L’Egypte et ses femmes vues par Ines El Shafai, responsable de l’association Women in Development

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L’Egypte et ses femmes vues par Ines El Shafai, responsable de l’association Women in Development, dont l’action se focalise sur l’égalité des chances entre les hommes et les femmes :

Projet 51 : Que pensez-vous de l’évolution de la situation des femmes en Egypte ?

Ines El Shafai : Vous savez, les femmes ont participé à la révolution, et elles avaient de nombreuses demandes. L’une des raisons pour lesquelles la révolution a eu lieu est la volonté des femmes de voir leur situation économique s’améliorer. Les opportunités économiques, pour les femmes, sont limitées. Nous devons accroître ces opportunités en mettant en place des politiques d’investissement en faveur des femmes, en ayant un système fiscal juste pour pouvoir mener des programmes dans ce sens. Sur le plan social aussi, les choses n’avancent pas : les violences domestiques ne cessent d’augmenter…

Pensez-vous qu’il existe une vraie volonté politique d’améliorer la situation des femmes ?

Pas assez, mais c’est à nous de la créer, cette volonté politique ! Au Parlement, de nombreux députés favorisent le statu quo, ils sont totalement contre nous. Mais il y a aussi des femmes députées, et en plus ce sont des progressistes.

Rien qu’en quelques jours ici, nous avons eu de vrais problèmes de harcèlement vis-à-vis de Marion. De nombreux médias vont dans ce sens, et avancent que ce phénomène ne cesse d’augmenter. Comment l’expliquez-vous ?

Je ne sais pas si c’est pire depuis la révolution. Mais ce que je sais, c’est que les femmes commencent à peine à prendre la parole, et donc à parler de ces problèmes. Nous ne permettons plus que ces souffrances liés au harcèlement soient passés sous silence.

Que pensez-vous de la recrudescence du niqab et de la burqa dans le pays ?

Pour moi, cela a commencé à devenir courant il y a 10 ans. Ce n’est pas une réaction aux violences ou au harcèlement, mais c’est l’héritage d’un mode de pensée salafiste, qui ne vient pas de chez nous mais qui est arrivé des pays du Golfe. Beaucoup de gens pensent qu’une bonne musulmane doit porter le hijab (voile qui recouvre les cheveux mais laisse le visage dévoilé) ; si vous ne le faites pas, on vous parle mal, ou on pense que vous n’avez pas de moralité.

Que pensez-vous de la question de la mutilation génitale féminine ? D’après les enquêtes, plus de 70 % des femmes égyptiennes seraient excisées…

C’est une pratique encore très habituelle, mais qui recule nettement. Il y a eu de vraies lois contraignantes pour lutter contre l’excision, mais le problème est que cette pratique est enracinée dans les mentalités des gens, dans les campagnes mais aussi dans les quartiers pauvres des grandes villes. Mais je ne suis pas trop d’accord avec la façon dont vous présentez votre chiffre : une fois excisée, une femme l’est à vie. Donc vous pouvez refaire des enquêtes année après année, et tomber sur un chiffre similaire, même si la pratique est en recul.

Est-ce que des imams travaillent avec les autorités sur cette question ?

Plus maintenant, car les autorités religieuses du pays ont déjà déclaré que cette pratique n’a rien à voir avec l’islam. Donc les gens ont bien dans la tête que ce n’est pas un problème de religion…

Beaucoup de gens ont tendance à associer les pays musulmans avec des pays où la situation des femmes est compliquée. Que répondriez-vous à ceux qui pensent que le bilan de l’islam est déplorable en matière de droits des femmes ?

Je ne suis pas d’accord. Pour moi, tout est lié à l’économie, et non à la religion. Par exemple, dans les années 1980, des religieux ont déclaré que la femme ne devait pas travailler ; mais si une femme est pauvre, elle ira travailler, point. Et c’est ce qu’elles ont fait. En fait, c’est surtout une question de culture plutôt que de religion. Même les responsables des églises orthodoxes, l’an dernier, ont dit qu’il était préférable que les femmes aient la tête couverte dans la rue. C’est une question de culture, pas de religion ! Il ne faut pas tout confondre : si on transforme des questions sociales en questions religieuses, cela reviendra à faire exactement ce que font les pays du Golfe depuis des années…

Que souhaitez-vous pour la femme égyptienne du 21ème siècle ?

Il faut que nous devenions des citoyens comme les autres, que tous les Egyptiens soient des citoyens égaux. Cela englobe tout le monde : hommes et femmes, musulmans et chrétiens, pauvres et riches… Nous devons nous battre contre toutes les formes de discrimination, pas seulement celles qui nous concernent directement. Et pour cela, nous devons faire évoluer les mentalités, non seulement des hommes mais aussi des femmes, car elles sont parfois responsables, ou complices, de la discrimination qu’elles subissent.

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