Visite d’ « Organization for women in self Employment » à Addis Abeba

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Lors de nos derniers jours passés à Addis Abeba, nous avons visité
WISE :- Organization for Women in Self Employment. Retour sur cette rencontre.

Créée en 1997, WISE s’est fixé comme objectif et comme priorité l’émancipation économique des femmes éthiopiennes les plus pauvres, avec la ferme conviction que c’est est une des méthodes les plus efficaces pour permettre l’amélioration de la condition féminine de manière générale.

Pour cela, au quotidien, WISE organise des ateliers de formation pour transmettre aux femmes bénéficiaires les connaissances de base permettant d’initier et de gérer une petite activité de vente ou de production. Cette première formation est souvent complétée pour aborder des thématiques comme la santé reproductive, le VIH, l’hygiène alimentaire, l’auto-médicamentation, etc., et parfois poursuivie pour gérer des unités économiques plus importantes et complexes, voire pour apprendre à lire et à écrire.

Les résultats sont éloquents : depuis la création de WISE, 28 000 femmes ont pu bénéficier de ces services, et 17 000 hommes et femmes supplémentaires ont eu accès à des formations identiques grâce aux des partenariats qui ont été tissés avec des dizaines d’ONG locales à travers le pays et aux 500 formateurs de formateurs qui ont ainsi été formés à la méthode WISE. Ainsi, même les femmes situées en zones rurales où l’organisation n’est pas implantée ont potentiellement accès aux savoirs qu’elle diffuse.
Après la formation, les femmes se regroupent et forment des coopératives d’épargne et de micro-crédit pour aider chacune à lancer et à agrandir son activité et/ou à épargner. L’organisation en supervise plusieurs centaines à travers le pays.

On ressent l’efficacité de cette méthode et du ciblage des femmes en situation de grande pauvreté économique quand on lit les témoignages de celles qui ont eu la chance de bénéficier des services de WISE. Femmes divorcées après des violences conjugales qui se retrouvent du jour au lendemain libres mais totalement démunies financièrement, femmes qui se livraient à des trafics de contrebande voire à la prostitution pour survivre, femmes domestiques, femmes qui tentaient de vendre des injera (la base de la nourriture locale, équivalent de notre pain) pour nourrir leurs enfants ou leur fratrie avec les quelques centimes d’euros ainsi gagnés, femmes qui avaient déjà lancé une activité sans résultat satisfaisant faute d’organisation, femmes dont les locaux voire l’habitation avaient été démolis dans le cadre de la modernisation d’Addis Abeba, femmes illettrées : toutes ont pu acquérir ici les clés nécessaires à la réussite d’une auto-entreprise.
Toutes insistent sur l’amélioration matérielle de leurs conditions de vie (notamment l’achat d’une maison décente voire d’un véhicule) mais aussi sur le pouvoir de décision et de contrôle qu’elles ont pu revendiquer grâce à leur indépendance financière.
Toutes soutiennent le message que l’une d’entre elles décide de mettre en avant : « Je veux faire passer un message. Les femmes ne devraient pas tout attendre de leur mari. Nous devons être suffisamment fortes et ne pas sous-estimer notre potentiel. ».

Nous avons profité de notre passage dans les locaux de la Women’s Initiative for Self Employment pour passer en revue, avec sa membre Asnakech, les questions d’égalité hommes-femmes dans le pays. Et, une fois encore, le constat n’est pas réjouissant.

Est-ce l’inégalité de revenus qui creuse l’écart de traitement entre les sexes en Ethiopie, ou est-ce la perception générale de supériorité de l’homme qui conduit à cette inégalité de revenus ?

C’est l’éternelle question de l’œuf et de la poule. Quelle que soit la réponse, les faits sont là, et ils sont éloquents. En Ethiopie, les femmes ne sont que 7 % à aller à l’école secondaire (18 % chez les garçons). Elles ont très peu accès au salariat, a fortiori dans le secteur privé. Elles doivent accomplir l’intégralité des tâches domestiques au sein du foyer, et subissent alors ce que l’on appelle un phénomène de « time poverty ». Et, s’il y a bien 30 % de parlementaires (« pour essayer d’améliorer notre classement au Gender Gap Index », d’après Asnakech), le pays ne compte que 4 femmes ministres.
Certes, les choses évoluent dans le bon sens, et les nombreuses ONG présentes dans le pays accomplissent de vraies avancées, notamment dans la lutte contre l’excision. Mais, dans un pays où 80 % de la population vit de l’élevage, et où ils sont presque 100 millions d’habitants, parlant 84 langues différentes, et vivent étalés dans les montagnes, les plateaux et les déserts d’un pays 5 fois plus grand que le Royaume-Uni, lutter pour améliorer le quotidien de la femme éthiopienne est un travail de fourmi, qui ne s’accomplira pas en un jour.

L’espoir d’Askanech est, en même temps, un aveu d’impuissance :
« Ce que nous faisons, nous le faisons pour que la prochaine génération puisse connaître l’égalité des sexes, que nous n’aurons pas vécue… »

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