Rencontre avec les membres de l’ONG Unies vers’elles à Dakar (Sénégal)

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Deux jours avant de quitter Dakar, nous avons eu l’occasion de visiter une structure mise en place par une association au nom évocateur : « Unies vers’elles ».

Cette structure, qui porte elle-même le nom de « La maison rose », accueille des femmes en situation de grande précarité. Elle se situe dans les quartiers les plus défavorisés de la banlieue dakaroise, Pikine et Guediawaye.

Loin du rythme effréné et de l’aisance matérielle des quartiers chics de la capitale, vivent 2 millions de personnes. Certains font plus de 2h de trajet quotidien pour gagner quelques francs à Dakar avec de petits boulots, d’autres n’ont jamais vu la « vraie ville ».

Là-bas, à l’opposé des constructions modernes et luxueuses de Dakar, on trouve peu d’écoles, peu ou pas d’événements culturels, peu ou pas de terrains de sport, peu ou pas de bibliothèques.

Madame Mona Chasserio, Présidente de l’association, nous raconte qu’elle a choisi cette zone et ses habitants pour aller « au plus près de la souffrance », y compris celle qu’on ne voit pas et dont les politiques publiques oublient trop souvent de s’occuper.

En France, elle a eu l’occasion de voir, de vivre et de travailler avec des femmes de la rue, notamment via l’association Coeur de femmes. La question qu’elle s’est posée et qui est à la source de son engagement est simple mais efficace :

« Quels enfants vont-elles mettre au monde aujourd’hui ou demain ? »

Dès cette prise de conscience, elle se concentre sur un objectif : trouver les mécanismes capables de casser ce cercle vicieux de la pauvreté, de sauver les femmes qui peuvent encore l’être (et leurs enfants) en les faisant guérir.

Pour cela, elle est persuadée qu’elles doivent comprendre qui elles sont, ce qu’elles veulent faire et regagner confiance en leurs possibilités et en l’avenir. Une guérison lente et progressive, qu’il faut accepter comme telle pour une action efficace, une « transformation du négatif en positif ».

Concrètement, elle a développé toute une série d’activités, proposées aux femmes accueillies au centre avant même d’entreprendre des formations et une réinsertion économique, professionnelle et sociale. Un véritable accompagnement personnalisé avec des moments de dialogues, de sport (yoga et danse notamment), de partage.

Nous avons eu l’occasion de parler à plusieurs des femmes accueillies et leurs parcours se révèlent assez proches.

L’exode rural et des épisodes de sécheresse les ont poussées à quitter leur village et à rejoindre Dakar pour trouver de quoi vivre. Mais, comme dans beaucoup de pays du Sud, la vie n’est pas forcément plus facile dans une grande ville, notamment en débarquant sans contact, sans ressource et sans qualification.
Commence alors une survie quotidienne, dans les quartiers déshérités et dans une précarité qui fait de chaque accident de la vie un choc brutal pouvant entraîner une chute sans filet, parfois jusque dans la rue. A partir de là, ce n’est qu’un enchaînement de drames entre les violences et viols, la prostitution, les grossesses non désirées, la malnutrition, les maladies, etc.

D’ailleurs, la présidente insiste sur le problème du contrôle des naissances dans la zone péri-urbaine. Les femmes n’ont pas les moyens financiers d’utiliser des méthodes modernes de contraception et, avec la recrudescence des viols et de la prostitution, les grossesses non désirées, y compris chez les jeunes filles, sont foison.

Or, au Sénégal, l’avortement reste interdit par la loi et réprimé par les autorités religieuses, même en cas de viol. Dans les faits, quelques femmes réussissent à avorter quand plusieurs médecins sont d’accord pour dire que la grossesse menace directement la vie de la femme, mais cela concerne uniquement une élite qui peut se permettre de payer les frais des cliniques privées de Dakar.

Effet direct d’une législation très restrictive et de l’absence d’éducation sexuelle : l’avortement est pratiqué clandestinement dans de mauvaises conditions d’hygiène. Selon un rapport de l’OMS, il causerait 8 à 13% des décès maternels et constituerait, avec l’infanticide, 38% des causes de détention des femmes dans les prisons sénégalaises.

En surfant un peu sur le web depuis n’importe quel cybercafé, on trouve rapidement des sites indiquant comment avorter soi-même (avec des méthodes extrêmement brutales et dangereuses comme se jeter du haut d’un escalier, mélanger certains médicaments causant des ulcères, etc.) ou comment avorter « à l’arrière d’une pharmacie » à bas prix (à partir de 10 000 FCA, soit 15 €).

Dans le quartier il est, selon Madame Chasserio, impossible d’ignorer le problème :
« Tu vas sur les poubelles, tous les jours il y a un bébé ou deux. Quand ils ont nettoyé le quartier la semaine dernière, ils ont trouvé une soixantaine de bébés mort. C’est effroyable. »

C’est aussi pour éviter d’en arriver là que l’association existe. Madame Chasserio nous explique que s’il y a de plus en plus de maisons consacrées aux enfants à Dakar, il n’y en avait aucune qui soit consacrée aux femmes. Au début, les gens la voyaient comme une maison de prostituées, mais elle a fini par s’imposer comme une référence et des bailleurs majeurs tels que Unicef France et ONU Femmes soutiennent aujourd’hui financièrement l’association.

On sort de ce rendez-vous surpris par les efforts faits pour individualiser l’accompagnement de chaque femme selon son parcours, sa région d’origine, sa langue natale, son ethnie d’origine, son tempérament, etc. On a vu des femmes qui reprennent des forces et dont on ne soupçonnerait pas le quart des difficultés (et le mot est faible !) qu’elles ont endurées avant d’atterrir ici.

On trouve salutaire la volonté de Madame Chasserio de vouloir laisser s’exprimer les souffrances des femmes les plus pauvres, habituellement cachées. Son plaidoyer consiste aussi à les faire écouter et entendre à la société sénégalaise comme aux responsables politiques et religieux.

On finit par une phrase de Madame Chasseiro pour décrire la vie à La maison rose :
« Ici on vit l’essentiel, c’est une maison de valeurs, où on fait passer la personne avant les apparences, où on favorise le vivre ensemble et l’entraide mutuelle. »

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