Rencontre avec la Présidente de Solidarité Féminine, Madame Aïcha Ech Channa, au Maroc

Photo de groupe avec Madame Aïcha Ech Channa

Ce mercredi 30 septembre, premier jour de notre périple, marquait aussi notre première rencontre du Projet 51. Cette rencontre, c’est celle d’avec une grande dame de 74 ans, dont les 56 dernières passées à militer pour la cause des femmes dans son pays, le Maroc. Aïcha Ech Channa est un sacré brin de femme, douce et forte en même temps, qui nous cite souvent comme références Soeur Emmanuelle ou l’Abbé Pierre, d’autres personnes en capacité, par leur prise de position, de tenir la société en éveil. Madame Channa a parlé à beaucoup de grands de ce monde, de François Hollande à Mohamed VI. Ce mercredi, elle nous a fait l’honneur de partager près de 4 heures de son temps avec nous.

Aïcha Ech Channa est la présidente de Association Solidarité Féminine (ASF), association qui fêtera l’an prochain son 30ème anniversaire, et qui se destine à l’aide et à l’assistance aux mères célibataires. Au départ de ce combat, une réalité : celle d’une société où une femme qui, tombée enceinte suite à des fiançailles, une amourette ou même un viol, se trouve exclue, au ban de la société. « Aujourd’hui encore, dans de nombreuses familles marocaines contemporaines, le cri d’un bâtard porte malheur à celui qui l’entend », nous explique Madame Channa…

Brimades, exclusion sociale, bastonnade par le père ou le frère : le portrait que nous dresse Madame Channa des raisons qui poussent une mère célibataire à venir à Solidarité Féminine est éloquent. Certaines femmes vont même jusqu’à être poussées à la prostitution par leur famille, qui voit en le plus vieux métier du monde un moyen de trouver de quoi remplir la panse du petit d’homme non désiré.

Concrètement, la mission de Solidarité Féminine est à l’origine d’un travail de longue haleine, visant à aider tant la mère célibataire, à qui sont prodigués des cours d’alphabétisation et des formations pour lui permettre de s’insérer professionnellement, qu’à venir en aide à son enfant, en le gardant au sein du centre et donc en permettant à la mère de poursuivre sa formation et d’aller vers une véritable autonomie financière, ce qui lui permet, bien sûr, de pouvoir garder son enfant et de lui assurer un avenir.

50 mères et 50 enfants par an sont aujourd’hui aidés par l’association. Depuis la naissance de Solidarité Féminine, ce sont près de 1242 vies humaines qui ont été transformées, sans oublier de mentionner les 7350 autres ayant été accueillies, orientées et aidées par le centre d’écoute. L’association a, entre autres, été récompensée par le Prix des Droits de l’Homme de la République Française en 1995.

Bien sûr, en tant que créatrice et présidente de l’une des premières associations féministes du Maroc, Madame Channa est au coeur du processus d’évolution de la société. Elle en est un témoin privilégié, et ses histoires sont intéressantes, et particulièrement révélatrices.

Ainsi de cette universitaire de Casablanca, qui, surprise de ses maux de tête et de ventre récurrents, a pris contact avec le centre d’écoute de Solidarité Féminine dès lors qu’elle avait appris la raison de ces problèmes : elle était alors… enceinte depuis 5 mois, sans vraiment comprendre pourquoi ni comment. La méconnaissance absolue que peut avoir la jeune fille marocaine de son propre corps est quelque chose de prégnant en raison des nombreux tabous encore existants et du manque total d’éducation sexuelle dans les écoles.

C’est une belle histoire que celle de Madame Channa, et de Solidarité Féminine. Pour élargir notre vision, elle nous a fait part de son point de vue sur la société marocaine d’aujourd’hui, car, hé oui, Solidarité Féminine est aussi une association de plaidoyer, choquée qu’aujourd’hui encore, une copie intégrale de l’acte de naissance soit obligatoire pour passer de nombreux concours, avec les conséquences que cela peut avoir pour des Marocains et Marocaines de père inconnu…

On ne manquera pas de vous parler demain du regard que porte Aïcha Ech Channa sur la société marocaine. Mais, en attendant, on se quitte sur une jolie phrase qu’elle a prononcée, alors qu’elle s’exprimait sur le montant colossal que peuvent dépenser certains de ses compatriotes pour effectuer le pélerinage à La Mecque :

« Le pélerinage peut exister ici ; si je permets à quelqu’un de vivre dans la dignité, c’est pas un pélerinage ça ? »

Pour nous, en tout cas, ces 4 heures, en quelque sorte, l’ont été.

Siège et centre d'accueil de l'Association Solidarité Féminine à Casablanca (Maroc)

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2 commentaires pour Rencontre avec la Présidente de Solidarité Féminine, Madame Aïcha Ech Channa, au Maroc

  1. Je vois que le voyage a bien débuté avec une recontre trés interessante. Un plaisir de vous lire. Nathalie

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  2. Hourville dit :

    Bonjour ! Bien d’accord avec le commentaire précédent (de Nathalie) : un vrai plaisir de vous lire !
    Nous aimerions même vous lire un peu plus… Pas de nouvelles depuis votre première publication : j’espère que tout va bien ?
    Amitiés

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