Bilan de notre étape en Malaisie

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Ça aura été une vraie bonne surprise, et une sacrée rupture par rapport à ce qui avait précédé, mais l’heure est maintenant venue pour nous de quitter la Malaisie, et de faire le bilan de nos 16 jours passés dans le pays.

Lors des premières étapes de notre itinéraire, les gens auxquels on parlait condition féminine évoquaient l’excision, le mariage forcé, la polygamie, la prostitution, parfois même l’esclavage ou l’enlèvement prénuptial.
Ici, nous avons eu la chance de rencontrer quatre responsables associatives brillantes. Ce qu’elles nous ont décrit des principales difficultés de la femme malaisienne ?
Rien de tout cela, mais des problèmes qui nous semblent similaires à ceux rencontrés par les femmes en France : le plafond de verre professionnel, la difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle, le harcèlement, ou encore la difficulté d’avoir des femmes politiques aux plus hauts postes décisionnels.

Car, il faut bien le dire, nous retiendrons surtout de la Malaisie son niveau de développement élevé, ses voitures toutes neuves, ses bus climatisés, ses routes impeccables, ses métros a l’heure, ou encore son consumérisme effréné. Certains d’entre nous ont déjà été dans des villes comme Dubaï, Singapour ou Shanghai. Et, clairement, il nous apparait que Kuala Lumpur est de cette trempe-là. Au quotidien, tout cela nous a rendu la vie facile, et ce pour moins de 20€ de dépenses quotidiennes ! En bref, découvrir un pays développé comme la Malaisie nous a fait du bien, nous a paru facile, et nous a permis de reprendre des forces pour la suite.

Pour autant, nous ne pouvons pas négliger les limites de ce développement spectaculaire.

D’une part, c’est trop souvent indécent à nos yeux. Il y a quelques semaines, nous découvrions des villes plongées dans le noir à la nuit tombée faute d’éclairage public fonctionnel, des populations souffrant de la sécheresse, des enfants malades ne pouvant pas s’offrir des médicaments. Alors, c’est vrai, les rues sur-éclairées et les magasins sur-climatisés, la vente de milliers d’objets tous plus inutiles les uns que les autres floqués au nom de la moindre ville ou du moindre site touristique nous ont fait un certain pincement au cœur…

De deux, c’est un modèle de développement dans lequel tout est permis, y compris bétonner à outrance le moindre site touristique perché dans les collines ou en bord de plage, sacrifier l’une des plus importantes réserves de biodiversité de la planète Terre pour y planter de quoi produire des centaines de milliers de litres d’huile de palme.

De trois, nous avons malgré été choques par la vision quotidienne de toutes ces victimes du système.
Les Indiens, omniprésents sur les chantiers et les postes subalternes tels que le nettoyage des rues, qui ne connaîtront pour la plupart au cours de leur vie jamais un niveau de vie similaire aux Malaisiens de la classe moyenne.
Les peuples indigènes, au nombre de quelques centaines de milliers, qui sont noyés dans un processus d’acculturation qui les dépasse, et dont les spécificités culturelles ne sont plus qu’un argument touristique, donc une manne commerciale.
Les très nombreuses personnes sans domicile que nous avons croisées dans les grandes villes du pays à la nuit tombée, et qui ont été une piqûre de rappel importante, touchante, révoltante quant à quelques rues de là se succèdent les hôtels, restaurants et magasins de luxe.

L’autre aspect marquant de ce pays, c’est son multiculturalisme. Car, en Malaisie, près de 60 %de Malais, 30 % de Chinois et 10 % d’Indiens partagent tant bien que mal un même pays. Au quotidien, en résulte la présence de 3 cultures, 3 cuisines, 3 langues, 3 ethnies qui cohabitent et, parfois, se mélangent… C’est amusant de voir des enfants métisses Indien-Chinois, ou des Malais qui se démènent avec leurs baguettes dans un restaurant de soupes de nouilles tenus par des Chinois !

On a aussi remarque de drôles de phénomènes : des petits-enfants d’immigrés indiens dont la langue maternelle est le tamoul (et qui parlent mieux l’anglais que le malais), des fils d’immigrés chinois qui ne connaissent même pas le nom de la plus grande ville du sud de la Chine (Guangzhou, alias Canton en français), ou encore des termes basiques de la cuisine indienne (thali, dosa, chai) que ne comprennent pas les serveurs tamouls de certains restaurants indiens !

Car, si une partie des cultures d’origine des différents peuples malaisiens est restée, il y en a une autre partie qui s’est perdue, ou transformée, en route. Ça nous a fait tout drôle, par exemple, de voir une jeune fille indienne prier dans un temple hindou, assister à un puja et se faire poser le 3eme œil… le tout en portant une robe colorée et plutôt courte qu’on ne verrait jamais en Inde !

Il y a une image, dans ce kaléidoscope malaisien, que l’on a trouvée frappante. Cela s’est déroulé il y a quelques jours, dans un centre commercial de Kuala Lumpur. Au 5ème des 12 étages (!) du centre, se trouvait un bowling à 1 Euro la partie. On n’en est pas fiers, mais voilà, on a craqué ! Et, sur l’une des 47 pistes (!) à cote de la nôtre, dans cet environnement qui respirait tant le 21ème siecle, nous avons vu un jeune homme accompagné de sa copine. Normal. Sauf que sa copine portait la burqa, pour jouer au bowling.

Pour nous, cette jeune fille dont on ne connaitra jamais l’histoire illustre le grand écart d’une société tiraillée entre le conservatisme religieux et le matérialisme exacerbé, entre l’islamisation des Malais et la sécularisation des Chinois et autres expatriés, entre la préservation des cultures asiatiques et l’extraversion des valeurs occidentales. Entre la tradition et la modernité, une fois de plus.

Et puis, quand on pense au long fleuve tranquille qu’a constitué le fait de voyager dans ce pays, on pense, forcément, aux bouchons, à la pollution, à la saleté que, dans deux semaines, nous connaitrons au Bangladesh puis en Inde, pour un mois et demi. Mais, en attendant, nous voici en route vers le 10ème pays de notre itinéraire : le mythique royaume khmer du Cambodge…

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