Rencontre avec 3 membres de la National Association for Women’s Entrepreneurship in Malaysia (NAWEM) à Kuala Lumpur

A Kuala Lumpur, nous avons eu la possibilité de rencontrer trois membres de la National Association for Women’s Entrepreneurship in Malaysia (NAWEM) : Saliza, une Malaisienne d’origine tamoule, Andal, Singapourienne installée à Kuala Lumpur, et Andleen, une Britannique de confesstion musulmane évoluant depuis 5 ans dans la sous-région.

L’occasion d’un entretien constructif, dynamique et franchement passionnant. On vous en livre le best of !

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Projet 51 : De façon générale, que pensez-vous de la situation des femmes en Malaisie ?

Andal : Dans les lois, nous avons l’égalité des genres. Sur le plan de l’éducation, nous n’avons pas à nous plaindre : plus de 70 % des étudiants à l’université sont des femmes! Par contre, au niveau de l’emploi, cela reste risqué pour un employeur d’embaucher une femme, notamment en raison des « risques » de maternité. Dans les compagnies publiques, il y a un vrai effort de fait ; mais dans le prive, les employeurs continuent à se dire qu’embaucher une femme a un coût. Ce n’est pas que les employeurs pensent que les femmes sont moins intelligentes, mais c’est simplement qu’ils ne veulent pas prendre le risque de voir un membre de leur équipe passer 45 jours de congés maternité hors du bureau…

Projet 51 : Est-ce que ce n’est pas un constat qui vaut surtout pour les zones urbaines ?

Andal : Vous savez, la différence entre les villes et les campagnes tend à diminuer. Comme l’éducation est gratuite, beaucoup d’agriculteurs et de villageois ont tendance à envoyer leurs enfants à l’école, et tout le monde a de vraies chances. Il y a un vrai système méritocratique.

Projet 51 : Pensez-vous que certaines communautés, par exemple la communauté chinoise, connait une égalité des genres plus avancée que d’autres, comme la communauté indienne ?

Andal : Je vais vous raconter quelque chose. Avant, je travaillais dans une autre organisation, dans laquelle près de 80 % des membres étaient des femmes indiennes. Elles n’étaient que 20 % de femmes malaises, et aucune Chinoise. Mais la vraie raison de cette situation, c’est une raison culturelle.
En général, une femme chinoise est vraiment soutenue par sa famille : si son mari la traite mal, elle va le faire savoir plutôt que de souffrir en silence, et son frère ou quelqu’un d’autre de son entourage va s’en mêler. C’est pour cela que le niveau de divorce est aussi haut dans la communauté chinoise, alors que dans d’autres communautés, les femmes ont tendance à passer sous silence les abus dont elles sont victimes. Ce n’est pas une question de développement, mais de contexte culturel.
Chez les Malais, si un homme abuse de sa femme, il ne va pas forcement aller jusqu’au divorce : il peut avoir une autre épouse, et laisser sa femme s’occuper des enfants. D’ailleurs, à NAWEM, nous menons de nombreux programmes auprès des mères célibataires, et il se trouve que dans nos formations, nous voyons surtout des femmes malaises.
Quant aux femmes indiennes, je pense que l’alcool joue un vrai rôle dans leur situation, car c’est l’alcool qui est à l’origine de la plupart des abus et violences dont elles sont victimes. Ce n’est pas le cas chez les Malais, qui sont très pieux et ne boivent pas une goutte d’alcool. Et souvent, ce qui se passe quand une femme indienne est maltraitée par son mari, c’est qu’elle a tendance à s’enfuir, même si c’est un vrai tabou dans sa culture.

Saliza : Il y a autre chose, c’est que la façon de se marier est très différente dans les trois communautés. Par exemple, les hindous se marient au temple, devant Dieu, et souvent ils n’ont aucun certificat de mariage dans le civil. Donc même quand le mari s’en va, ou quand la femme s’enfuit, on ne peut pas vraiment parler de divorce à proprement parler ! Il est impossible pour la femme de se lancer dans de grandes procédures juridiques, car il ne reste aucun document officiel ! Et puis, de toute façon, divorcer est stigmatisé dans la culture indienne, c’est un tabou.

Andleen : Avec la communauté malaise, je trouve qu’il n’y a pas vraiment de tabou lié au divorce. A Singapour, une femme que je connais assez bien a divorce à la fin de l’année dernière. Mes amis et moi étions tristes, car nous avions été à son mariage et nous commencions à bien connaitre son mari… Et finalement, elle s’est remariée trois mois plus tard ! Je trouve que ce genre d’histoires se passe régulièrement dans la communauté malaise. Pour moi, ce type de personnes voit le mariage comme une sorte de transaction. Et parfois, la femme commence à se dire qu’elle n’a plus besoin de la compagnie de son mari, qu’elle peut se contenter de vivre en tant que célibataire, de sortir avec ses copines…

Andal : Là, on parle d’un segment limité de femmes, qui sont éduquées, riches, qui viennent de familles aisées… C’est l’un des produits de ce que l’on appelle le développement. Si l’on regarde la situation dans sa globalité, on se rend compte que les problèmes sont en train de devenir les mêmes dans le monde développé et dans le monde en développement. Le problème numéro un, c’est de s’occuper des enfants, simplement parce que dans un monde de 7,5 milliards de personnes, il y a énormément d’enfants !

Projet 51 : Si l’on essaye de généraliser, de faire la moyenne entre les riches et les pauvres, entre les urbains et les ruraux, entre les Malais, les Chinois et les Indiens, pensez-vous que la Malaisie soit prête, aujourd’hui, à être gouvernée par une femme ?

Saliza : On a expliqué aux gens, depuis qu’ils vont à l’école, qu’une femme ne pourra jamais diriger ce pays car ce n’est pas conforme à la Constitution. Et dans les faits, si l’on regarde les 24 principaux partis politiques du pays, il n’y en a pas un seul qui soit dirigé par une femme. Or, d’après la Constitution, celui qui est Président du parti qui gagne les élections parlementaires devient automatiquement le nouveau Premier Ministre. Mais aujourd’hui, les présidents et vice-présidents de partis sont tous des hommes.

Projet 51 : Est-ce que c’est à cause des jeux internes aux partis, ou pensez-vous que le peuple ne soit pas prêt à voir une femme au pouvoir ?

Andleen : Je pense que la Malaisie est encore très conservative, et que les gens croient dès le plus jeune âge que les postes qui sont accordés aux femmes sont satisfaisants, qu’il n’y a pas de raison de se battre pour avoir plus que ça. Les femmes privilégient la sécurité, elles se disent « nous sommes éduquées, nous allons à l’université, c’est déjà beaucoup… ». Peut-être que d’ici quelques générations, cela aura évolué.

Andal : Nous sommes 51 % de femmes dans le pays, et nous sommes 70 % parmi les étudiants à l’université, mais d’après certaines enquêtes, la Malaisie est le pays de la sous-région dans lequel l’employabilité des femmes est la plus basse.

Projet 51 : Pour quelles raisons ?

Andal : Le problème pour les employeurs, c’est le mariage, et l’éducation des enfants.

Andleen : C’est très différent de la Grande-Bretagne ici ! Il n’y a pas de flexibilité au niveau des horaires de travail, par exemple. Les systèmes de jobshare, ou les crèches dans les entreprises, sont très rares. Du coup, c’est soit l’un soit l’autre : si vous voulez travailler à mi-temps, vous allez finir assistant de direction, quelle que soit votre qualification. Combiner une carrière brillante et des horaires qui permettent de ne pas sacrifier sa vie familiale et personnelle, c’est extrêmement compliqué.

Andal : Je vous ai dit tout à l’heure que 70 % des étudiants à l’université sont des femmes, mais ce chiffre ne raconte pas toute l’histoire. Nous avons énormément de jeunes femmes qui étudient dans des cursus qui ne donnent pas de travail.

(Suite de cette interview bientôt…)

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