Premières impressions en direct du Burundi….

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On vit de drôles de choses quand on voyage dans l’un des pays les moins visités au monde….

Il y a trois ans, le Burundi avait accueilli moins de 60 touristes par semaine. Cette année, avec la crise politique qui secoue le pays, ce chiffre a sacrément diminué. Il faut dire que deux des trois parcs nationaux du pays sont déconseillés à cause des trafics d’armes qui s’y dérouleraient, et que le 3ème (le parc national de la Ruvubu) n’a accueilli, à en croire son registre, que sept groupes de visiteurs sur les deux derniers mois.

Conséquence : les Burundais ont l’air drôlement heureux et surpris de voir trois « muzungus » (blancs) se rendre dans leur beau pays. Le conservateur du musée national, enthousiaste, nous a qualifiés de « courageux ». D’autres, hallucinés de voir des touristes au Burundi, nous remercient, nous sourient, parfois même nous offrent un verre.

Qui dit pas de touriste dit qu’il est possible pour nous de voyager dans le « vrai » Burundi… Les hôtels, par exemple, ne sont pas des habitations aseptisées et chères, mais de modestes demeures généralement occupées par les locaux. Nous n’avons ainsi, jusqu’à présent, jamais dépensé plus de 3€ par personne pour nous loger.

Il y en a aussi qui sont un peu moins contents de nous voir, ce sont les militaires, visiblement sur les nerfs. Il faut dire que le régime du Président Pierre Nkurunziza bat de l’aile (euphémisme !) et que des affrontements armés avec l’opposition éclatent chaque nuit, ou presque, à Bujumbura (la capitale du pays) et font régulièrement des dizaines de morts.

Les contrôles policiers sont pour nous extrêmement fréquents. On a fouillé méticuleusement nos sacs en pleine rue devant une centaine de personnes agglutinées à notre descente d’un taxi brousse dans une ville du Nord du pays. On est aussi venu nous trouver dans une chambre d’auberge à 22h pour « vérifier notre identité ».

Question de sécurité ? Pas seulement. Ça n’engage que nous mais on se permet de le dire car c’est ce qui se dégage de notre expérience, une bonne partie des policiers burundais sont aussi incompétents que corrompus. Aux dizaines de barrages routiers qui ponctuent un trajet d’à peine 60 km entre deux villes, les chauffeurs des taxis se voient régulièrement demander un bakchich, et le fait de transporter des blancs (même si, comme nous, ils paient le prix régulier et partagent le taxi avec de locaux) n’arrange pas les choses. Certains nous ont même expliqué le système : chaque jour, ils doivent donner « un petit quelque chose » pour pouvoir effectuer plusieurs trajets, et ça vaut même pour les compagnies de minibus « institutionnalisées » (comprendre : qui ont une antenne dans toutes les villes desservies et qui sont enregistrées comme des compagnies de transport).

Au-delà de la corruption, nos contrôles de passeport à chaque barrage sont assez risibles. Les policiers passent plus de temps à regarder notre visa mauritanien, parfois sans même prendre la peine d’aller jusqu’à la page de notre visa burundais… Comme nous l’a dit un chauffeur, ils ne font que « regarder les images » de ce curieux document…Et pour cause, beaucoup d’entre eux ne savent ni lire ni parler français.

Lors d’un trajet en mini bus et d’un contrôle qui durait un peu trop, il a fallu que nous allions parlementer avec le policier et le prier, avec un subtil mélange de diplomatie et d’assurance, de nous laisser continuer notre route afin de ne pas pénaliser tous les passagers. L’agent concerné a fini par nous rendre nos passeports avec nonchalance. Les passagers nous ont alors félicité, simplement parce que nous avions osé nous adresser à lui sans détour et avions résisté à la tentative à peine dissimulée de bakchich. Car oui, la conséquence de tout ça est que la population ressent un mélange de peur et d’énervement à l’égard des policiers. Même si dans leurs attitudes quotidiennes c’est la lassitude, la résignation et la soumission qui dominent (ils acceptent de payer et disent ne pas avoir le choix), c’est un mélange d’hostilité et de jalousie qui semble sommeiller dans les esprits, même à l’intérieur du pays.

Un autre aspect à travers lequel on devine bien le degré de sous-développement du pays, c’est le comportement de certains habitants en notre présence. Dès qu’un policier nous contrôle, des dizaines de Burundais viennent s’en mêler, observer de près, pour finalement se faire déloger à coups de bâtons. Et on doit le dire, c’est pour l’instant le pays du Projet 51 dans lequel le plus de gens ont été très collants, nous obligeant parfois à hausser la voix pour qu’on nous laisse tranquilles. De (très) longues et laborieuses négociations sont souvent nécessaires pour trouver un taxi partagé qui accepte de nous faire une course au prix normal.

Qu’il s’agisse de jeunes élèves ou d’adultes inoccupés nous demandant l’argent à tour de bras ou de badauds essayant de nous faire payer des prix aberrants, nos nerfs sont souvent mis à rude épreuve et nous partons très souvent après avoir haussé la voix et sans avoir obtenu gain de cause.

Mais heureusement, on fait aussi chaque jour de très belles rencontres au Burundi, et on ne manquera pas de vous en parler par la suite !

Pour finir, on va vous raconter une histoire. Dans ce pays qui a vu 300 000 de ses habitants se réfugier dans les pays voisins depuis le début de la crise, il existe un véritable marché de change parallèle. A la banque, et d’après internet, un franc rwandais vaut 1,99 franc burundais. A la frontières, les « changeurs » non officiels (mais tolérés et installés dans des petites baraques) nous donnent 2,50 francs burundais pour un franc rwandais…
Ce différentiel s’explique par la dépréciation de la monnaie burundaise observée ces derniers mois, et la « fuite » de nombreux ressortissants relativement aisés qui se « débarrassent » de leurs francs burundais n’arrange rien.

Nous avons donc envoyé Marion en « mission » au Rwanda pour retirer des francs rwandais et les changer en francs burundais à la frontière Rwanda – Burundi. Ce qui, dans ce pays où les distributeurs de billets sont opérationnels dans moins de cinq villes, est à la fois (très) pratique et (très) avantageux économiquement !

On aime quand même bien le Burundi, ses beaux paysages, son mélange de populations avec la présence de Tanzaniens, Rwandais, Congolais (comme souvent dans la région des Grands Lacs).
Les bars pris d’assaut par les hommes le soir, la propreté des hôtels les moins chers et la tranquillité à l’intérieur du pays nous feraient presque oublier la situation économique et sécuritaire peu glorieuse du pays par rapport à son voisin rwandais.
Mais, les anecdotes précédentes nous le rappellent chaque jour, nous traversons un pays en crise, en situation d’échec économique, politique et social.

En fait, une phrase révèle assez bien l’état d’esprit qui subsiste, même à l’intérieur du pays. Elle a été prononcée par le tout premier Burundais que nous avons rencontré : « Bujumbura, c’est Beyrouth. »

Autant dire qu’on n’a pas forcément hâte d’aller dans la capitale, et que pour notre première semaine on a préféré les collines, les plantations et la calme des campagnes…

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