Rencontre avec le groupement féminin CEEDD Thiès (Sénégal)

Femmes teinturières du groupement CEEDD Thiès (Sénégal)

Femmes teinturières du groupement CEEDD Thiès (Sénégal)

Cette semaine, nous avons rencontré l’une des références quand on parle de groupement féministe au Sénégal : le CEEDD Thiès, association de 18 femmes sénégalaises dont l’activité se décline en 5 thématiques : micro-jardinage, art et artisanat, microcrédit, santé et éducation. Nous avons discuté avec la Présidente, la Comptable, plusieurs volontaires français et 5 femmes tisseuses. Un après-midi riche en enseignements.

« Le mouvement associatif est surtout féminin, car c’est un espace de dialogue et de communication, de retrouvailles au-delà de la maison ».

Depuis des décennies, avant même la naissance de la Grameen Bank et la création du microcrédit tel que l’avait pensé Muhammad Yunus (économiste bangladais), il existe un principe très répandu sur le continent africain : les tontines. Il s’agit d’un système coopératif d’épargne permettant aux femmes d’épargner ensemble, quotidiennement, une somme donnée afin de recevoir, à l’échéance de leur cycle d’épargne, une sorte de salaire mensuel pouvant être utilisé pour financer des dépenses ou investissements importants.

C’est de ce système et de la fusion de plusieurs petits groupements de femmes qu’est issu le CEEDD, dont le but originel était l’aide aux femmes évoluant dans le secteur informel, et dont la mission s’est étendue depuis lors.

Ainsi, un projet de micro-jardinage d’envergure a été mis en place. Le principe est simple : dans l’environnement urbain de Thiès où les légumes sont plus chers et l’accès à la terre plus complexe qu’en milieu rural, il s’agit de procurer aux femmes une autre source de revenus et de denrées alimentaires en leur fournissant des semences et des tables de micro-jardinage (des carrés de terre placés dans des pots en plastique issus du recyclage et eux-mêmes positionnés sur une structure en bois pour les surélever). L’adhésion des femmes de la localité n’a pas tardé et aujourd’hui on compte plus de 360 bénéficiaires qui se forment à ces techniques et les utilisent au quotidien.

Autre grand nouveau projet du CEDD : une entreprise sociale dont le but est de produire du prêt à porter « 100% made in Sénégal et 100% bio » avec des tissus africains a été récemment créée et regroupe 18 femmes sénégalaises, couturières ou teinturières. Nous avons eu l’occasion de discuter avec 5 d’entre elles afin qu’elles nous livrent leur vision de la femme sénégalaise… Voici les apprentissages de nos échanges, axés sur le travail des femmes :

Les hommes n’étant plus en mesure d’assurer seuls les dépenses de la famille, l’exercice d’une activité rémunérée (dans le secteur formel comme informel) est devenu quasi inévitable pour la majorité des femmes sénégalaises. Cette évolution gagne aussi les villages, entraînant des migrations économiques temporaires de jeunes filles voire de certaines mères de famille vers les villes où elles trouvent plus facilement un emploi.

Mais alors que le temps de travail rémunéré tend à s’égaliser entre hommes et femmes, l’inégalité reste criante (et largement défavorable aux femmes) en ce qui concerne le travail domestique (bien sûr non comptabilisé et non rémunéré, comme un peu partout ailleurs).

Au Sénégal, faire la lessive, préparer le repas, nettoyer la maison, s’occuper des enfants sont des tâches encore exclusivement réservées aux femmes. A tel point que quand nous avons passé une nuit dans un village à proximité de Fatick et qu’Alexandre a commencé à travailler à la lessive collective avec Marion, les femmes ont ri et demandé à leurs filles d’aller les aider…et presque de prendre la place d’Alexandre !

Ce décalage entraîne une réelle surcharge de travail pour la femme sénégalaise. Toutes les femmes nous répètent avec insistance qu’elles doivent chaque jour se lever tôt et se coucher tard, sans jamais pouvoir prendre de repos. Bien sûr, par rapport à nos pays, l’entrée dans la vie active n’a pas été soulagée par les gains de temps permis par les innovations technologiques telles que la machine à laver !

« Quand l’homme rentre du travail, même si c’est avant nous, il s’assoit tranquillement, se repose, et attend qu’on arrive et qu’on le serve. Même nos fils sortent jouer dans la rue alors que nos filles passent directement à la cuisine ou à la lessive. »

Ce qui est était saisissant pour nous, c’est que même les tâches nécessitant une grande force physique sont effectuées par les femmes. Si ce sont les hommes qui font le gros des récoltes, ce sont les femmes qui, au quotidien, sont courbées dans les champs pour les entretenir. Ce sont elles aussi qui puisent l’eau dans les puits et la transporte ensuite pendant des kilomètres sur leur tête, comme les bois de chauffe qu’elles réussissent à couper.

Et quand on demande pourquoi même les garçons ou les hommes jeunes inoccupés ne participent pas à ce type d’activités, on nous répond que c’est aussi inimaginable pour une femme de demander de l’aide que pour un homme de participer à ce genre de corvées.

Pour la Présidente du CEEDD, « c’est un phénomène culturel, à tel point qu’on le fait parfois sans même s’en rendre compte » et les rares cas où les hommes participent aux tâches domestiques c’est avant tout parce qu’il y a plus de fils que de filles dans la famille….

Et pour finir, quand on lui demande ce qu’elle souhaite pour la femme sénégalaise du XXIème siècle, notamment en termes de politiques publiques, elle nous répond avec aplomb :

« Je ne demande pas une attention particulière pour les femmes. Dans les discours, on ne parle que des femmes. Il faut des actes et il faut avant tout que les femmes soient davantage instruites. Sinon, on aura beau faire des plaidoyers, on ne pourra rien faire faute de compétences. La priorité se trouve dans le maintien des filles à l’école et leur accès à toutes les filières. »

Un vœu qui rejoint celui des femmes tisseuses qui placent leur espoir dans l’éducation de leurs filles pour que celles-ci aient une position et une vie plus confortable que la leur.

En attendant, au Sénégal, 43% des Parlementaires sont de sexe féminin, ce qui en fait le 7ème pays du monde en la matière, loin devant la France. Et même si ça ne concerne que les femmes d’une certaine élite, la Présidente du CEDD reconnaît que c’est une avancée importante et que les ONG ont joué un grand rôle dans l’accès des femmes aux postes de décision.
Avec sa structure, elle travaille avec des femmes issus de milieux plus défavorisés et espère favoriser leur autonomisation économique. Dans cette entreprise, on ne peut que la soutenir, elle et toute son équipe !

Nous tenons aussi à remercier Natasha de Développement Sans Frontières et Audrey de France Volontaires Sénégal (EV Sénégal) pour nous avoir mis en réseau avec le CEEDD. Et, bien sûr, nous sommes reconnaissants envers tous les membres du groupement qui nous ont accordé un peu de leur temps pour nous exposer leur vision de la femme sénégalaise d’aujourd’hui, d’hier et de demain !

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