Bilan de notre étape au Bangladesh

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Alors que nous sommes sur le point de passer la frontière et de nous rendre chez le voisin indien, l’heure est venue pour nous de dire au revoir au Bangladesh, l’un de nos coups de cœur absolus.

C’est bizarre, ce qui nous est arrivé dans ce pays. Clairement, on n’y a pas découvert des monuments aussi grandioses qu’au Cambodge, des villes aussi agréables qu’en Malaisie, des paysages aussi préservés qu’en Indonésie. Notre album photo ne trompe pas : il y a des endroits sur Terre qui sont bien plus beaux que celui-ci. Bref, on n’en a pas pris plein les yeux. Ce qui s’est passé est beaucoup plus subtil que cela.

Car le Bangladesh, c’est d’abord et avant tout un formidable théâtre à ciel ouvert. Un lieu où cette drôle d’espèce que l’on appelle l’être humain s’exprime à son degré le plus fort, et se révèle dans ce qu’elle a de meilleur et de pire, de plus beau et de plus laid, de plus bestial et de plus humain, à travers un formidable spectacle bruyant, coloré, désorganisé, et surtout follement animé. A défaut d’en prendre plein la vue, on en prend plein la tête. Ce n’est pas forcément reposant, on peut aimer comme détester. Mais, quoi qu’il en soit, on ne peut que rendre hommage à l’une des caractéristiques de ce pays : son intensité.

Car, dans ce pays, on n’a jamais passé bien longtemps sans croiser de locaux. On a pu être choqués par la misère des estropiés très présents dans le moindre village, mais aussi émus par les capacités de résilience de tous ces gamins dont la vie consiste à ramasser des bouteilles en plastique perdues dans des champs d’ordures. On a pu avoir peur de mourir d’un accident quand on voyait le comportement kamikaze des chauffeurs de certains bus, surtout la nuit ; puis, quelques heures plus tard, on était plutôt morts… de rire à la vue d’une vache couverte de peinture en pleine fête d’Holi, la fête des couleurs hindoue. On a trouvé d’une tristesse absolue la vue de ce zoo où les bêtes étaient véritablement martyrisées, mais on a trouvé d’une beauté absolue le comportement de tous ces gens qui nous ont offert un thé, des gâteaux, un repas dans leur famille, un matelas dans leur maison, ou quelques minutes de connexion internet sans autre espoir que celui d’agir comme le ferait quelqu’un de bien.

Bien sûr, nos trois semaines au Bangladesh ont rimé avec saleté, pollution, embouteillages, bruit et moustiques. Mais franchement, on n’a aucune envie de vous parler de ça. D’une part, car vous vous en doutez bien, et que nous aussi nous étions au courant de ces problèmes bien avant de mettre les pieds dans le pays. D’autre part, parce que ne retenir que cela de la patrie de Rabindranath Tagore, ce serait passer complètement à côté du Bangladesh.

Ce que vous ne savez sans doute pas, et que nous ignorions totalement avant de venir ici, c’est que les Bangladeshis sont des gens adorables. Depuis notre départ de France il y a six mois, et après avoir déjà découvert 10 pays différents, il ressort clairement un fait : nous n’avons jamais été aussi bien accueillis que par les Bangladeshis. Leur gentillesse, leur sens de l’accueil, leur humour, leur débrouillardise, leur intérêt pour nous a donné lieu à de très beaux moments d’humanité. C’est ainsi que nous nous sommes fait inviter 4 fois à manger dans la famille d’un habitant… Plus que pendant les 6 mois précédents réunis !

Car ce pays, oublié des touristes, déborde d’une incroyable curiosité à l’égard du moindre étranger qui se promène dans les rues. Les séances de questions sur nous, nos vies, nos études, nos parents, nos familles ont été nombreuses, amusantes, et toujours désintéressées. On a même entendu un Bangladeshi demander à Aymeric son régime alimentaire (« what is your food diet ? »), ou demander à Alexandre les prénoms et professions de ses parents !

Voilà pourquoi, pour nous, le Bangladesh, ce n’est pas des usines qui s’écroulent, des inondations, des cyclones et des bidonvilles. Non, non, trois fois non. Nous ne voulons pas résumer ce pays à ses misères, aussi réelles soient-elles.

Pour nous, le Bangladesh, ce sont ces deux policiers qui, alertés de notre venue par leurs collègues du district d’à côté, ont tenu à nous rencontrer, à faire des photos avec nous, et à rester avec nous pendant plus d’une heure pour nous accompagner faire un petit tour en bateau sur la rivière.

Le Bangladesh, c’est ces gamins, raides dingues de cricket, qui nous ont invité à jouer avec eux et qui, alors que nous ne prêtions pas vraiment attention à ce qui se passait, continuaient à compter rigoureusement le nombre de points, le nombre d’overs, le nombre de batters et de bowlers restants. Leur discipline dans leur façon de tenir les comptes du match tranchait tellement avec l’incroyable capharnaüm des rues bangladeshies !

Le Bangladesh, c’est Holi, la fête des couleurs de la religion hindoue. L’occasion d’un gigantesque déluge de peinture, d’eau et de poudre colorée qui s’est abattu sur nous, des heures durant, dans les ruelles du vieux Dhaka. Se faire saupoudrer la tête ou les cheveux par de parfaits inconnus, c’est finalement plutôt rigolo. Et tant pis si, une vingtaine de shampooings plus tard, nos cheveux n’avaient toujours pas retrouvé leur couleur normale…

Le Bangladesh, c’est cet homme que l’on a croisé, sur le dos de son éléphant, alors que nous étions sur la route vers Srimangal, la « capitale du thé » du pays. En voyant notre tête surprise et notre regard amusé, il a fait demi-tour (en provoquant bien sûr les coups de klaxons des véhicules qui filaient bille en tête sur la route !) et s’est prêté au jeu des photos pour nous.

Le Bangladesh, c’est le douanier de l’aéroport, qui nous a raconté l’histoire de son pote émigré en France, qui nous a parlé de son endroit préféré du pays, qui a noté sur un papier le nom et les coordonnées d’un hôtel de Dhaka qu’il aimait bien. Un douanier qui nous noie sous les questions, c’est un classique. Mais quand il le fait par simple curiosité, et par pure envie de discuter, cela devient complètement incongru.

Le Bangladesh, c’est ces 76 personnes qui, en 10 minutes d’une incroyable cohue au Musée de Sonargaon, ont pris une photo d’Aymeric, dont les cheveux blonds sont rarement passés inaperçus.

Le Bangladesh, c’est ces centaines de personnes qui nous ont demandé notre prénom, le nom de notre pays, ou notre opinion sur le peuple bangladeshi.

Le Bangladesh, c’est ces milliers d’autres personnes qui nous ont regardés comme des bêtes curieuses, se sont entassées autour de nous pour nous dévisager, et avec qui nous n’avions pour seuls langages communs que le regard, et le sourire.

Le Bangladesh, surtout, c’est ces centaines de millions d’êtres humains que nous n’avons pas eu l’occasion de rencontrer, mais qui auraient sans doute été autant de leçons de vie…

Oh, the humanity !

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