Visite de Kaz’O’zah Art, entreprise sociale burundaise d’artisanat

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Petit retour en arrière (en 2015) pour vous parler d’une de nos rencontres à Bujumbura (Burundi) :

Ni groupement de femmes ni association féministe, c’est une structure d’un autre genre que nous avons eu la chance de visiter lors de notre séjour à Bujumbura : Kaz’O’zah Art – A bright future for Burundian artisans est à la fois un groupement d’artisans et une entreprise sociale.

C’est un Burundi qui avance qu’a voulu nous présenter sa fondatrice, Ange Muyubira. Cette femme brillante, âgée de 38 ans, a étudié et vécu en Angleterre. A la fois passionnée par la mode et l’art, animée par l’envie de créer au Burundi et consciente que les produits artisanaux locaux étaient généralement inadaptés au marché moderne et global, elle a choisi de rentrer au pays pour lancer Kaz’O’zah Art. En quelques années, elle a développé une entreprise sociale innovante et détonante, comme on aimerait en voir plus souvent dans le paysage entrepreneurial burundais et en Afrique de manière générale.

Difficile de résumer un tel projet avec autant d’élégance que les produits qui en sont issus, on a donc choisi l’abécédaire :

C comme complémentarité : comme dans une grande entreprise, on peut (sur le papier) diviser Kaz’O’zah Art en plusieurs branches. Certains s’occupent du marketing et de la comptabilité, d’autres de la conception des nouveaux modèles, d’autres encore (les plus nombreux) de la production.

Mais dès le départ, Ange Muyubira a compris la nécessité d’abattre les cloisons hiérarchiques et de faire coexister en harmonie tout ce petit monde : obligatoire le dialogue entre tous, interdit le mépris social, interdit les mésententes basées sur des critères ethniques ou religieux. Qu’on soit diplômé universitaire ou artisan illettré, chacun doit le respect à l’autre et l’interaction est considérée comme la clé du succès…et de la bonne ambiance au travail ! Il y même un « code de valeurs » à respecter et ne pas s’y conformer est le seul motif valable de licenciement.

Une démarche là encore bien singulière dans un pays en développement où bien souvent les différentes classes sociales ne se comprennent et ne se côtoient pas. En bref, un bel engagement civique et moral qui a une fois de plus des effets positifs sur la qualité de la production !

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F comme femmes : si ce n’est pas un groupement féminin ou féministe, Kaz’O’zah Art compte tout de même 80% de femmes parmi ses 144 artisans. Consciente des inégalités d’accès au secteur formel que subissent les femmes burundaises, des difficultés qu’elles rencontrent dans le domaine agricole (accès aux terres, pénibilité du travail, faibles gains) et de leur besoin d’autonomisation financière, Ange Muyubira a choisi de privilégier le recrutement et la formation des femmes, et plus particulièrement des femmes rurales et/ou frappées par la pauvreté. Dans les antennes de production à l’intérieur du pays, elle va jusqu’à recruter une femme exclusivement dédiée à la mise en place d’un service de garde d’enfants pour les femmes artisans.

 

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F comme formation : elle est à la fois initiale et continue à Kaz’O’zah Art. Des hommes et des femmes sans formation sont accueillies et formés de A à Z, d’autres complètent leurs techniques par de nouveaux apprentissages, plus modernes. Ceci procure aux artisans du groupement des compétences rarement égalées au Burundi, à tel point qu’avec le développement de la structure des concurrents ont essayé d’attirer les meilleurs chez eux. Mais la rémunération régulière et souvent supérieure au marché dont profitent les artisans, ainsi que la bonne entente entre les membres de la structure, ont permis à Kaz’O’zah Art de fidéliser son personnel. Comme quoi, une entreprise sociale c’est du gagnant-gagnant !

I comme incompréhension. Au lancement du projet, rares sont ceux qui ont compris la démarche et ont accordé leur confiance à Ange Muyubira. Il faut dire que rares sont les membres de la diaspora qui, promis à un avenir aisé et tranquille à l’étranger, décident de rentrer au pays. Encore plus rares sont ceux prêts à tout quitter pour entreprendre un projet de développement dont la rentabilité n’est pas assurée. Mais les résultats concrets et chiffrés mettant souvent tout le monde d’accord, beaucoup ont dû reconnaître la clairvoyance et le leadership de la fondatrice ainsi que la performance de son staff.

O comme originalité :
Originalité du concept, déjà. Kaz’O’zah Art est la première et seule structure en son genre au Burundi.
Originalité des produits, ensuite. A Kaz’O’zah Art, il ne s’agit pas de reproduire à l’infini les mêmes objets artisanaux que l’on retrouve presque partout en Afrique, mais d’innover et de greffer de l’artisanat burundais sur des produits habituellement manufacturés à l’étranger. Par exemple, Kaz’O’zah Art a développé une gamme d’ameublement et réalise des fauteuils alliant les motifs et couleurs africaines au confort et à la qualité d’un bien standardisé. Kaz’O’zah Art, toujours flexible, répond aussi à des commandes sur-mesure de particuliers ou d’organisations internationales et produit à long terme comme pour de l’événementiel.

12487085_1718138775083608_7558978625876591831_oP comme perspectives : malheureusement, la crise politique que traverse actuellement le Burundi ne sert pas Kaz’O’zah Art, qui voit une partie de sa clientèle quitter le pays et son activité ralentie par les événements. Mais Ange Muyubira et son équipe tiennent bon. Ils continuent à croire en l’avenir et espèrent que tout ça sera bientôt derrière eux. Les projets continuent de foisonner dans l’esprit de la fondatrice : elle aimerait ouvrir prochainement une plateforme de vente en ligne pour l’export de ses produits. Pour elle, l’entreprise est aujourd’hui face à plusieurs missions d’envergure : survivre et redonner une image positive au Burundi.

On ne peut que leur souhaiter bonne chance !

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