vie sera détruite à jamais. Une jeune femme d’une vingtaine d’années sape le peu de confiance en l’avenir de ces filles qu’il nous restait, en déclarant avec assurance qu’elle sait déjà qu’elle ne mourra pas de vieillesse…

Alors, comment ne pas se sentir révoltés face à la bêtise de ces hommes qui avouent, souvent sans exprimer de réels regrets, qu’ils ont déjà acheté une ou plusieurs filles vierges.
A les écouter, ce n’est presque pas de leur faute, la culture cambodgienne accorde beaucoup d’importance à la virginité des filles et des croyances selon lesquelles les relations avec des femmes vierges éviteraient de vieillir, amélioreraient la puissance masculine ou protégeraient du virus du sida sont encore bien prégnantes, au point qu’ils y croient sans hésitation.

Les saignements des petites filles, les douleurs dont elles se plaignent et les signes évidents de non consentement qu’ils ont pourtant remarqués ne les ont pas dissuadés de continuer à les faire souffrir pendant de longues heures.

Le fait d’avoir des rapports avec des filles en si bas âge non plus. Un activiste explique qu’il n’existe même pas de mot pour dire ‘’pédophilie’’ en khmer, à tel point que, lorsque le tourisme sexuel a pris de l’ampleur dans le pays, les gens ne trouvaient pas ce phénomène particulièrement choquant…

Nous revoyons encore cet homme, assis dans une gargote, ex-propriétaire d’un bordel d’enfants, qui regrette que son établissement ait été fermé car ‘’avant tout le village en profitait, on vivait bien grâce à cela’’.

Lui n’a pas l’air stigmatisé comme les filles ou femmes qui reviendront dans leur village après avoir réussi à s’échapper et qui seront victimes au mieux de l’ignorance de leurs pairs, au pire de leurs moqueries, parfois de leurs châtiments.

Enfin, comment chasser les images des chambres miteuses dans lesquelles les prostituées travaillent ? Les karaokés dans lesquels elles sont alignées comme des sardines au marché en attendant que les clients fassent leur choix et négocient ? Les bars où elles finissent par vendre plus que des bouteilles de bières car les quelques dollars gagnés chaque mois ne suffisent pas à nourrir leur famille ?

Au Cambodge, les premiers coupables de ces atrocités, les consommateurs, sont autant des touristes étrangers partis loin de chez eux pour des raisons moins belles que l’envie de découvrir d’autres terres, que des locaux, célibataires comme mariés, vieux comme jeunes.

Ces dernières années, avec un certain retard par rapport à certains pays de la sous-région et sous la pression de la communauté internationale, des législations ont été mises en place par les autorités cambodgiennes pour punir les trafiquants comme les consommateurs.

Mais, au-delà des imperfections de certains textes, l’application de ces nouvelles lois reste très partielle. Les trafiquants comme les consommateurs sont protégés par les billets verts qui, dans la vraie vie, dans un pays pauvre et où la corruption est répandue, leur assurent la plupart du temps la tranquillité !

Mal payés et attirés par l’argent facile, certains policiers vont jusqu’à racketter les prostituées, en se postant devant leurs lieux de travail jusqu’à ce qu’elles leur cèdent une partie de leur butin…pour continuer leur activité, pour survivre, encore un peu…

(On en convient, ce texte est particulièrement dur quant au sort réservé aux femmes au Cambodge. On a aussi des choses plus positives à dire, et on complètera nos impressions dans nos prochains textes. Mais ces réalités, issues des films visionnés lors du festival et de livres dévorés sur la route, sont bien réelles, elles nous ont été confirmées par les responsables associatifs comme par des Cambodgiennes rencontrées au hasard…et par nos observations dans certains lieux ‘’sensibles’’ à la tombée de la nuit…)

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