Premières impressions en Mauritanie

Parc national du Banc d'Arguin, Mauritanie

Parc national du Banc d’Arguin, Mauritanie

« Il y a deux catégories de personnes pour qui la vie est particulièrement rude en Mauritanie : les hommes Maures Blancs, car leurs femmes les mènent à la baguette, et les femmes Négro-Mauritaniens, car les hommes leur rendent la vie dure »

Au cours de ces premiers jours dans le pays, nous avons eu l’occasion de rencontrer un bon nombre de personnes : des Mauritaniens bien sûr, qu’ils soient chauffeurs de taxi, policiers, pêcheurs ou commerçants ; mais aussi des Français, des Espagnols, des Sénégalais, des Ghanéens, des Allemands, des Libanais ou des Nigériens, qu’ils soient pilotes de ligne, volontaires en ONG, personnels diplomatiques, militaires en mission ou gardiens de nuit.

Notre première observation, c’est celle-ci : la Mauritanie, c’est compliqué. On n’est pas spécialistes, mais ce pays est sans doute le seul au monde dans lequel se côtoient 3 groupes ethniques distincts, qui chacun représente plus de 30 % de la population totale.

A ce titre, ici plus encore qu’ailleurs, dur de caractériser la femme mauritanienne. Celle-ci est arabo-berbère, Haratine, Wolof ou Peul. Elle parle hassaniya, peul, wolof, français ou arabe. Elle vit dans un appartement en béton au cœur de la chaleur étouffante de Nouakchott, sous une tente en plein milieu du Sahara ou dans une petite maison de bois et de tôle aux abords du fleuve Sénégal. Elle est le pilier d’un foyer moderne et moderniste, ou l’affiliée aux tâches domestiques d’une famille nombreuse.

Non seulement les groupes qui composent la Mauritanie sont très distincts, mais en plus ils se mélangent peu. Le patron d’épicier est bien souvent blanc alors que son commis est noir. Le policier est blanc, mais le pêcheur est noir. Le gérant de boutique est blanc, le vendeur ambulant au marché est noir. C’est par moment intriguant, voire gênant, pour l’œil occidental. On a l’impression d’observer plusieurs cultures qui partagent la même parcelle de terrain qu’est le territoire mauritanien, mais sans vraiment se côtoyer. Pour ne rien arranger, il est très, très compliqué de nouer des relations avec des Maures Blancs. Plusieurs personnes installées ici depuis des mois, voire des années, nous ont raconté qu’ils ne connaissaient que très peu de Mauritaniens, mais que ceux-ci étaient adorables dès lors qu’on ne les dérangeait pas et que l’on n’était pas intrusif.

De l’avis de tous, les Maures Blancs ont adopté un système matriarcal. Dans les faits, au marché, dans les taxis partagés, au port de pêche ou dans la rue, force est de constater qu’ils n’occupent que peu l’espace public (à part peut-être dans les restaurants…). Et pourtant, il existe une élite Maure blanche très présente dans les milieux d’affaires, ainsi que parmi les élites politiques du pays (une loi impose des quotas aux partis politiques pour garantir la présence de femmes sur les listes à chaque élection).

Au 3ème jour de notre périple au pays du Petit Prince, nous avons mis le cap au nord, vers le Banc d’Arguin, ses étendues magnifiques et ses communautés de pêcheurs, des Maures Noirs (descendants d’anciens esclaves) appartenant au groupe des Imraguens. Bien sûr, dans nos discussions avec les populations locales, nous n’avons pas manqué de lancer certains sujets que nous comptions bien évoquer dans ces lignes !

En particulier, nous nous sommes intéressés au mariage. Comment se marie-t-on dans un village comme Iwick, qui ne compte que 55 familles ?

Pas forcément de manière forcée ou arrangée, mais avec un certain formalisme tout de même : c’est ici l’homme qui demande la femme en mariage, et négocie avec elle la dot qu’il doit payer à la famille de la femme. Une dot, ça coûte cher (parfois même jusqu’à 3 millions d’Ouguiyas, ou 9 000 € !), et bien sûr cela « revalorise » économiquement le poids de la femme dans le pays (oui, c’est horrible à dire, mais pourtant c’est vrai). Conséquence de ce système de dot : l’homme a tendance à ne se marier que quand sa situation financière lui permet de financer une telle dépense, c’est-à-dire bien souvent au-delà de 30 ans. La fille, elle, n’a pas cet impératif, et notre interlocuteur imraguen nous a bien expliqué qu’il est fréquent de les marier dès 10 ou 11 ans… Cette discussion, nous l’avons eu en prenant le thé avec un pêcheur, pendant que dans un coin de la pièce, se tenait une jeune fille discrète, de 13 ou 14 ans, qui avait une alliance à l’annulaire…

Nuançons tout de suite ce constat : un peu plus tard, nous avons entendu un chauffeur (Maure Blanc vivant à Nouakchott) nous expliquer qu’il souhaitait, lui, voir sa fille finir ses études et entrer dans la vie active avant de se marier. Voilà qui est révélateur de la différence qu’il peut y avoir entre un pêcheur, Maure Noir, vivant à plus de 50 kilomètres de la première route goudronnée, et un chauffeur, Maure Blanc, vivant dans la capitale.

Ce qui ressort en grand, et c’est une constante dans chaque communauté, c’est l’extrême séparation des rôles entre l’homme et la femme. Chez les Imraguens par exemple, c’est l’homme qui pêche toute la journée, et sa femme qui sèche le poisson et le cuisine.

Enfin, comme au Maroc, on se rend compte d’un fort cloisonnement entre hommes et femmes. Cela nous fait drôle de voir un Mauritanien serrer chaleureusement la main d’Alexandre et Aymeric, avant de faire un geste de la main furtif pour saluer Marion…

Voilà pour nos premières impressions sur la Mauritanie. On ne va pas se mentir : ce pays est compliqué. Il est très ardu de parvenir à faire parler les populations locales sur des sujets tabous tels que l’esclavage ou les relations entre communautés.

Dans les jours à venir, nous aurons l’occasion de rencontrer différentes associations féministes, à Nouakchott et dans le reste du pays. On tient à remercier Djibrilla et Awa de France Volontaires Mauritanie, qui nous ont rendu d’immenses services et sont en train de permettre le bon déroulement du Projet 51 sur le territoire mauritanien !

Parc national du Banc d'Arguin, Mauritanie

Parc national du Banc d’Arguin, Mauritanie

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