Bilan de l’étape du Projet 51 au Rwanda

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On l’a bien aimé, le pays des mille collines. On y a apprécié le climat assez frais, les routes en parfait état, la propreté plus irréprochable qu’à Paris, la sécurité garantie partout et à toute heure, ou encore la volonté de développement affichée partout, et régulièrement évoquée par les Rwandais que nous avons pu rencontrer au cours de nos longues marches ou de nos nombreux trajets en auto-stop.

La place des femmes y est assez bonne, ce qui est notamment illustré par les très nombreuses business women que nous avons vu, ou encore la quasi disparition de pratiques souvent considérées comme relevant de la « tradition africaine », telles que l’excision, les mariages précoces ou la polygamie. Cela dit, subsiste encore, sur certains aspects, une très forte séparation des rôles : ainsi, nous n’avons jamais vu de femme conduisant une voiture.

On aurait aimé pouvoir discuter davantage de ces questions avec des Rwandais de la classe populaire, mais le naturel assez réservé et introverti des habitants, et la barrière de la langue, ont été des obstacles. Nombreux sont les Rwandais à nous avoir dévisagé pendant des dizaines de minutes. Moins nombreux sont ceux qui ont osé venir nous parler, ne serait-ce que pour nous dire bonjour…

Il faut dire, aussi, que le kinyarwanda est la langue maternelle de tous les Rwandais, et que le besoin d’une autre langue est surtout prégnant chez les classes moyennes et les urbains. Or, on parle ici d’un pays qui compte 86 % de ruraux, et dont chaque colline ou presque est parsemée de petites maisons entourées de plantations…

De plus, le secteur associatif ne joue pas au Rwanda le rôle qu’il joue au Sénégal. Il faut dire que le régime de Kigali, au pouvoir autoritaire, favorise la centralisation et l’étatisation plus qu’il n’encourage les initiatives citoyennes individuelles. Le témoignage de Victor (voir notre texte du 28 novembre dernier), Germano-Guatémaltèque qui a vu 2 de ses associations fermées par l’Etat en l’espace de quelques mois, est à ce titre édifiant.

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Et le génocide dans tout ça ?

Il est très, très dur de percevoir ses conséquences au quotidien. Certes, des mémoriaux se trouvent un peu partout ; certes, un vrai travail de mémoire est mené par l’Etat ; certes, on croise assez souvent des prisonniers en tenue orange, dont l’on peut aisément deviner les motifs de la condamnation. Mais, dans les faits, le sujet est tabou, et les gens en parlent assez peu. Malgré tout, nous avons tout de même deux belles histoires à partager.

D’abord, celle de Félicien, avec qui l’on a partagé une bière, un soir, au bord du Lac Kivu. L’alcool aidant, Félicien était bavard. Il nous a lui-même parlé de comment ses voisins, avec lesquels il avait toujours partagé l’urwagwa (alcool de banane), ont tué 11 des 14 membres de sa famille… Et, surtout, il nous a raconté que ceux-là étaient toujours ses voisins, qu’ils cohabitaient normalement et qu’il avait même, un jour, offert une vache à l’un des tueurs de sa famille. Sa détermination à aller de l’avant n’avait d’égal que sa capacité de pardon.

Une autre histoire qui nous a touchés, c’est celle de Jean-Paul, vendeur de journaux à Kigali. Lui a été le seul rescapé de sa famille, décimée par leurs voisins du quartier de Nyamirambo. Aujourd’hui, nous a-t-il dit, lesdits voisins lui demandent pardon dès qu’ils le croisent dans la rue. Et Jean-Paul ne cesse de le leur accorder.

Les tribunaux traditionnels, ou gaçaca, ont permis à des dizaines de milliers de tueurs ayant demandé pardon pour leurs crimes pendant le génocide de voir leur peine exprimée en travaux d’intérêt général, et donc d’éviter la prison. La cohabitation des tueurs et des familles des tués est dès lors inéluctable…

Ces histoires donnent une vision extrêmement positive du « nouveau Rwanda ». Pour autant, on sait qu’elles cachent une réalité parfois moins positive. Comme nous l’a si bien dit un prêtre congolais de l’est du pays, le Père Yvon : « les gens sont toujours rancuniers, mais personne ne le déclare ». Et, même si les deux histoires précédentes sont pleines d’inspiration, et révèlent une bien belle facette de l’espèce humaine, elles ne racontent que la partie racontable de l’histoire. On a notamment entendu un Rwandais, manifestement Hutu, évoquer plusieurs fois le terme de guerre avant d’employer celui de génocide. Et, même si officiellement il n’y a plus de Hutu ni de Tutsi, demeurent forcément, de façon latente, des rancoeurs et des divisions au sein de la population, ce qui est illustré par le nombre de plus en plus faible de mariages mixtes…

On a envie de croire en l’histoire du « miracle rwandais ». Mais on doute que ce soit aussi simple…

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Un commentaire pour Bilan de l’étape du Projet 51 au Rwanda

  1. Holo dit :

    Bonjour,

    Merci pour le travail formidable que vous faites. Je ne sais pas si ma remarque est pertinente mais dans votre présentation, à la place des femmes d’affaires, je m’attendais à ce que vous précisez que le pays est celui qui compte la plus forte proportion de femmes parlementaires.

    J'aime

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