Bilan de notre étape en Inde (par Marion)

1 mois et demi après, Marion revient sur notre étape indienne pour vous parler de son expérience de voyage en solo et surtout des Indiennes !

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Difficile de résumer 4 semaines passées  en Inde  en quelques paragraphes. Pour être honnête, ce texte me paraissait au départ si laborieux qu’il s’est un peu fait attendre…

Heureusement, Aymeric avait su trouver les mots pour vous raconter cette Inde fascinante, vibrante, stimulante, éblouissante que nous avons découverte et tout de suite appréciée.

Je ne tenterai donc pas un nouveau carnet de route. Il n’aurait d’ailleurs que peu d’intérêt, car même si j’ai voyagé sans les garçons en Inde, mon expérience sur la route en tant que femme n’est pas si différente de la leur. Ni davantage protégées, ni particulièrement menacées, les femmes occidentales doivent certes intégrer certains risques sécuritaires à leur agenda et prendre plus de précautions qu’un homme, ne serait-ce que pour leurs déplacements de nuits, mais cela vaut (malheureusement) pour de bien nombreux pays.

Comme impression de voyage, j’ajouterai simplement au récit précédent la brutalité des écarts entre les différents groupes sociaux, qui m’a marquée ici beaucoup plus qu’ailleurs. Ces écarts si colossaux qu’ils paraissent bien souvent infranchissables, et le mépris social banalisé et ambiant qui les accompagne. Ce n’est pas le beau côté de l’Inde, c’est quelque chose dont on aimerait ne pas être témoin, qui dérange, qui fait réagir, bien plus selon moi que les odeurs d’urine au soleil, aussi désagréables soient elles.

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Mais laissons maintenant aux femmes indiennes la place de sujet principal de ce texte. Parce qu’après tout, elles sont, un peu comme les Ethiopiennes et les Iraniennes, une des raisons d’être du Projet 51, tant il nous semblait intéressant d’aller voir par nous-mêmes ce que signifie être une femme aujourd’hui dans ces coins du monde.

Malheureusement, encore une fois, et plus encore que pour les femmes mauritaniennes, vous parler de la femme indienne s’annonce compliqué. C’est simple : il est quasiment impossible de généraliser quoi que ce soit quant aux conditions de vie de la femme indienne tant celles-ci varient selon sa caste, sa classe sociale, sa religion, sa région, sa situation familiale, sociale et économique.

D’ailleurs, notre fidèle Guide du Routard affirmait qu’il n’était pas possible de dire ce que signifiait « être une femme en Inde », en dehors du fait qu’au moins dans sa catégorie sociale, elle reste une citoyenne de second rang. Pas très optimiste, pour cette fois, notre Routard…

Même en tant que femme, et même si les femmes sont plus nombreuses dans les rues qu’au Bangladesh, je n’ai eu que très peu d’interactions prolongées avec des Indiennes, et les garçons aucune interaction notable. Mine de rien, ça en dit déjà assez long sur la place des femmes dans la société indienne…

Alors oui, on a opté pour une vision positive de l’Inde dans nos premiers textes, et on continue à y croire au fond de nous, mais en ce qui concerne ses femmes on se doit aussi d’être réalistes, même lorsque ces réalités, quasi inaccessibles à la plupart des visiteurs, heurtent l’image du pays.

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En effet, en trompe l’œil, l’Inde connaît des cas de réussites féminines. L’exemple sans cesse recyclé en la matière, c’est celui de Madame Indira Gandhi. Assassinée au pouvoir en 1984 suite au conflit avec la communauté sikh favorable à l’indépendance du Penjab, elle a été Premier Ministre à deux reprises. C’est vrai, elle, mais aussi d’autres femmes de l’élite indienne, ont pu occuper de hautes positions.

Mais à quel % de la population appartiennent-elles ? Peut-on vraiment croire plus d’une minute qu’elles sont représentatives des 51% dont on veut vous parler ?

Indira Gandhi, même si elle n’a aucun lien de parenté avec LE Gandhi que tout le monde connaît, n’est ni plus ni moins que la fille  du célèbre Jawaharlal Nehru, l’autre « père » de l’indépendance indienne. En cela, elle n’est qu’un autre élément, certes féminin, de la « machine » Nehru qui a monopolisé le pouvoir pendant 37 années quasi consécutives.

Mieux que ce cas particulier, je pense qu’un chiffre et une pratique nous obligent à faire face aux réalités de la condition des femmes indiennes.

Depuis maintenant 9 mois, on vous raconte la vie des 51% de l’humanité des pays qu’on traverse, mais en Inde on estime qu’il « MANQUE » environ 50 millions de femmes dans la population. Un « manque » qui fait que les femmes indiennes sont loin de représenter les 51% de la population indienne, et que leur proportion diminue de plus en plus.

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Alors, d’où vient ce « manque » ?

Bien sûr, rien de « naturel » ne permet d’expliquer que les femmes indiennes mettent à ce point plus de garçons au monde que les femmes du reste du monde.

Ce « décalage » réside entièrement dans l’infanticide féminin, c’est-à-dire le fait de tuer les filles avant, à ou après la naissance, de sélectionner de manière délibérée la naissance et la vie des garçons.

En moyenne, au niveau mondial, il naît 105 garçons pour 100 filles. En Inde,  ce ratio est de 109 garçons pour 100 filles, avec de bien tristes records dans certaines villes ou régions.  Dans l’Haryana, un Etat du Nord parmi les plus touchés par ce phénomène avec le Penjab, l’Etat de Delhi et le Rajasthan, en 2011 on ne comptait que 861 femmes pour 1000 hommes.

 Comment s’organisent des pratiques d’infanticide féminin à grande échelle ?

Concrètement, certains couples préférant donner naissance à un garçon plutôt qu’à une fille pratiquent des avortements tardifs (voire très tardifs) dès que l’échographie révèle le sexe de l’enfant. Contre toute attente, ceux-là sont majoritairement des couples aisés, éduqués, urbains.

Les autorités indiennes ont pourtant réagi pour contrer ces pratiques qui semblent d’un autre âge et qui ont pourtant si bien su tirer profit des nouveaux moyens technologiques. La pratique des tests de détermination du sexe de l’enfant est tout bonnement et simplement interdite et punie par la loi depuis 1974. Aucun établissement de santé, aucun médecin, n’est censé les  pratiquer. J’ai eu l’occasion de me rendre dans une clinique à Kolkata et de constater sur les murs des panneaux rappelant cette loi. Assez éloquent…

Malheureusement, la corruption et la facilité à se procurer le matériel nécessaire à la pratique d’une échographie aidant, des médecins peu scrupuleux et des cliniques privées itinérantes continuent à pratiquer ces tests à l’abri des regards, et à organiser les avortements à la chaîne qui s’en suivent.

Certaines cliniques proposent même des  « packages » échographie et avortement du fœtus fille pour moins de 5.000 roupies (65 €). Même des familles modestes préfèrent parfois dépenser ces sommes plutôt que d’avoir une fille. Certaines publicités, très connues des populations bien qu’interdites, vont jusqu’à adopter ce slogan obscène : « mieux vaut dépenser 5.000 roupies (ou 500 roupies, selon les versions) maintenant que 50.000 roupies plus tard » (pour payer une dot au moment du mariage).

Existent aussi d’autres « méthodes » pour les couples malgré tout trop pauvres pour ce type de « sélection ». Elles sont toutes des plus cruelles : tuer la petite fille à la naissance (étouffement, noyade, absence totale de soins, alcoolisation en vue de provoquer une diarrhée mortelle, etc.), ou la laisser mourir à petit feu dans ses premières années de vie.

Moins nourries, moins soignées, plus maltraités que les petits garçons aux côtés desquels elles grandissent, entre 1 et 6 ans leur taux de mortalité est trois plus élevé, alors qu’en temps normal le taux de mortalité des garçons est supérieur, ce qui atténue le déséquilibre démographique lié à leur surreprésentation à la naissance.

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Pourquoi l’infanticide féminin en Inde ?

Un proverbe indien particulièrement révélateur : « élever une fille, c’est arroser le jardin du voisin ».

Et oui, c’est la faille d’un système où la famille de la fille paye seule  la dote à la famille du futur mari, dans une société où le mariage est un élément incontournable de la vie, dans une société où les valeurs matérialistes et consuméristes qui progressent ces dernières années font très significativement augmenter le montant des dots.

Bizarre, quand on sait qu’en théorie (et seulement en théorie) le versement d’une dot est illégal depuis 1961. Bizarre, quand on n’observe pas ce type de « sélection » dans les pays, y compris pauvres, où la dote est payée par la famille de l’homme…

C’est aussi la faille d’une société où la « lignée » de la famille se transmet exclusivement par les fils, au niveau du nom comme de l’héritage. Anecdote parlante : au moment du mariage, on souhaite à une femme de mettre au monde des fils, mais aucune fille, qui serait un signe de malédiction, de honte.

Fait révélateur : on observe une forte pratique de l’infanticide féminin dans les régions du Penjab et du Rajasthan, pourtant parmi les plus riches d’Inde car les mieux dotées naturellement. Là-bas, la richesse tient à la possession des terres agricoles, et une famille peut perdre toutes ses terres en une génération si la mère donne naissance à des filles plutôt qu’à des fils…

Enfin, c’est la faille d’une religion, la religion hindoue, où, traditionnellement, c’est le fils qui embrase le bûcher funéraire de ses parents, faute de quoi leur âme ira de réincarnation en réincarnation, sans jamais trouver le repos éternel du Nirvana. Les filles, les femmes, même en 2016, n’ont pas le droit d’assister à ces cérémonies.

On a pu le constater à Varanasi. Les femmes sont présentes quand le corps est porté à travers les rues jusqu’à son lieu de crémation, puis s’éclipsent, sans pouvoir assister à la suite des rituels au bord des Ghâts…

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 Quelles réactions face à cette pratique ?

En Inde comme à l’international, l’infanticide féminin reste un sujet mineur, alors que la question des castes, par exemple, attire au moins autant l’attention des médias et du grand public. D’ailleurs, quand on aborde le sujet, on retombe parfois sur une des critiques les plus courantes commune avec l’excision : il s’agirait d’un épiphénomène.

Mais comment parler d’épiphénomène quand on observe un tel déséquilibre démographique ?

Comment parler d’épiphénomène quand les effets de cette pratique en Asie suffisent à faire mentir notre nom « Projet 51 » ?

Au niveau mondial, alors que les femmes étaient encore largement majoritaires jusqu’à la moitié du 20ème siècle, et qu’elles le sont encore aujourd’hui en Europe, elles sont de plus en plus minoritaires en Asie, où leur surmortalité et les avortements ciblés pèsent lourd dans le déséquilibre entre les sexes.

L’Inde et la Chine étant de loin les deux Etats les plus peuplés de la Planète et ceux qui pratiquent le plus l’infanticide féminin, cela suffit à faire que, toutes catégorie d’âges confondues, les femmes ne sont plus légèrement majoritaires au niveau mondial, même si elles le redeviennent encore après 40-50 ans en raison de leur durée de vie plus longue. Selon les estimations actuelles, le déficit de femmes pourrait atteindre 200 millions en 2025.

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Note d’optimisme, les prises de position publiques de certaines personnalités indiennes permettent au débat d’éclore.

Depuis 2014, le Premier Ministre indien, Narendra Modi, a débuté une véritable croisade contre l’infanticide. Il a lancé la campagne « Save girls, save the girl child » (Beti bachao, beti padhao), il a décrit le foeticide féminin comme une « maladie mentale », et il a mentionné la « terrible crise » que pourrait engendrer un tel déséquilibre démographique.

Aamir Khan, célèbre acteur bollywoodien, a quant à lui utilisé son talk-show sur la télévision indienne pour lancer un message contre cette pratique. Sa toute première émission avait alors été suivie par 400 millions de téléspectateurs, soit un Indien sur trois !

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Malgré tout, il faudra plus, beaucoup plus de mobilisation pour que cette pratique recule, et probablement des changements de fond dans la société indienne, notamment au niveau de la dot.

En attendant, aujourd’hui, entre 1 et 6 ans, les petites filles ne sont que 914 pour 1000 petits garçons (alors qu’elles sont 927 à la naissance), et toutes catégories d’âge confondues on ne compte que 940 Indiennes pour 1000 Indiens. Ces chiffres vont en s’aggravant d’année en année, et la baisse du nombre d’enfants par femme n’arrange pas forcément les choses puisque l’enjeu de la sélection est exacerbé quand les femmes ont techniquement moins de probabilités de mettre au monde des garçons.

Conséquence logiques de ce déséquilibre croissant : les hommes ont de plus en plus de difficultés à trouver une épouse, notamment les plus modestes. La frustration liée au célibat (dans une société qui ne l’accepte pas) contribue à faire augmenter le nombre de viols, l’ampleur de la prostitution, des réseaux de trafic d’êtres humains qui font venir des filles  des régions où l’infanticide est peu pratiqué ou des pays limitrophes (Népal et Bangladesh notamment)…mais aussi des pratiques de polyandrie, lorsque des frères choisissent par exemple d’épouser une femme commune.

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Mais au-delà du déséquilibre démographique et de ses effets, les filles, les mères et les femmes, il ne faut pas l’oublier, restent les premières victimes de l’infanticide féminin, les premières victimes de la société indienne.

Toutes ces petites filles qui n’auront pas eu la chance de vivre, parce qu’elles ont été avortées ou parce que leur existence a été délibérément écourtée.

Toutes ces mères qui subissent une pression familiale énorme pour mettre au monde des fils, qui doivent se résoudre à des pratiques qu’elles rejettent parfois et qui sont exposées aux violences domestiques (très très nombreux cas de brûlures à l’acide liées à des problèmes de dot ou d’absence d’héritier).

Toutes ces femmes qui, dans certains coins de l’Inde, resteront toute leur vie durant celles qui auraient dû naître « garçon ».

Alors, la situation sera en voie d’amélioration quand, dans les villages où l’infanticide est actuellement pratiqué à grande échelle, on ne pourra plus entendre les gens se réjouir de n’avoir pas été témoin de la naissance d’une file depuis belle lurette.

Quand, quelle que soit la classe sociale de l’Indien en face de vous, il ne pourra plus avoir à l’esprit cette métaphore qui existe en hindi : « If you have two sons, it is like having two eyes. If you have one son, you are half blind. If you have two daughters, you are totally blind. ». (Avoir deux fils, c’est comme avoir deux yeux. Avoir un fils, c’est être à moitié aveugle. Avoir deux filles, c’est être totalement aveugle.)

Et si on voyait aussi l’avenir de l’Inde à travers les yeux de ses femmes, et pas seulement de son développement économique exponentiel ?

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Bilan de notre étape en Arménie

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Nous disons désormais au revoir à l’Arménie…

Depuis le premier jour, ce qui nous a marqué en Arménie, c’est le contraste incroyable avec l’Iran, pays frontalier où nous avions passé 19 journées mémorables. Il faut dire que, dès le poste frontière, notre tout premier échange avec un Arménien a été pour faire comprendre à Marion qu’elle pouvait (enfin !) enlever son voile, et s’habiller comme elle le souhaitait.

Effectivement, en Arménie, les femmes ne sont pas légalement obligées de porter le voile. Est-ce que cela veut dire qu’il fait meilleur être une femme arménienne qu’une femme iranienne ? Pas forcément. Au final, nous avons vu plus de femmes conduire une voiture en Iran qu’en Arménie. Nous n’avons pas vu d’homme vendre de la lingerie, comme en Iran. Et, surtout, nous avons perçu les dérives du modèle occidental en matière de mœurs, en témoignent les nombreux strip clubs et autres bars à prostituées sur les routes et dans les villes arméniennes. Car l’Arménie nous a pas mal marqués par son machisme ordinaire, ses hommes qui nous font des gestes obscènes en demandant à Alex ou à Aymeric s’ils ont une copine, ses télés dans une chambre d’hôtel qui diffusent des films interdits aux moins de 18 ans, ses gros bedonnants sortant d’un bar à prostituées d’Erevan une bière à la main, son gamin de 11 ans (!) nous mimant explicitement les formes de Kim Kardashian, ou encore ses femmes et filles habillées de façon très, très légère pour pouvoir plaire à leur mari.

Et puis, malheureusement, on a aussi perçu l’un des problèmes de la société arménienne, un problème qui nuit particulièrement aux femmes : l’alcoolisme. On l’a dit dans notre fiche d’identité pays, plus du quart des femmes arméniennes seraient battues par leur mari. L’alcool joue un rôle immense là-dedans, et les problèmes du peuple arménien avec l’alcool sont notoires au quotidien. Nous avons pu voir, dans les supermarchés, des rayons vodkas bien plus fournis que des rayons boulangerie ou boucherie. Nous nous sommes d’ailleurs parfois fait inviter à trinquer, et la rapidité avec laquelle s’enchaînaient les verres en disaient long…

Au-delà de ça, notre expérience personnelle en Arménie nous a rappelé au doux souvenir de l’Europe. Les montagnes arméniennes ont souvent eu pour nous un faux air d’Auvergne, de Cévennes ou d’Alpes, et les villages perdus dans la montagne, avec leurs maisons en pierre, n’ont pas faire mentir cette impression. De même, niveau nourriture, l’Arménie nous a rappelé au bon souvenir de la charcuterie, du pain, du vin rouge, de la purée de pommes de terre ou encore du fromage. Cette fois, c’est clair : la France n’est plus très loin. La seule différence, c’est que l’on a encore eu droit à une hospitalité « à l’iranienne » : ils sont nombreux, ces Arméniens et ces Arméniennes, à nous avoir invités à partager leur pique-nique, et nos tentatives d’auto-stop ont rarement été aussi fructueuses qu’en Arménie.

Jamais dans le Projet 51, nous n’avons à ce point eu le sentiment de découvrir un pays à deux vitesses : la capitale et le reste. A Erevan, nous avons été marqués par les cafés en plein air, les galeries d’art omniprésentes, et l’opéra avec ses places à moins de 2€. En-dehors d’Erevan, nous avons pu voir des voitures qui étaient de véritables épaves, des villageois qui sentaient l’alcool à plein nez, et des parieurs invétérés s’entassant dans les cahutes Toto Gaming. Une anecdote révélatrice : si nous pouvions voir les matchs de l’Euro 2016 dans n’importe quel bar ou restaurant d’Erevan, en revanche il nous a été impossible d’en voir dans des villes comme Dilijan ou Sevan, qui figurent pourtant parmi les plus touristiques du pays !

Un autre aspect qui nous a marqué en Arménie, c’est l’importance et le goût des Arméniens pour l’histoire. On l’a déjà mentionné, l’Arménie est la plus ancienne nation chrétienne au monde : la religion chrétienne y est religion d’Etat depuis l’an 301. De cette époque subsistent encore aujourd’hui de nombreuses églises et monastères, des manuscrits en tous genres et une connaissance historique assez hallucinante. Nous avons ainsi pu voir dans des musées de Erevan des statues ou peintures d’un universitaire du 7ème siècle, ou d’un historien du 5ème siècle !

Au quotidien, demeure une ferveur religieuse que nous n’avions jusqu’ici rencontrée qu’en Inde ou en Ethiopie. Les églises sont omniprésentes, très souvent peuplées de femmes (beaucoup moins d’hommes, étonnamment), et l’on y découvre des façons de prier assez surprenantes, allant des embrassades de crucifix à l’utilisation quasi permanente de l’encens en passant par d’étranges jeux de lever de rideau au cœur de la messe, ou encore le port très fréquent du voile, pour les femmes, à l’intérieur des églises. Nous avons eu la chance d’assister à une messe orthodoxe, très mystique mais absolument interminable, au point que les fidèles ne cessaient de faire des allers et venues dans l’église, et que nous-mêmes, après une heure et demie de messe, et alors que l’on n’en voyait pas arriver la fin, avons fini par partir discrètement.

En ce début d’été, nous avons donc quitté l’Arménie, ses belles montagnes, ses petits villages, ses lieux de culte chargés d’histoire, ses habitants amis de la France (et de Charles Aznavour, l’Arménien le plus connu de chez nous !). Direction la Géorgie pour deux semaines, puis la Turquie.

Mais chut… En Arménie, nous avons tant que possible évité de mentionner notre prochain séjour en Turquie, l’ennemi héréditaire. Il faut dire que 101 ans après le premier génocide de l’histoire humaine, la cicatrice ne s’est pas refermée, et les Arméniens brillent par leur haine de la Turquie. Un exemple parmi d’autres : la statue de « Mother Armenia », l’un des symboles d’Erevan, qui présente une femme arménienne pointant son épée en direction du Mont Ararat, appartenant aujourd’hui à la Turquie. Devant cette statue, nous avons été surpris de découvrir… des missiles exhibés et bien pointés dans la même direction. No comment.

Autre ennemi héréditaire : l’Azerbaïdjan, avec qui les conflits frontaliers durent depuis des décennies. En Iran déjà, nous avions pu percevoir, au cours d’un trajet en auto-stop passé avec un chauffeur routier azerbaïdjanais, la défiance entre ces deux peuples. Ici, nous avons carrément halluciné. Dans un centre commercial d’Erevan, nous avons aperçu un stand de tir à la carabine dont l’une des cibles était… une photo du président de l’Azerbaïdjan. Pas de très bon goût, et pas bien rassurant, surtout quand depuis un peu plus de deux mois les combats à la frontière ont repris de plus belle.

Nous sommes rentrés en Arménie par l’Iran, et la quittons par la Géorgie. Pas vraiment le choix : ce sont les deux seules frontières du pays qui sont ouvertes…

« Les flèches, comme les mots, une fois lancés ne reviennent jamais. »
(proverbe arménien)

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Vidéo voyage du Projet 51 sur les routes du Bangladesh

Si vous n’avez aucun idée de ce que fêter Holi dans les rues du vieux Dhaka ou vagabonder dans les campagnes du Bangladesh signifie, jetez donc un oeil à notre toute dernière vidéo voyage et revivez en quelques minutes et en musique notre périple dans ce pays si méconnu !

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En direct de la 1ère nation chrétienne de l’histoire (l’Arménie), nous vous présentons une vidéo retraçant notre parcours dans la 2ème nation chrétienne de la planète : la mythique Ethiopie !

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A la rencontre des Iraniennes et des Iraniens – Episode 4 sur 4


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Notre expérience en Iran, au jour le jour : Dernière Partie, de Zanjan à la frontière arménienne

Jour 16, 14h : Nous sommes pris en stop par un monsieur qui, comme souvent, ne parle pas un mot d’anglais. Quand nous lui disons venir de France, il nous montre sa voiture et nous lance « Peugeot, France ! Very good ! ». Il faut dire qu’il y a énormément de Peugeot sur les routes iraniennes. En fait, c’est incroyable de voir à quel point on se trouve dans un pays ami de la France : la langue farsi nous emprunte même de nombreux termes tels que ‘séchoir’, ‘agence’, ‘licence’, ou encore… ‘merci’, prononcé ‘melci’. D’une certaine manière, nous ne sommes pas si dépaysés que cela.

Jour 16, 18h : Nouveau trajet en stop, nouvel Iranien non anglophone. Qu’importe : le passager décide d’appeler un ami, qui lui apprend quelques rudiments de la langue de Shakespeare. Et voilà comment nous avons droit à un « welcome to Iran », et à un « nice to meet you ».

Jour 17, 16h : Un homme au volant d’une voiture nous voit marcher sur le bord de la route. Il nous demande où nous allons. Nous lui répondons vouloir nous rendre à Zanjan, à 45 kilomètres de là. Il nous dépose à la station de taxi, paye notre trajet au chauffeur et s’en va sans demander son reste.

Jour 17, 18h : Marion se retrouve seule dans la rue pendant qu’Aymeric va acheter une bouteille d’eau. C’est nettement suffisant pour qu’elle se fasse offrir une glace par un épicier. Quand Aymeric revient, un badaud part du principe que nous sommes forcément mariés, et nous demande si nous sommes actuellement en lune de miel ! On ne peut pas s’empêcher d’éclater de rire.

Jour 17, 20h : En chemin vers Tabriz, nous discutons avec Sajjad, l’un des 35 millions d’Iraniens appartenant à une ethnie venue de Turquie. Sa langue maternelle est le turc, comme celle de presque tous les habitants de l’Azerbaïdjan du sud, la province du nord de l’Iran. Sajjad nous lance que la politique éducative iranien est raciste, car elle impose la langue nationale, le farsi, à tous les échelons du système éducatif.

Jour 17, 21h : Nous discutons de l’Azerbaïdjan, pays musulman frontalier de l’Iran, mais dont le gouvernement est laïc. Sajjad nous lance une phrase qui se passe de commentaires. « Iran : Muslim. Government : Muslim. People : not Muslim ! ». Depuis que l’on est ici, on n’a pas entendu beaucoup de bien des leaders religieux du pays… Même si aujourd’hui, pour la toute première fois, nous avons vu quelqu’un porter un tee-shirt Ali Khamenei.

Jour 17, 21h30 : Sajjad se plaint du gouvernement iranien, et mime la barbe des mollahs en assénant « very bad politics ». Le tout se déroule à l’arrière d’un taxi partagé (une sorte de taxi-brousse, quoi), sous le regard à la fois amusé et curieux des autres passagers.

Jour 18, 15h : Nous sympathisons avec un couple d’Irano-Londoniens, architectes comme tant de leurs compatriotes. Ali et Parastoo (c’est leurs noms) nous emmènent dans leur voiture pour faire un long trajet de près d’une heure, puis ils nous invitent à déjeuner. Pour un peu, ce genre de choses ne nous étonnerait même plus.

Jour 18, 17h : Nous sommes pris en stop par une femme seule avec sa petite fille. C’est la première fois que cela nous arrive en Iran, et la deuxième fois seulement depuis le début du Projet 51. Au moment de partir, elle nous lance un « thank you very much, it was good to see you ». Le monde à l’envers!

Jour 18, 19h : Nous sommes pris en stop par Mehti Babayev (oui oui, il nous a montré son passeport), un vrai phénomène. Mehti est un chauffeur routier azerbaïdjanais, complètement perché. Dès que nous montons dans son camion, il débute un véritable festival. Il nous demande d’exprimer notre opinion, par un pouce levé ou un pouce baissé, au sujet de l’Iran, de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie, de Poutine, de Sarkozy, de Barack Obama… Il manque de nous faire descendre de son camion quand nous lui présentons notre pouce levé alors qu’il nous demande notre opinion de l’Arménie (il faut dire que l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont en conflit depuis des décennies…). Il nous mime des fusils pour nous faire comprendre que la frontière Iran-Azerbaïdjan, que nous longeons, est tendue. Il échange ses lunettes de soleil avec celles d’Aymeric. Il répète plusieurs fois « connais pas », une phrase qu’on lui a dite et qu’il a visiblement appréciée. Il fait deux ou trois écarts dans le fossé à force de nous regarder en discutant tant bien que mal, lui en azéri, nous en français. Il propose à Aymeric de lui racheter son appareil photo pour 50 Dollars. Et, étonnamment, alors qu’il se présente comme très musulman et nous a sermonné pour que nous ne touchions plus jamais à une goutte d’alcool, il nous fait comprendre qu’il trouve ridicule cette obligation de faire porter le voile à toutes les femmes en Iran.

Jour 19, 20h : Nous voulons dormir à Ushtebin, petit village niché au fond d’une vallée. Sauf qu’il n’y a aucun hôtel. Qu’importe : les villageois nous installent dans l’école, nous en laissent la clé, et nous font dormir sur des tapis à même le sol. Pouvoir squatter toute la nuit une école vide, c’est un peu un rêve de gosse.

Jour 20, 9h : Nous attendons sous la pluie qu’une voiture passe pour nous faire prendre en stop. En attendant, une dame s’arrête, nous offre du pain, une boite de thon (notre petit dej’ !), et se jette dans les bras de Marion en lui faisant 3 bises.

Jour 20, 10h : Alors que nous sommes à côté d’un poste militaire surveillant la frontière Iran – Azerbaïdjan, un jeune en uniforme vient nous saluer avec un anglais impeccable. Comme tant d’autres de son âge, il s’agit d’un jeune homme éduqué, qui se doit d’accomplir son service militaire obligatoire pendant 21 mois. Lui n’a pas franchement l’air ravi d’être là.

Jour 20, 11h : Alors qu’on longe depuis hier la rivière qui fait office de frontière Iran – Azerbaïdjan – Arménie, on ne peut pas s’empêcher de remarquer tous ces villages abandonnés, conséquences bien visibles des conflits frontaliers qui opposent les Azéris aux Arméniens depuis des décennies.

Jour 20, 14h : Nous nous faisons prendre en stop par Ahmad. Nous discutons avec lui de la façon dont les femmes sont habillées différemment entre Téhéran et d’autres villes du nord nettement plus musulmanes, comme Tabriz ou Zanjan. Il nous répond qu’à son sens, les mollahs ont fait une croix sur Téhéran, en se disant que ces gens-là sont ingérables, et impossibles à remettre dans le droit chemin ! Pourtant, nous ne sommes pas prophètes, mais l’on a rarement entendu parler de révolutions qui ont débuté dans de petites villes…

Jour 20, 18h : Nous arrivons à Jolfa, ville située à la frontière, et qui a été transformée en zone franche, donc en centre commercial géant. D’un seul coup, on y trouve toutes les marques occidentales introuvables en Iran ! Kinder, Kit Kat, Haribo, Twix, Snickers et même… un restaurant Domino’s Pizza ! De nombreux Azerbzaïdjanais et Iraniens en profitent pour venir faire leurs courses ici. Conséquences : de nombreuses enseignes sont écrites en turc, la langue la plus parlée à la fois au nord de l’Iran et en Azerbaïdjan. Et en plus, nous ne sommes qu’à 30 kilomètres de la frontière arménienne. Sacré métissage…

Jour 21, 14h : Voilà, c’est fini… Nous franchissons la frontière vers l’Arménie, qui n’est que le 6ème des 15 premiers pays de notre itinéraire à nous laisser rentrer sans Visa. Dès que les douaniers arméniens nous voient, ils montrent à Marion son voile et lui font signe de l’enlever ! C’est pour nous un petit soulagement de pouvoir se promener en manches courtes et sans voile (pour Marion), et en bermuda (pour Aymeric). Plus tard, nous pousserons le concept jusqu’à déjeuner d’un sandwich saucisson avec une bière sur les hauteurs de Meghrir, joli petit village arménien parsemé d’églises. Malgré tout, l’Iran, ses paysages extraordinaires, ses habitants adorables et son patrimoine colossal, va nous manquer.

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A la rencontre des Iraniennes et des Iraniens – Episode 3 sur 4

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Notre expérience en Iran, au jour le jour : Partie 3, de la frontière de l’Azerbaïdjan à notre plus belle rencontre iranienne

Jour 13, 11h : Nous téléphonons à Parastoo, une jeune Iranienne de 22 ans qui, dans un restaurant d’Astara, nous avait laissé son numéro de téléphone afin de nous inviter chez elle, à Ardabil. Un quart d’heure après notre appel, la voici qui vient nous chercher en voiture.

Jour 13, 11h30 : Nous entrons dans l’appartement que partagent Parastoo et son père. Dès qu’elle a fermé la porte, la première chose qu’elle fait est d’enlever son voile, puis de se mettre en legging et tee-shirt. Par rapport à son haut large et au hijab qu’elle portait en nous retrouvant, c’est un sacré relooking. Son père Ali, ancien général de l’armée à l’époque du Shah, et clairement plus attiré par l’occident que par les mollahs, ne voit aucun problème à ce que Marion, à son tour, enlève son voile.

Jour 13, 13h : Nous déjeunons chez Ali et Parastoo. En 8 mois autour du monde, c’est la 13ème fois que quelqu’un nous invite à manger chez lui ! Et, l’air de rien, ça nous est arrivé au total 4 fois en Iran (en 3 semaines), et 4 fois au Bangladesh (en 3 semaines)… A titre de comparaison, nous n’avons été invités qu’à une seule reprise au cours des 4 mois en cumulé que nous avons passés dans les pays non musulmans de notre itinéraire, à savoir le Rwanda, le Burundi, l’Ethiopie, le Cambodge, l’Inde et le Népal.

Jour 13, 15h : Nous discutons politique avec Parastoo. Elle n’est pas fervente du Président Rohani, mais concède qu’à ses yeux, rien ne pouvait être pire qu’Ahmadinejad. Pour autant, elle n’estime pas que le changement de président ait changé quoi que ce soit pour les femmes iraniennes. Pour elle, certains problèmes sont d’ordre culturel : par exemple, il est inconcevable qu’une femme vive sans une présence masculine protectrice (soit son père, soit son mari). D’ailleurs, quand elle-même est partie étudier quelques mois en France en 2012, il était inimaginable que son père ne vienne pas avec elle.

Jour 13, 19h : Nous disons au revoir à Parastoo et à Ali. Quelques minutes plus tard, nous sommes pris en main par un jeune Iranien qui rêve de devenir professeur d’anglais, et profite de notre présence pour améliorer son niveau. Quand nous le laissons, il se montre très anxieux pour nous, et nous laisse son numéro de téléphone en nous urgeant de l’appeler « anytime, anywhere », si jamais on avait besoin d’aide pendant notre séjour en Iran.

Jour 14, 11h : Parastoo avait demandé à Marion si elle s’est fait refaire le nez. Quand Marion a eu l’air surprise, Parastoo lui a expliqué que c’était très courant en Iran. Et maintenant qu’on y pense, force est de constater que l’on croise assez régulièrement dans les rues des femmes avec un pansement au nez.

Jour 14, 16h : Alors que nous marchons dans une ruelle de Tabriz, un homme nous demande où nous allons. Quand nous lui disons, il nous enjoint de monter dans sa voiture. Nous pensons être tombés sur un taxi clandestin, mais absolument pas ! Notre nouvel ami a simplement envie de discuter avec nous, et de nous rendre service en nous déposant à 5 kilomètres du centre-ville. La série n’est pas brisée : il ne s’est toujours pas écoulé une seule journée sans qu’un Iranien nous fasse un cadeau.

Jour 14, 23h30 : Ce soir, nous avons pu trouver une chambre avec télé, et Aymeric en profite pour regarder la finale de la Champions League. Ce qui est surprenant, c’est que la télévision iranienne diffuse le match en léger différé, et que le tout est monté par une réalisation iranienne qui va jusqu’à ne pas montrer les célébrations de but, sans doute de peur que certaines dégénèrent. C’est bien gentil, tout ça, mais la qualité de la réalisation est vraiment pitoyable pour un pays aussi riche et aussi peuplé (plus de 80 millions d’habitants)…

Jour 15, 12h : Nous découvrons le magnifique village troglodyte de Kandovan, qui nous rappelle étrangement des photos de la Cappadoce, en Turquie. Sauf que, comme il se situe en Iran, l’endroit est pour l’instant très peu touristique. Tant mieux pour nous.

Jour 15, 17h : Nous sommes pris en stop par une famille d’Iraniens : le jeune Ali (11 ans), accompagné de son père et de deux grands-parents. Ali est le seul à parler anglais, et en plus il le parle extrêmement bien ! C’est donc avec lui que nous discutons, et il sert d’interprète anglais-farsi aux membres de sa famille désireux de nous poser des questions. Quand il nous parle de son oncle qui vit en Allemagne, nous lui demandons s’il souhaite en faire de même quand il sera grand. Sa réponse : « No, not at all ! I want to stay here, I love my country ». Sa grand-mère acquiesce d’un sourire.

Jour 15, 19h : Nous faisons une pause à Bodan pour couper la route. En l’espace de deux heures, un taxi refuse qu’on lui paye sa course, deux hommes viennent vers nous pour nous offrir du pain, et le type chez qui nous dînons fait des photos avec nous. Chouette accueil.

Jour 15, 22h : Nous arrivons à Miandobad, que nous espérons être notre ville étape pour la nuit. Sauf que voilà : on nous dit qu’il n’y a que deux hôtels dans la ville, dont l’un est trop cher pour nous. Quant à l’autre, l’hôtel Masshad, le gérant nous demande 600,000 Rials pour la chambre, alors que nous payons généralement 400,000 (11 €) par nuit. Ils sont 5 ou 6 Iraniens à discuter avec lui pour faire baisser son prix, mais rien n’y fait ! Nous renonçons, dégoûtés, et vérifions s’il n’existe pas d’autre hôtel dans la ville.

Jour 15, 22h15 : Une famille cherche à nous venir en aide. Avec eux, nous retournons à l’hôtel Masshad où nous avons déjà passé 10 minutes à persévérer dans une négociation infructueuse. Le père de la famille se rend par lui-même dans l’hôtel, et apprend que les chambres y coûtent 400,000 Rials. Mais, quand nous revenons avec lui, le gérant lui fait comprendre que le tarif pour les touristes est de 600,000 Rials, et que ce n’est pas négociable (tiens, des relents d’Ethiopie !). Le père est furieux. Indigné, il nous prend sous son aile et décide de nous inviter passer la nuit chez lui ! Le plus fou, c’est que les deux parents de la famille ne parlent pas du tout anglais, et que tout nous est traduit par leur fille de 17 ans, Narazi.

Jour 15, 22h45 : Narazi prépare notre chambre, et nous installe notre lit. Il s’agit en fait de la chambre qu’elle partage avec sa petite sœur Rina (7 ans). Elles dormiront cette nuit dans le salon. Pendant ce temps, Reza, le père de famille, confie à Aymeric un jogging bleu turquoise du plus bel effet, en l’enjoignant de le porter afin de se sentir « very relax » !

Jour 15, 23h : Quand Narazi voit Marion s’isoler pour se rattacher les cheveux, elle lui dit que maintenant que nous sommes à l’intérieur, Marion peut enlever son voile. Narazi et sa mère, elles, garderont leur hijab pendant tout le temps que nous passerons dans la maison. En l’occurrence, c’est un peu de la « faute » d’Aymeric, qui est le seul homme de la maison à ne pas faire partie de la famille, et qui est donc la raison pour laquelle elles gardent leur voile. Narazu nous confirmera d’ailleurs plus tard qu’elle a les cheveux découverts quand elle est chez elle avec sa famille. Ce qui est étrange, c’est que, comme d’habitude, toute la famille est persuadée qu’Aymeric et Marion sont mariés, et que, par praticité, nous n’avons rien fait pour leur expliquer qu’il n’en était rien.

Jour 15, 23h30 : Notre famille d’accueil nous a déjà offert du melon, des prunes, de la pastèque et du thé. Vue l’heure avancée, nous pensons qu’il sera bientôt temps de se dire bonne nuit. Erreur ! Deux oncles débarquent, et la maîtresse de maison amène le repas. Nous hallucinons complètement. C’est la 4ème fois que nous sommes invités à manger dans une famille iranienne. Et nous voici donc, à 23h30, en train de dîner en cercle, assis par terre. Nous mangeons tous ensemble : d’un côté du cercle, les hommes ; de l’autre côté, les femmes. Pour faire la jonction, Reza est assis à côté de sa femme, et Aymeric est à côté de Marion.

Jour 15/16, minuit : Narazi demande à Marion combien elle a de frères et sœurs (un frère), et combien en a Aymeric (deux frères). La réaction de la famille nous fait bien rigoler : Reza nous dit que comme Marion est la seule fille du lot, elle doit être vraiment appréciée de sa belle-famille !

Jour 16, 1h : Behnam, l’oncle, nous parle du match Iran-France qui va avoir lieu en volley-ball dans deux jours. A force de discussions, nous en venons à parler des deux autres sports nationaux, le football et la lutte. Aymeric, un peu nostalgique en cette période de Roland-Garros, essaye de le brancher sur son sport fétiche, le tennis. Et là, surprise : non seulement Behnam l’Iranien voit tout à fait de quel sport il s’agit, mais il en a même plutôt une bonne connaissance, allant jusqu’à lui dire que son joueur préféré est Andy Murray, « parce qu’il a gagné la médaille d’or olympique, en 2012, quand il a battu Roger Federer en finale ».

Jour 16, 2h : Nous filons nous coucher, pendant que les deux filles dorment dans le salon. Nous nous disons que quand on racontera notre soirée, on ne nous croira pas. Et pourtant…

Jour 16, 8h30 : Nous nous réveillons à l’heure dont nous avions convenue hier. Au réveil, notre petit déjeuner est déjà prêt à être servi ! Narazi en profite pour s’excuser, et nous faire savoir sa honte du comportement du type de l’hôtel d’hier. Elle se dit triste que personne ne nous soit venu en aide, alors qu’au contraire, des dizaines de personnes sont venus négocier le prix de la chambre pour nous ! « Please forgive our city » (« S’il vous plaît, pardonnez notre ville »), nous lâche-t-elle-même.

Jour 16, 9h : Nous regardons la télévision. Comme d’habitude, on ne voit que très peu de femme voilée à la télé iranienne. Et comme d’habitude, nous voyons des clips iraniens dans lesquels les femmes se déhanchent dans des positions explicites, et dans lesquels les décolletés sont plus courants que les voiles. Nous faisons semblant de nous en étonner. On nous explique que ces vidéos, si populaires dans le pays, sont presque toutes tournées aux Etats-Unis, et que c’est pour cela qu’aucune femme n’y est voilée.

Jour 16, 10h : Nous quittons la maison, et disons au revoir à l’une de nos plus belles rencontres du Projet 51. Behnam nous fait savoir que son ami est le chef de la police de la ville. Il l’a appelé pour l’alerter du comportement du manager de l’Hôtel Masshad, et de l’existence de son tarif « spécial touristes ». Il espère bien que le manager aura des problèmes, et ne nuira plus jamais à la réputation de l’hospitalité iranienne ! Ensuite, Behnam nous accompagne pour visiter une mosquée, puis nous déposer au point de départ des mini-bus. Son dernier geste ? Nous payer le bus, et nous offrir une bouteille d’eau.

A suivre…

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A la rencontre des Iraniennes et des Iraniens – Episode 2 sur 4

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Notre expérience en Iran, au jour le jour : Partie 2, du joyau de l’Iran (Esfahan) à la frontière de l’Azerbaïdjan (Astara)

Jour 6, 20h : Nous arrivons à Esfahan, la ville la plus touristique du pays. Sur le bord de la rivière, on se croirait presque de retour à Paris ! Des jeunes, des couples, des familles sont assis avec une chicha, des glaces, un sandwich, parfois même un barbecue. C’est très animé, et vraiment agréable. A cette occasion, nous rencontrons Massih, un ingénieur civil qui a décidé d’apprendre le français depuis qu’il est tombé sous le charme d’une chanson de Lara Fabian (oui, bon…). Il nous invite à prendre le thé le lendemain.

Jour 7, 15h : Aujourd’hui comme tous les jours, les gens dans la rue croient que nous sommes respectivement allemand (pour Aymeric) et iranienne (pour Marion). De nombreuses femmes s’adressent directement à Marion en farsi, et sont toute surprises de réaliser qu’il s’agit d’une étrangère.

Jour 7, 18h : Jusque-là, la journée avait été normale. Mais ce thé avec Massih sera riche en enseignements ! On voit bien ce que cela fait, de vivre dans un pays où il est mal vu, parfois même impossible, de côtoyer des filles avant le mariage. Massih nous demande si « chez nous », le vrai amour, celui qu’on voit dans les films, existe. Si les gens se marient vraiment parce qu’ils sont amoureux, et qu’ils rêvent l’un de l’autre. Et cette histoire de poèmes que l’on récite à sa dulcinée, ça existe vraiment ? Est-ce que tous les Français écrivent des poèmes ? On trouve ça assez mignon, les questions toutes innocentes, presque rêveuses, que nous pose Massih. Un peu triste, aussi.

Jour 7, 18h30 : « Etre une femme en Iran, c’est le paradis ». Pour Massih, le montant qu’un homme doit payer pour la dot, l’impératif de faire rentrer l’argent pour le foyer, la difficulté à avoir son mot à dire sur la gestion de la maison sont autant de signes qu’être un homme iranien, ce n’est pas forcément être aussi privilégié qu’on le croit.

Jour 7, 19h Massih nous dit qu’il préfère que sa femme ne travaille pas, afin qu’elle ne se fatigue pas trop, et qu’elle puisse « préserver sa jeunesse et sa beauté ». Houla.

Jour 7, 19h30 : Quand on lui parle du port du voile, Massih nous dit que cette obligation relève de la décision du leader religieux, c’est-à-dire de l’Ayatollah Khomeini puis de son successeur, Ali Khamenei. Sauf que voilà : celui qui contrôle la police chargée de faire respecter cette loi, ce n’est pas le leader religieux, mais bien le leader politique. Voilà pourquoi la libéralisation que l’on a observée chez les femmes iraniennes dans leur façon de porter le voile est un phénomène récent, qui s’est énormément développé depuis le remplacement du conservateur Mahmoud Ahmadinejad par le modéré Hussein Rohani.

Jour 8, 14h : Alors qu’elle est assise toute seule sur la grande place d’Efahan, Marion se fait inviter à prendre le thé. En tout bien tout honneur. Il faut bien le dire : au cours de notre séjour en Iran, nous n’avons absolument pas connu tous les problèmes de harcèlements en tous genres qu’avaient subis Marion au cours de notre semaine au Caire. Les regards de spectateurs d’un match de tennis, les tentatives de baisers volés, les rires gras des hommes qui la regardaient passer, tout cela ne nous semble désormais qu’un lointain souvenir…

Jour 8, 15h : Pendant ce temps, Aymeric se fait offrir de la pastèque. En fait, il ne s’est pas écoulé un jour sans qu’un Iranien nous fasse un cadeau !

Jour 8, 19h : En passant prendre sa douche, Aymeric croise une fille qui ne porte pas son voile. En l’apercevant, celle-ci se presse de remettre son voile au plus vite, puis ferme la porte à clés pour que ce type d’incidents ne se reproduise pas.

Jour 9, 11h : Au cours de l’un de nos 7 trajets en auto-stop du jour, nous parlons à un monsieur de nos pérégrinations en Iran. Quand nous lui disons avoir été à Qom, il lève les yeux au ciel, fait une mine renfrognée et nous lance « Qom is not good », en nous parlant des mollahs, des ayatollahs et de tous les grands leaders religieux qui vivent là-bas. Cette liberté de ton nous surprend.

Jour 9, 13h : Pour la 3ème journée consécutive, nous nous faisons offrir de la pastèque par un bienfaiteur iranien. Et tout cela leur paraît normal.

Jour 9, 15h : Nous nous faisons prendre en stop par deux jeunes tout fraîchement sortis de l’université. Ils nous parlent de leurs soirées arrosées, nous proposent de leur bouteille d’alcool bien cachée dans leur voiture, et l’un des deux nous raconte même produire chaque année plus de 500 litres de vin, le tout clandestinement, pour la seule consommation de lui et de sa famille !

Jour 9, 16h : Un vieux monsieur qui nous a pris en stop nous tend du pain, des koftas et des tomates. Nous refusons poliment. Rien à faire, il pose la nourriture sur nos genoux.

Jour 9, 18h : L’auto-stop fonctionne extrêmement bien dans l’Alamut Valley. Alors que notre chauffeur improvisé s’arrête à sa destination, il prend le soin d’attendre avec nous les voitures qui passent, pour s’assurer qu’un de ses compatriotes se charge de nous conduire à bon port. Incroyables Iraniens.

Jour 9, 21h : Nous dormons chez l’habitant. Au moment de nous dire bonne nuit, la maîtresse de Marion serre la main à Marion, mais n’en fait pas de même avec Aymeric. On a l’habitude que ce genre de choses se produise, mais jusqu’ici, cela se passait surtout avec des hommes, qui serraient la main à Aymeric mais pas à Marion.

Jour 10, 10h : En faisant du stop, nous tombons sur Hassan, un quadragénaire souriant, qui nous kidnappe littéralement pour nous emmener chez lui manger des kiwis et boire du thé.

Jour 10, 10h30 : Hassan ne parle pas un mot d’anglais, et nous ne parlons pas un mot de farsi. Qu’importe : nous avons envie de communiquer. Il nous fait comprendre qu’il est séparé de sa femme, qui est partie vivre à Téhéran tandis que lui vit seul dans sa petite maison perchée dans la montagne. Un divorce en Iran ! Plus tard, Hassan nous propose de nous prêter sa voiture, et même de dormir chez lui ! Malheureusement, les randonnées dans les montagnes iraniennes nous attendent, et nous déclinons ces incroyables propositions.

Jour 10, 11h : Hassan nous mime les mollahs, avec leur turban et leur grande barbe. Il fait une grimace, et nous dit « very bad ! ». Il montre Marion, et le voile que ceux-là oblige chaque femme à porter. « Very bad », selon lui. L’air de rien, ça fait beaucoup de réfractaires que l’on rencontre. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’ils soient majoritaires dans le pays : les Iraniens partisans d’un état démocratique, laïc et modéré sont naturellement plus attirés que les autres par les occidentaux que nous sommes ! Mais quand même, on a le sentiment d’un pays qui est un peu en train d’échapper à Ali Khamenei et sa clique…

Jour 11, 10h : Pour bien débuter la journée, un Iranien qui nous voit marcher sur le bord de la route nous demande où nous nous dirigeons. Quand nous lui indiquons notre direction, il se charge d’appeler un taxi, de nous faire monter dedans et… de nous payer le trajet.

Jour 11, 12h : Nous sommes dans un taxi qui, égaré, demande son chemin aux habitants du village. Pour ce faire, il hurle à la cantonade le nom de sa destination. Les gens lui répondent le plus naturellement du monde, et un motard va même jusqu’à faire demi-tour et à l’accompagner jusqu’au prochain croisement. Comme quoi, il n’y a pas qu’envers nous que les Iraniens sont serviables.

Jour 11, 14h : Nous montons vers une sorte de château-fort perché dans les montagnes. La marche est rude, et la montée sous le soleil donne sacrément chaud, surtout pour toutes les femmes obligées de porter le voile… En à peine deux heures, nous apercevrons au total 6 jeunes filles dévoilées ! Ou quand la « rebelle attitude » répond aussi (surtout ?) à une exigence de confort…

Jour 11, 17h : Un épicier chez lequel nous passons acheter une bouteille d’eau prend la tête à Aymeric, qui porte aux poignets de nombreux bracelets venus des 4 coins du monde. Pour lui, pas de doute, ce genre d’accoutrements lui rappelle Daech. Pourquoi, on ne sait pas vraiment. Tout ce que l’on a compris, c’est d’avoir entendu « 2 millions de Français » et « Daech » dans la même phrase. Et que ce monsieur a sermonné Aymeric, lui urgeant de couper ses bracelets. Pas franchement la plus belle rencontre de notre séjour en Iran.

Jour 11, 18h : Dans la voiture d’une famille qui nous a pris en stop, on entend la chanson « U-turn (Lilly) », de AaRON. Ça nous fait tout drôle, et on leur explique qu’il s’agit d’une chanson venue de France. Après quoi, ils nous font écouter du Stromae. On est franchement étonnés que ces musiques soient parvenues en Iran ! L’air de rien, c’est la première fois depuis notre départ du Burundi, il y a 5 mois, que nous entendons un local écouter de la musique française.

Jour 12, 10h : Alors que nous nous promenons dans la rue, un type nous lance « Hello mister ! Nice to meet you ! I love you ! ». La journée commence bien.

Jour 12, 15h : Nous arrivons à Astara, ville située à la frontière de l’Azerbaïdjan. Nous y trouvons des bazars gigantesques, où, nous dit-on, de nombreux Azéris viennent faire leurs courses, pour profiter des prix qui sont moins élevés sur le sol iranien. Sauf qu’un Iranien, lui, n’a pas le droit de mettre les pieds sur le sol de l’Azerbaïdjan sans Visa…

Jour 12, 15h30 : Nous voici sur une plage de sable noir, devant la Mer Caspienne, la plus grande mer intérieure de la planète. Il y a 4 jours, nous étions au bord du désert, entourés de grandes étendues sans végétation à perte de vue. Il y a 3 jours, nous étions au cœur des montagnes de la Alamut Valley, avec à l’horizon une multitude de sommets enneigés. Et hier, nous étions dans la région la plus humide du pays, et nous promenions dans des rizières et des forêts dignes de l’Indonésie. Sacrée diversité.

Jour 2, 16h : Nous faisons des courses chez un épicier : deux glaces, deux paquets de biscuits, et une bouteille d’eau. Au moment de lui tendre un billet, le gérant de la boutique refuse notre argent, et nous offre tous ces produits !

Jour 12, 19h : Assis face à la Mer Caspienne, nous discutons avec un Iranien. Il nous raconte s’être rendu en France pendant quelques semaines. Ce qui l’a marqué ? La beauté de Paris, la nourriture de Lyon et… ces vaches blanches et noires qu’il a vues depuis le train, et qu’il a trouvées drôlement belles !

A suivre…

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