Rencontre avec Katy N’Dione, membre du groupement de femmes qui gère de la réserve communautaire de Popenguine

Rencontre avec Katy N’Dione, Membre de la Réserve Communautaire de Ker Cupaam, seule réserve du pays qui soit gérée par un groupement de villageoises (voir notre texte d’hier).

La naissance de la réserve…
« Avant, nos parents rentraient dans la brousse pour couper pour les bois de chauffe, pour chasser. Quand on a vu les parcs nationaux ici, on les a vus en train de planter des arbres. Comme on n’avait pas l’habitude de le faire, on est allés vers eux pour leur demander ce qu’ils étaient venus faire ici et ils nous ont dit qu’ils étaient venus régénérer cette brousse.
On s’est dit : pourquoi pas nous ? On savait que c’est nous qui avions détruit cette brousse, alors si vous êtes venus pour la régénérer, on est partants.
On a fait deux réunions avec les agents des parcs, au bureau et au village. On a fait des cartes de membres à 500 FCFA (0,75€) pour savoir qui voulait travailler. On a commencé à travailler bénévolement. On était 125 membres. »

Les réactions au sein du village…
« Vous savez que travailler bénévolement, surtout dans l’environnement, ce n’est pas un grain qu’on sème et qu’on récolte demain. Et nos maris n’étaient pas d’accord. On venait travailler chaque jour mais on avait beaucoup de problèmes dans nos foyers.
Les gens disaient : « vous laissez votre femme travailler dans la brousse, elles ne vont rien gagner, au lieu d’aller faire du commerce, gagner de l’argent, elles vont régénérer la brousse pour les singes. »
Mais on n’a pas écouté, on était très têtues et chaque jour on allait travailler. »

La naissance du campement touristique…
« La Fondation Nicolas Hulot est venue nous rendre visite et ils nous ont vues travailler très dur et récolter beaucoup de légumes.
Ils nous ont demandé quelle aide on voulait, car ils croyaient qu’avec de l’aide on pouvait obtenir des résultats. On a dit qu’à Popenguine il y avait beaucoup de passage et un seul lieu d’hébergement. Eux, ils avaient même été logés par le curé. Au total ils nous ont donné 8 millions FCFA (environ 12 000€), et on a construit des cases pour faire un campement touristique. »

L’extension du groupement à d’autres villages…
« Au début, quand on travaillait dans la réserve, on plantait des arbres et des gens d’autres villages qui ceinturent la réserve rentraient et coupaient des arbres. On est allées sensibiliser les consœurs des autres villages sur la gestion de l’environnement. On prenait un village et on passait la journée. On donnait de l’argent pour préparer le déjeuner, on allait manger avec eux sous l’arbre à palabre, on faisait le thé et on faisait passer nos messages sur la protection de l’environnement. A chaque fois on allait voir le chef de village, l’imam et les autorités du village. On a convaincu 8 villages et on a formé un groupement de 1555 femmes qui ceinturent la réserve. Actuellement on travaille ensemble. »

La répartition des bénéfices…
« On fait une réunion et on choisit ce qu’on fait de l’argent. Tout le monde doit en profiter. Les femmes qui travaillent bénévolement ne reçoivent pas de salaire direct par rapport à leurs activités, sauf les sept qui travaillent régulièrement au campement.
Au début on s’est dit, à Popenguine tous les enfants de ce village sont nos enfants. Quand les enfants sont malades, c’est les mamans qui s’en occupent, quand les enfants vont à l’école c’est les mamans qui s’en occupent. On n’a qu’à prendre 30% de nos bénéfices pour les femmes qui travaillent au campement, 10% pour la santé, 10% pour l’éducation, 10% pour les actions sociales du village, et le reste dans la caisse. »

Le tourisme et son impact économique…
« Actuellement il n’y a pas assez de touristes qui passent. On voulait faire une cafétéria, mais pour l’instant on ne peut pas le faire parce qu’on n’a pas assez de clients. Avec Ebola, la guerre au Mali, ça a eu un mauvais effet sur les touristes alors qu’il n’y a pas ces problèmes au Sénégal. Et il y a de nouveaux hébergements qui nous font de la concurrence. »

Et les hommes dans tout ça ?
« Il y a des gens qui disaient à nos maris : « laissez vos femmes travailler et les agents des parcs vont coucher avec elles ». Mais quand nos maris ont vu que la Fondation nous a financées, on les a pris comme maçons, menuisiers, charpentiers, et nous on les a payés ! »

Les relations avec le gouvernement…
« On a demandé au gouvernement de nous faire une réserve communautaire. Et maintenant tous les bénéfices reviennent aux populations qui disaient que nous sommes folles. On a signé un protocole d’accord avec le gouvernement et toutes les recettes nous reviennent, c’est le seul parc à fonctionner comme ça au Sénégal. »

Le travail bénévole et la gestion du foyer…
« On se lève très tôt. Quand on allait à la lagune, c’était à deux heures de marche. On partait avec nos enfants sur le dos, l’eau sur notre tête. On travaille beaucoup.
Ce qui nous a motivées le plus c’est qu’on travaille pour nos enfants. On prépare les pépinières de demain. Ils voient ce que leurs mamans sont en train de faire. On ne travaille pas pour gagner de l’argent mais pour le village et pour nos enfants.
Les hommes n’acceptent pas facilement de travailler bénévolement, ils veulent l’argent tout de suite. »

Les futures générations…
« On sait que nos forces vont bientôt nous quitter, donc on a impliqué les écoles sur la gestion de l’environnement. Chaque année, on fait un programme avec les professeurs pour que les enfants sachent ce que leurs mamans sont en train de faire. Actuellement, toutes les écoles sont impliquées, et les professeurs viennent faire des cours dans la réserve. »

La cohabitation Musulmans / Chrétiens dans le village…
« On ne peut pas se diviser dans ce village, on est les mêmes familles. Vous rentrez dans une famille, la moitié est musulmane, la moitié est chrétienne. On fait les fêtes ensembles. C’est pour ça que certains sont musulmans et portent des noms de chrétiens. Des enfants musulmans peuvent te chanter le catéchisme. Quand il y a des travaux à faire à l’église les musulmans y vont, quand il y a des travaux à faire à la mosquée les chrétiens y vont. On se marie entre musulmans et chrétiens, chacun garde sa religion, on fait le mariage à la mairie et nos fêtes après. Il ne peut pas y avoir de problème entre nous.  »

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