Bilan de notre étape au Burundi

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Alors que la situation sécuritaire ne cesse d‘empirer à Bujumbura, nous quittons le Burundi.

Il y a plusieurs mois, nous avions choisi de nous rendre dans ce petit pays, l’un des moins visités de la planète, en nous disant que nous allions y vivre des moments rock’n’roll. Ça n’a pas manqué : une chute à moto, un vol de téléphone portable, un trajet en stop dans la benne du pick-up d’un député, une route coupée par les éboulements qui nous a conduit à faire une partie du voyage vers Bujumbura en barque, des contrôles policiers interminables, des attroupements hallucinants autour de nous dans le moindre village, et seulement deux blancs croisés en 12 jours à l’intérieur du pays.

Voyager dans ce pays a été tout sauf une expérience touristique, tant nous avons eu l’impression de sortir des sentiers battus en faisant ce qu’à peine une dizaine d’Européens ont fait depuis le début de la crise : voyager deux semaines à travers les collines, les lacs, les villages et les plaines inondées du Burundi.

Il est beau, ce pays, mais il est au bord du gouffre, et l’on n’est finalement pas fâchés de le quitter. Etre régulièrement escortés à notre hôtel par des policiers, dans l’intérieur du pays, n’est pas franchement agréable. Ne pas pouvoir marcher dans les rues de Bujumbura une fois la nuit tombée, non plus.

Malgré tout, nous ne voulons pas retenir du Burundi ses militaires sur les nerfs, ses policiers corrompus, ses chauffeurs de taxis-brousse malhonnêtes, ses routes défoncées ou son internet calamiteux. Nous préférerons nous souvenir de certains visages.

Pascal, par exemple. Un garde forestier de plus de deux mètres, qui adore la nature au point de dormir chaque nuit sous la tente, dans la forêt, et qui nous a fait découvrir la réserve de la Kigwena. Réserve dont nous étions… le 2ème groupe de visiteurs expatriés depuis le 28 avril dernier.

Nous nous souviendrons aussi de Charles, gérant d’association, d’hôtel et de restaurant vers les collines de Vyanda. Un pur battant qui est venu nous voir dans nos chambres, au petit matin, pour nous informer que des maires de la région avaient été attaqués pendant la nuit.

Nous repenserons à Boniface, un sacré personnage, qui a passé 10 ans de sa vie dans l’armée, dont 6 mois en France où il a développé une vraie fascination pour le parapente. Mais, au Burundi, ce n’est pas facile à trouver, un parapente. Alors, à défaut, Boniface est maçon pour la GIZ, profite du climat, des arachides et des bières Primus de son pays. Mais qu’est-ce qu’il nous en a parlé, de son rêve de faire envoyer un parapente dans ces collines africaines !

Dans les mois à venir, il y a fort à craindre que les médias nous parlent souvent du Burundi. A la télévision, les mêmes images des rues désertes de Bujumbura, des impacts de balle, des discours politiques de tous poils. Mais les médias ne nous parleront que peu de ces dizaines de millions d’êtres humains dont la vie continuera, malgré tout. Et nous ne saurons jamais ce que deviennent ces pêcheurs qui passent leur journée au large à la recherche d’umukeke. Ni ces gamins qui, à la sortie de l’école, vont vendre leurs sachets d’arachide dans les rues des villages de l’intérieur du pays. Ni ces vélos-taxis, prêts à trimer une dizaine de kilomètres avec un passager sur le porte-bagage pour gagner moins qu’il n’en faut, chez nous, pour acheter une baguette de pain. Ni toutes ces femmes qui passent le plus clair de leur journée à ramasser des grains de café, qui sont consommés par des millions d’êtres humains dans nos pays développés, mais introuvables sur les marchés burundais…

Pour être tout à fait honnête, la situation a rendu compliqué notre travail sur la condition des femmes. De nombreuses ONG sont impactées de plein fouet par les conflits, et ne savent pas bien de quoi demain sera fait. La liberté d’expression de tous est restreinte, et l’on a ainsi pu constater que nos téléphones portables étaient sur écoute. Et, clairement, le fait de ne pas vouloir s’attarder dans la capitale, pour des raisons de sécurité, nous a compliqué la tâche. C’est triste à dire, mais on sent bien que, pour les habitants, parler d’égalité hommes-femmes est bien loin d’être l’actualité la plus brûlante…

A l’instar de tant d’occidentaux en ce moment, nous quittons le Burundi au cœur d’une des périodes les plus inquiétantes de leur histoire. Mais nous voulons croire, au plus profond de nous-mêmes, qu’avec des gens comme Pascal, Charles ou Boniface, avec des hommes et des femmes comme tous ces enfants qui peuplent les rues burundaises, le pays finira bien, d’ici quelques années, par renaître de ses cendres. A l’instar de son voisin rwandais ?

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