Bilan de notre étape au Cambodge

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Le Cambodge, dernier arrêt du Projet 51 en Asie du Sud-Est avant de mettre le cap sur la péninsule indienne, restera une étape franchement agréable.

Il faut le dire, on a fortement apprécié ce pays, où il est facile de voyager en routard, et ses habitants, toujours souriants et hospitaliers.
Un peu comme au Maroc ou en Indonésie, le développement du tourisme nous a rendu la vie facile. Trouver des chambres d’hôtels impeccables à n’importe quelle heure pour 5 dollars, c’est pratique. Ne pas devoir hausser le ton pour la moindre négociation qui s’éternise un peu trop, c’est reposant. Pouvoir passer une nuit entière dans un bus équipé de véritables couchettes individuelles, impeccables, climatisées et à des prix accessibles, c’est carrément du luxe.

Alors, bien sûr, l’effet collatéral de l’explosion touristique c’est la « saturation » de certains sites. Quand les temples d’Angkor sont visités par plus de 2 millions de personnes par an, on sait qu’on ne sera pas seuls. Mais qui dit tourisme de masse dit aussi touristes faciles à esquiver.

Louez un vélo pour découvrir les temples en dehors du circuit touristique classique : vous quitterez les groupes bruyants pour une exploration discrète des (autres) chefs d’œuvre d’Angkor.

Sillonnez la campagne cambodgienne en scooter : les paysages et scènes de vie défileront sous vos yeux et vous découvrirez l’autre Cambodge, le vrai Cambodge, majoritairement rural, peuplé par des familles qui se contentent de cultiver leurs rizières et de brioler toutes sortes de choses pour vivre.

Arrêtez-vous pour déjeuner dans les gargotes des bords de route et vous serez accueillis par les sourires des maîtres des lieux. Si un vieux ne parle pas anglais mais tient à vous dire quelque chose, soyez sûr qu’il bredouillera quelques mots de français, mimera sa pensée, vous sourira et enverra un gamin du coin chercher un adulte anglophone !

Bref, avec un peu de débrouillardise et d’ouverture d’esprit, le Cambodge est un pays où il est possible de vivre une expérience aux couleurs locales tout en profitant d’un confort simple.

Et puis, la cerise sur le gâteau qui a fini de nous convaincre de l’hospitalité des Cambodgien(ne)s, c’était une rencontre. Rencontre avec une femme, la première croisée par hasard avec laquelle nous avons pu partager autant de moments. Franco-cambodgienne, elle nous a hébergé 4 nuits dans 2 villes différentes, nous a concocté des petits plats, s’est occupée de nous comme de ses enfants, et nous a raconté son histoire et celle de son pays pendant de longues soirées d’échanges.

Sans aucun doute cette rencontre est révélatrice quant à nos rapports avec les Cambodgiennes et leur place dans la société. Une fois n’est pas coutume, on a eu le sentiment de partager beaucoup d’instants de vie avec la population féminine.

Il faut dire qu’au Cambodge les femmes sont omni présentes dans l’espace public. Dans les rues, elles sont au moins aussi nombreuses que les hommes et gèrent absolument tous les petits commerces. A la maison, elles sont le pilier du foyer, ramenant une partie non négligeable des revenus familiaux et assurant en même temps l’éducation des enfants, l’entretien du domicile familial, la préparation des repas, etc.

Quant à la petite fille cambodgienne, il n’est pas rare de la voir jouer dans la rue avec les petits garçons et elle n’est quasiment jamais privée d’éducation à cause de son sexe.

Pourtant, au-delà de ces constats très positifs, existent des réalités moins reluisantes qui rendent encore aujourd’hui la vie d’une femme cambodgienne moins facile que celle de la plupart des hommes. Il s’agit de réalités « cachées » que nous n’aurions pas forcément pu percevoir sans rencontrer de responsables associatifs ou sans écouter les histoires de notre amie franco-cambodgienne.

Certes, les premiers avertissements étaient bien là, sous nos yeux, dès notre première nuit à Phnom Penh. Cette petite fille qui circulait dans notre auberge pour vendre des bracelets aux touristes et qui portait un tee-shirt « je pourrais être votre fille » réalisé par une association de protection des enfants contre le tourisme sexuel. Ces femmes, alignées dès la nuit tombée sur les trottoirs longeant le fleuve et les grands hôtels, avec leurs enfants endormis à même le sol. Ces vieilles dames démunies qui mendiaient aux abords des marchés et des restaurants.

Par la suite, nous avons pu découvrir que, comme dans beaucoup de pays en développement, la pauvreté pousse certaines familles à retirer en priorité leurs filles de l’école pour pouvoir payer les études de leurs frères. Quand cela arrive, le mariage forcé et précoce n’est généralement pas bien loin.
Les trafiquants profitent de cette misère économique et font régulièrement le tour des villages à la recherche de jeunes recrues qu’ils enverront épouser des hommes riches à l’étranger (en Chine et en Malaisie par exemple) ou dont ils vendront la virginité avant de les enfermer pour le reste de leur vie dans d’infâmes bordels.

Et puis, même quand les ressources familiales permettent d’envoyer les filles à l’école, les problèmes d’infrastructures incitent à une déscolarisation plus précoce que pour les garçons.
On nous a exposé les mêmes problèmes qu’au Sénégal : établissements d’enseignements supérieurs généralement éloignés des campagnes qui obligent à louer une chambre à proximité, avec toutes les craintes que cela implique quant à la sécurité des jeunes filles ; manque cruel d’aménagements élémentaires en termes de sanitaires dans les établissements (absence d’eau courante et d’espaces clos), qui empêche les jeunes filles de fréquenter l’école pendant leurs périodes de menstruations.

A l’âge adulte maintenant, même si la femme a un pouvoir économique, cela n’en fait pas d’elle la responsable de la gestion financière du foyer, loin de là. Nombreux sont les Cambodgien(ne)s qui nous ont parlé du pillage des ressources familiales par les hommes pour assouvir leurs besoins personnels.
Or, si les femmes Cambodgiennes n’hésitent pas à se mobiliser collectivement, malgré les risques de persécutions, par exemple lorsque le gouvernement cherche à s’emparer de leurs terrains sans compensation au profit de riches investisseurs étrangers, elles y réfléchissent à deux fois lorsqu’il s’agit de problèmes internes à leur foyer.

Le « code de conduite des femmes », certes dénigré depuis quelques années, a laissé des traces et fait accepter la supériorité masculine, pendant que les croyances traditionnelles continuent à répandre l’idée selon laquelle les femmes ne doivent pas étaler leurs problèmes personnels sur la place publique.

Alors, dans les villages comme dans les quartiers défavorisés des grandes villes, les hommes, parfois sous l’effet de l’alcool, se rendent coupables de viols et de violences, sur leurs femmes comme sur leurs filles, souvent en toue impunité.
Bien sûr, nous n’avons pas pu être témoins de ce genre d’agissements mais trop nombreux sont celles et ceux qui nous en ont parlé, citoyennes lambda comme responsables associatifs, pour taire ce problème pourtant difficile à percevoir pour un étranger.

Et puis, finalement, on s’interrogera sur l’énergie déployée au plus haut niveau pour changer les choses.
Comment expliquer, quand les seules entrées dans le site d’Angkor génèrent plus de 50 millions de dollars par an, que des policiers en zone rurale puissent encore répondre à des femmes battues venues chercher de l’aide qu’elles doivent avancer des frais d’essence pour leurs déplacements en moto afin qu’ils aillent enquêter, qu’ils transmettent la plainte, etc. ?

Le tourisme au Cambodge génère indiscutablement énormément de richesses et beaucoup de locaux en profitent, même avec des petits jobs. Mais avec une telle manne financière, il serait possible de faire plus, beaucoup plus, au bénéfice des locaux, et des femmes en particulier, premières victimes de la pauvreté.

Pour finir sur une note positive, il est incontestable qu’on a pu sentir la mobilisation croissante des femmes cambodgiennes, ne serait-ce qu’à travers des événements tels que les festival de films pour la journée internationale des droits des femmes ou des structures comme le women’s media centre. Si les officiels, majoritairement masculins, trainent trop les pieds, elles sont habituées à travailler d’arrache pied et ont de l’énergie à revendre !

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